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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 12:45

Si je ne parle pas, cependant que je chante

Si je n'explique pas le sens de mes chansons

Si je ne cite pas d'aventure touchante

Et si je me présente sans trop de façon
Ce n'est pas voyez-vous que j'ai de l'arrogance

Et ceux qui le diront, c'est qu'ils n'ont rien compris
Mais j'en dit bien assez dans mes chansons, je pense
Ce n'est pas bavarder que je viens faire ici

 

Anne Sylvestre

(dans le contexte, ça voulait dire autre chose que ce que je lui fait dire maintenant, mais la chanson va merveillesement bien avec mon sujet quand même)

 

 

On me reproche (très) souvent, de ne pas être assez communicante. (Les plus gentils disent "réservée", et les plus méchants "faux cul"). En effet, je ne parle aux gens que lorsque je pense que ça sert à quelque chose, que de la conversation résultera du positif sur le long terme. Si j'estime que la personne ne m'écoutera pas parce qu'elle n'en a pas envie, qu'elle ne me comprendra pas parce que sa conception du monde est trop différente de la mienne, qu'elle ne me croira pas parce qu'elle ne se fie pas à moi, je ne vais pas lui parler. Ce n'est pas parce que j'ai du mépris pour la personne en question. Au contraire, en ne lui imposant pas des mots qu'elle n'a pas l'intention de recevoir, je lui reconnais son droit d'être différente de moi, et d'être telle que mes mots ne lui sont pas adapté. Ce n'est pas parce que je n'aime pas communiquer. Au contraire. C'est parce que j'attache beaucoup d'importance à la communication, parce que j'estime qu'il y a des conversations qui sont le contraire de la communication et qu'elles font plus de dégats sur le long terme que le silence. D'ailleurs, je n'estime pas que le silence soit de la non-communication. Au contraire. De fait, j'utilise énormément la communication non-verbale, j'y suis très attentive et c'est ça qui, à une époque dont plus personne ne se souvient aujourd'hui, m'a rendue si efficace pour réconforter les autres.

Je ne parle pas souvent parce que je ne parle pas pour ne rien dire, parce que je ne parle pas pour écraser, parce que je ne parle que si ça en vaut la peine, pas parce que je n'aime pas parler.

