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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 11:07

     Je commence à avoir des retours de mes béta-lecteurs. Je veux parler de retours concernant le roman en général, pas uniquement des corrections sur telle ou telle tournure incorrecte dans le chapitre (je remercie tout de même mes béta-lecteurs de prendre la peine de faire ces dernières, mine de rien, ça aide pas mal). Je m'étais préparée à entendre des retours qui me surprennent, et effectivement, ça arrive. Ca arrive toujours. Il faut toujours l'avoir en tête quand on donne ses histoires à lire : on a écrit avec sa sensibilité et les lecteurs lisent avec la leur. Quoi qu'on fasse, ils ne liront pas l'histoire qu'on a pensée, mais celles qu'ils ont reçue. La différence entre les deux a parfois une ampleur qui surprend, et cette surprise est parfois douloureuse. Ca fait partie du boulot, c'est comme ça, et on peut toujours tirer une leçon de ces malentendus. Parmi les commentaires déstabilisants qu'on m'a fait cette fois, il y en un sur lequel j'aimerais m'attarder, car il me paraît particulièrement significatif.

     J'écris une histoire d'Héroic fantasy.

     La plupart des oeuvres du genre sont ambitieuses, et propices à de grandes réflexions sur des sujets philosophiques : le genre s'y prête, en transposant l'homme dans un univers fantaisiste, on décontextualise sa condition et c'est l'occasion de s'interroger sur les valeurs profondes qui fondent sa vie. En effet, l'univers étant entièrement inventé, il ne s'agit plus de s'interroger sur ce qui, à telle ou telle époque à conduit tel ou tel peuple à se conduire de telle ou telle manière. Il s'agit bien de se demander, d'une manière générale, quel contexte peut entrainer quelles conséquences, l'homme étant ce qu'il est. Bref, le lecteur qui ouvre un livre d'Héroic fantasy s'attend non seulement à s'évader dans un univers qui alimente des fantasme, mais également, plus ou moins, à tirer une leçon profitable de cette évasion.

Je crois, en tout cas, que certains de mes lecteurs-test ont eu cette attente, car je ne m'attendais pas du tout à ce qu'on me dise que j'avais un point de vue trop manichéen.

Je m'explique : je suis moi-même assez rebutée par les histoires qui me semblent trop manichéenne, c'est à dire, selon ma définition, les histoires dont le propos est de démontrer qu'il y a d'un côté toute une catégorie de choses appartenant au domaine du bien, de l'autre une catégorie de choses appartenant au domaine du mal, et qu'il faut aduler les uns et rejeter les autres sans réflexion ni questionnement. Les malheurs de sophie (du moins des deux trois chapitres que j'ai lu, puisque je n'ai pas lu entier) est ce que j'appelle un livre manichéen. La version de Peyrault du Petit chaperon rouge et de Cendrillon sont ce que j'appelle des conte manichéens. Mansfield Park de Jane Austen est ce que j'appelle un roman manichéen. (et c'est pourquoi c'est le seul livre de Jane Austen que j'ai détesté).
En revanche, Le Seigneur des anneaux n'est pas ce que j'appelle un livre manichéen. La version de Grimm du Petit Chaperon rouge, et de Cendrillon n'est pas ce que j'appelle des contes manichéens. Pourtant, la question du bien et du mal y est présente aussi, et il y a toujours d'un côté des méchant très méchants, et de l'autre des gentils très gentils. Alors, quelle est la différence ?
Dans le premier cas, la question du bien et du mal est le sujet de l'histoire. Le message que l'histoire véhicule porte sur cette question et sur cette question seule. Dans le deuxième cas, le sujet est, soit comment un roi récupère son trône, soit comment une jeune femme réussi à échapper à son horrible belle-même en assurant son propre avenir, soit comment une petite fille apprends pourquoi les conseils des adultes doivent être écoutés (ce qui,non, n'est pas la même chose que la question du bien et du mal). Le méchant très méchant n'est, dans tous ces cas, qu'un ressort scénaristique, un élément de l'intrigue qui va provoquer l'histoire et ammener le héros la où il doit aller.

