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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 09:13

Princesse Kaguya est une expérience indicible. Comme, je suppose, la plupart des expériences purement esthétiques. L’extrême beauté de l’animation, du dessin, de la musique, n’est pas un outil mis au service d’un objectif, elle est l’objectif. De fait, l’objectif est atteint. C’est beau. C’est extrêmement beau. Mais que dire de plus ?

Ce n’est pourtant pas une beauté figée et exempte d’émotions. Les émotions sont là, sublimées, fortes parce que simples. La joie, la tristesse, l’amour sous toutes ses formes, amour jaloux, possessif et orgueilleux du père pour sa fille, amour simple et gratuit de la fille pour les gens simples qu’elle côtoie, amour de la vie, amour de la nature, amour des gestes simples du quotidien, amour du présent, amour du vrai, de l’authentique, ennui, étouffements, douleur de se voir mutilée pour correspondre aux critères d’une société qui ne vous comprend pas, culpabilité, responsabilité, incommunicabilité. Oui, les émotions sont là, mais les dessins à l’aquarelle, avec leurs détails à peine esquissés créent une distanciation brechtienne qui permet de se rappeler, constamment, qu’on est dans un conte, qu’on ne nous raconte pas l’histoire d’une vie, mais de LA vie en général, ce qui, paradoxalement, rend tout ce qui arrive plus vrai, plus poignant, plus bouleversant que si on regardait un dessin animé ordinaire et immersif.

Le théâtre No, le Kabuki, le Bunraku doivent être comme ça, une succession de situations fortes en tragédie et en euphorie, prétextes à faire de superbes tableaux. D’ailleurs, la peinture asiatique est toujours frappante par sa vie et son dynamisme, mais sans qu’il y ait un sens à y chercher : cette vie, ce dynamisme est l’outil, et la beauté du tableau le but.

De fait, les contes japonais que j’ai eu l’occasion de lire, à l’exception des contes Zen qui ont pour objectif de faire réfléchir, sont tous extrêmement tragiques, sans qu’il y ait de leçon à tirer de ces tragédies. L’émotion n’est pas là pour nourrir le sens. L’émotion est là pour que ce soit beau.

Princesse Kaguya, c’est tout ça. Il y a une histoire, il y a des personnages, il y a peut-être même un message, mais c’est accessoire. Le principal but du film, c’est d’être beau. Et l’objectif est atteint. C’est beau. Une expérience esthétique presque aussi intense qu’Alois Nebel. Rien de plus à en dire. C’est juste beau.

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Published by tchoucky - dans Mes lectures
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