Les critères sur lesquels je me base pour déterminer si telle conversation mérite d'être engagée ou pas sont totalement objectifs. Le comportement auparavant constaté chez l'interlocuteur dans d'autres conversations. Ce que je sais de sa façon de ressentir, de raisonner, de s'exprimer. La pertinence de ses réponses à mes premières paroles. Le contexte relationnel dans lequel nous sommes. N'importe qui peut gagner ma confiance, n'importe qui peut la perdre, ça ne dépend que de ses actions, et c'est de sa responsabilité. On me dit que parfois, je me trompe. C'est possible. Personne n'est infaillible, mais dans ce cas, la personne finira, par son attitude générale, par me prouver que communiquer avec elle peut aboutir à un résultat profitable pour tous. Je suis désolée, mais je ne remets pas en question ma stratégie de communication.
Je vois tous les jours des gens s'engager dans des discussions interminables et tendues, qui leur font du mal, leur font oublier ce qu'ils ont d'appréciables au-delà du sujet du désaccord, et finissent par les séparer définitivement. Je ne vois pas en quoi s'obstiner à poursuivre ces discussions jusqu'au bout est avantageux.
J'entendais l'autre jour une personne, au sortir d'une de ces discussions stériles, qui s'était achevé par le renoncement de son interlocuteur, dire "Alors, j'ai gagné !". Elle le disait en plaisantant, mais non, elle n'avait pas gagné. Elle avait perdu. L'autre aussi. Dans une conversation, il n'y a jamais un gagnant et un perdant. Dans un duel à l'épée, oui, puisqu'il y a à la fin un mort et un meurtrier (quant à déterminer lequel des deux est le gagnant, c'est une autre histoire). Dans une conversation, non. Il y a deux gagnants, ou deux perdants. Même ceux qui considèrent que le but d'une conversation est d'être le dernier à parler sont objectivement perdants. Ce n'est pas parce qu'ils auront tellement assommé leur interlocuteur par leurs arguments lapidaires, et refusé de répondre à ceux qui leurs sont présentés, ce n'est pas parce qu'ils auront tellement embrouillé leur interlocuteur qu'il ne trouvera plus rien à répondre, ni parce qu'ils auront fait preuve de plus de déni et de mauvaise foi que l'autre qu'ils auront gagné. L'autre ne sera pas convaincu, sauf de ne plus essayer de discuter de ce sujet avec cette personne-là. D'ailleurs, l'autre s'estimera gagnant aussi, puisqu'il sera celui qui aura compris en premier que la discussion est inutile, prouvant par là sa plus grande clairvoyance. Dans une discussion, le seul adversaire, s'il y en a un, c'est le manque de communication, et il y a trop de discussions où le manque de communication gagne.
On ne peut pas forcer quelqu'un qui ne veut pas écouter à écouter. On ne peut pas changer les gens et en faire autre chose que ce qu'ils sont. S'ils ne sont pas fait pour mes mots, s'ils n'en veulent pas, ça ne sert à rien de le leur imposer. Ni de le leur reprocher, d'ailleurs. Ils sont ce qu'ils sont, je suis ce que je suis. Je ne remets pas mon choix d'être moi en question, ni leur choix d'être eux. Il faut de tout pour faire un monde, et dans ce tout, il y a des gens qui ne peuvent pas s'entendre, c'est comme ça. Et il y a des gens qui peuvent s'entendre sur certains sujets mais pas sur d'autres. Et il n'y a quasiment personne qui puisse s'entendre sur tous les sujets. (et encore, je me demande si le "quasiment" n'est pas de trop)

Je vois trop de ces conversations, j'en entends trop, et j'en vis trop, malgré mes efforts pour les éviter. J'ai beau faire, j'ai beau être prudente, et j'ai beau utiliser toute forme de support pour m'exprimer, personne ne sait jamais pourquoi j'agis comme j'agis, pourquoi je suis ce que je suis, tout le monde préfère croire à sa propre théorie sortie de nulle part me concernant. Je crois qu'il n'y a pas grand monde qui me connaisse vraiment, je suis cachée derrière tout un tas de fausses idées qu'on se fait sur moi en n'écoutant qu'à moitié ce que je dis. Quelqu'un qui avouerait ne rien savoir sur moi en saurait selon moi déjà plus que beaucoup de gens de mon entourage qui sont persuadés que je pense le contraire de ce que je pense, que je suis le contraire de ce que je suis.

Quand je dis "je ne veux pas parler de ça", ce n'est pas à la légère. Il ne faut pas entendre "je veux que tu m'en parles différemment". Si c'était le cas, je demanderai qu'on m'en parle différement. Si je dis "je ne veux pas parler de ça", c'est parce que je sais qu'en parler me ferait du mal, ferait du mal à l'autre, ou nous ferait du mal à tous les deux, et pas d'une manière éducative qui pourrait justifier qu'on prenne le risque de se faire mal. Et étant donné que je ne dis ce genre de choses qu'en dernier recours, j'attends qu'on accepte cette condition quand je la pose. Ce n'est pas du mépris. Ce n'est pas du rejet. C'est tout le contraire, c'est parce que se taire est le seul moyen de ne pas mettre fin à toutes chance de communication.

 

PS : Je ne règle pas de comptes personnels, avec cet article, je défends ma façon de raisonner contre un avis assez généralement répandu pour justifier de le faire sur un blog.

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Published by tchoucky - dans Parlotologie
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commentaires

Typy Zoberman 02/01/2013 23:22

C'était une blague ! XD

Mais tu as raison, c'est révélateur de quelque chose. Je comprends ce que tu veux dire. (enfin, je crois '^^)

tchoucky 04/01/2013 08:15



Oui, je l'ai dit, que c'était une blague



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