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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 17:23

Ah, non, non, non !

Je fais mon tour d’internet quotidien, à la recherche d’un employeur qui veuille bien de moi, comme tous les matins, et je tombe, pour la énième fois, sur la mention « envoyer un courriel à l’employeur ». Encore ? C’est ridicule, à la fin.

Non, tout employeur potentiel que vous soyez, je ne vous enverrai pas de courriel. Je regrette. La seule chose que vous recevrez de moi, c’est un e-mail. Et attention, pas un i-mèl, j’ai bien dit un e-mail. A tout casser, courriel est moins ridicule qu’i-mèl. Et ne traitez pas mes envois de pourriel, s’il vous plait, appelez-les du spam, comme font les gens polis. On n’est pas au canada, ici, on ne mange pas de hambourgeois et on ne s’arrête pas aux panneaux arrêt, que je sache.

Les autres langues ne sont pas aussi chauvines que ça avec nous. En anglais, on utilise l’expression française pour dire « rendez-vous » ou « blanquette de veau » « entourage » « hommage » « à la carte »et les anglophones ne se sentent en rien diminués.

C’est une tradition qui a la vie dure, en France, de franciser à mort et à outrance, allant jusqu’à déformer les prénoms des têtes couronnées. Bon, je vois vaguement comment on peut traduire Brunhilde par Brunehaut, mais pour ce qui est de la reine Ingebruge de Danemark, expliquez-moi pourquoi elle est devenue la reine Isanbour ? Et même quand on ne francise pas, on est infichu de prononcer les noms avec l’accent. Nous somme le seul pays du monde à ne pas prononcer Mozart à l’allemande.

Là, encore, c’est équitable, le rejet se fait vis-à-vis de toutes les langues, mais l’invention de termes ridicule comme i-mèl et pourriel n’a pour autre but que de montrer combien nous sommes trop des rebelles qui ne se soumettent pas à l’envahisseur anglophone. A coté de ça, ça ne nous empêche pas de manger des pizzas, d’écrire des scénarii, de considérer certaines choses comme tabou, sans que ça choque notre fierté de français.

Nous avons une belle langue, très riche. Très riche parce qu’elle est dérivée à la fois du latin, du celtique, du franc, et de toutes les langues avec lesquelle nous avons été en contact au cours de notre longue histoire. C’est bien de la défendre, mais faut pas tomber dans le ridicule, non plus. Quand une notion a été inventée dans une autre langue, inutile de chercher à la traduire à outrance, puisqu’il y a un tas de notions qui n’ont jamais été traduites sans que ça embête que que ce soit.

Si on veut la défendre, faisons plutôt la traque aux anglicismes gramaticaux qui viennent remplacer la règle française existante parce que, trop habitués à écouter de l’anglais, nous nous mettons à penser en anglais.

On ne dit pas « faire sens » on dit « avoir du sens ».

On ne dit pas « vous avez appliqué à ce poste d’assistante de direction » on dit « vous avez postulé à ce poste d’assistante de direction »

On ne dit pas « j’ai fixé ce problème » on dit « je l’ai résolu ».

En tout cas, c’est comme ça jusqu’à ce qu’une nouvelle réforme de la langue en décide autrement. En attendant, je vous suggère de réécouter cette petite comptine d’Henri Des « Polyglotte »

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Published by tchoucky - dans Parlotologie
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commentaires

DF 26/11/2013 12:57

Je n'ai jamais vu "i-mèl". En revanche, on a essayé de lancer "mél.", qui est l'abréviation de "message électronique". Sans grand succès, alors que "courriel" résiste, contre vents et marées, y compris hors du Canada.

A noter qu'un organisme français (de France, donc) existe, nommé Franceterme ( http://www.culture.fr/franceterme ). Il a pour rôle de créer des équivalences françaises pour les anglicismes. Son but n'est pas d'imposer, mais de proposer. Parfois, ça passe, parfois pas, et les linguistes ont pu identifier certains facteurs qui permettent de faire pencher la balance en faveur de l'anglicisme ou de son équivalent français - entre autres la longueur, le plus court ayant tendance à s'imposer, ce qui favorise souvent l'anglais ("pin's" vs "épinglette", par exemple).

Il y a sans doute quelque chose d'équivalent au Québec, ce qui accélère sans doute une évolution propre du français du Canada (le mot "fin de semaine" n'a par exemple pas tout à fait le même sens que "week-end" pour moi, mais ils sont synonymes pour un Québécois).

En revanche, un tel organe n'existe pas en Suisse, à ma connaissance.

A noter aussi que certaines personnes utilisent des anglicismes sans savoir ce qu'ils signifient, simplement pour "faire genre". Cela en devient énervant, et dépasse largement le seul usage du substantif "e-mail".

Enfin, je vous rejoins tout à fait sur les anglicismes/calques grammaticaux: de ce côté-ci de l'Atlantique, on ne "tombe pas en amour", on "tombe amoureux".

Et rappelons-nous que si des organes créés à cet effet la régissent ou proposent des nouveautés, la langue appartient à ceux qui l'utilisent. Ce qui nous permet d'écrire et, partant de faire entendre une voix personnelle.

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