Dans Code Lyoko, on n'aurait jamais l'idée de dire que l'histoire est manichéenne, que son sujet est la lutte du bien contre le mal. Un programme multi-agent devient fou et provoque des catastrophe ? Eh bien, on ne va pas appeler ça le mal, sans blague. C'est juste une catastrophe, au même titre qu'une éruption volcanique, ou un tremblement de taire. Personne ne dirait que l'histoire de héros qui luttent pour survivre à un tremblement de terre est manichéenne.

Je reviens à mon roman. C'est une chose de s'entendre dire "Je n'aime pas ce choix que tu as fais, ça ne me parle pas, ça ne me correspond pas". C'en est une autre de s'entendre dire "ce que tu as fais est le contraire de ce que tu avais l'intention de faire".

Si mon histoire est manichéenne, c'est un véritable échec de ma part, parce que je n'ai pas une vision manichéenne des choses. Je ne crois pas que la frontière entre bien et mal est un mur en béton armé avec un côté tout blanc et un côté tout noir, je ne crois même pas au bien et au mal tout court, je crois seulement qu'il faut veiller à ce que les conséquences de nos actes ne soient pas nocives à autrui, et que ce souci implique une réflexion constante, et une vigilance telle qu'il est évidemment plus facile de s'en foutre. Bref, je ne me pose pas la question du Bien et du Mal. Jamais. Je me pose la question de ce qui est bien pour qui et ce qui est mal pour quoi. Vous ne trouverez pas les mots "Bien" et "Mal" dans mon roman. S'il y a un reproche que je ne m'attendait pas à entendre, c'est celui-là.
Alors certes, dans mon roman, il y a des gentils, et il y a des méchants. Certe, cet état de fait posé, il n'est plus discuté. On ne s'interrogera pas plus sur la nature du bien et du mal. Parce que la lutte du bien contre le mal n'est pas le sujet du roman.
Elle est présente pour permettre à l'histoire de se produire. Elle est son point de départ, son prétexte. Son sujet, non.
Pourtant, plusieurs de mes lecteurs ont cru que c'était le sujet et m'ont reproché de le traiter avec trop de simplicité. Hors, je ne le traite pas avec simplicité, je ne le traite juste pas du tout. J'ai des choses à dire sur le bien et le mal. Si je décide un jour de les dire, je raconterai une toute autre histoire. Celle-ci implique qu'il y ait un conflit de base, implique qu'il y ait des ennemis, implique qu'on ne s'attarde pas sur la question du bien et du mal et qu'on l'évacue dans les première minute en se disant "là, c'est les gentils, là, c'est les méchants, maintenant, passons aux vraies questions". Ce qu'on fait, d'ailleurs quand on regarde Star Wars, ou la vraie question est la force intérieur et la résistance à une influence puissante, ou dans Charmed, ou la vraie question est la puissance que donne la fraternité.

Pourtant, certains de mes lecteurs sont resté sur cette question. Certains de mes lecteurs ont cru que j'avais considéré ce sujet comme plus important que tous les autres que j'aborde dans mon histoire. J'ai donc échoué.
Et je pense savoir où.
J'écris, comme je l'ai dit, une histoire d'Héroic fantasy, qui n'a pas d'autre ambition que d'être une histoire d'héroic fantasy. C'est un exercices de style, "Tchoucky s'essaye à la fantasy, se réclame de la fantasy, explore tous les shéma habituels, utilise les recettes habituelle, et voit ce que ça donne une fois tourné à sa sauce". Rien de plus. J'ai des elfes, des nains, des géants, des dragons. Et au même titre, j'ai appelé les divinités ennemie des démons, les divinités alliée des anges, juste pour utiliser un vocabulaire familier à mon lecteur, un vocabulaire riche en fantasme et qui pousse à la rêverie.
Est-ce ce choix de terme qui cause le malentendu ? Je l'ignore. Les prochaines béta lectures m'éclaireront sans doute à ce sujet. Mais si c'est le cas, j'ai trois options. Soit je banni tout le vocabulaire judéo-chrétien de mon roman, pour le remplacer par du vocabulaire inventé, ce qui m'attriste quand même, parce qu'un mot est toujours porteur de quelque chose, et qu'en changeant les mots, je vais tout de même un peu changer l'ambiance de mon roman. Soit je rédige une préface pour expliquer avec quel état d'esprit aborder mon livre, ce qui m'attriste aussi, parce que j'aime savoir mon lecteur libre d'aborder mon livre avec un esprit libre. Soit je laisse les choses en l'état, et le malentendu se produire, en acceptant que mon livre ne sera pas aimé à cause d'un malentendu, parce que c'est comme ça, que c'est inévitable et que c'est malgré tout comme ça que j'ai voulu et pensé mon livre, même si du coup il est mal compris.
Et sincèrement, je ne sais pas laquelle de ces trois options est la meilleure. Je veux bien l'avis d'Internet.

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commentaires

G
Pour le coup je pense que tu devrais gardé les termes judéo-chrétiens pour les raisons de simplification que tu as citées. Pour améliorer le problème, je ne sais pas, je n'ai pas lu ton<br /> manuscrit/bêta-livre. Dans d'autres œuvres, ils ont pris les termes à contre-pied en disant que les antagonistes se vante de représenter le bien (ça reste "manichéen" mais moins). Ou alors retirer<br /> les traits qui se réfèrent trop à la religion et qui sont plus des automatismes. Ou alors montrer clairement de quelle religion tu t'inspires potentiellement.<br /> Dans mon esprit c'est très dur de ne pas être manichéen, il y aura toujours un camp que l'on privilégiera et passera pour le bon côté. :
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A
Pour commencer, j'ai adoré ton lapsus : "un tremblement de taire" (C'est mignon ^^).<br /> Je pense avoir la même approche que toi en matière d'écriture. Lorsque j'écris, je ne me dis pas "Machin est meilleur que Bidule parce qu'il agit bien, et pis c'est tout". J'écris. D'ailleurs, je<br /> n'imagine pas vraiment un côté "Mal" et un côté "Bien", mais les humains comme des entités neutres, qui agissent de manière bénéfique ou négative (Un peu comme les choix dans Skyrim ou Mass<br /> Effect).<br /> Ton anecdote me fait penser à ce qu'une lectrice a dit d'une de mes nouvelles. Elle ne comprenait pas la réaction d'un personnage, et s'est centrée sur cette situation, alors que je n'ai jamais eu<br /> l'intention de l'expliquer. Je voulais laisser le lecteur y réfléchir, ou plutôt, montrer que parfois, il n'y a rien à comprendre. J'ai été attristée de voir cette remarque, puisqu'elle a gâché la<br /> lecture à cette personne, mais je préfère ne pas m'en faire de trop. En me mettant à la place du lecteur, j'ai aussi eu du mal à comprendre certaines œuvres, ou à suivre le chemin de réflexion<br /> qu'on me proposait. Nous n'avons pas les mêmes cerveaux, ni les mêmes connexions de neurones, alors que quelqu'un n'aime pas telle intrigue ou ne saisit pas le cheminement d'un personnage, ça peut<br /> arriver.<br /> Ça me fait penser à ton article au sujet des relations entre les lecteurs et l'auteur. Je suis une ermite : je donne ce que je peux donner.<br /> Personnellement, je te suggère de ne rien changer. Modifier le vocabulaire m'a l'air plutôt difficile et risquerait de changer pas mal de choses dans ton livre. Une préface pourrait donner au<br /> lecteur l'impression d'être "guidé". Et je sais que certains n'aiment pas qu'on leur dise "Il faut comprendre ça comme ça". Laisse ton œuvre comme elle est.<br /> Ce n'est qu'un conseil d'Internet. L'important, c'est ce que tu décides ^^
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L
O_O MANSFIELD PARK manichéeeen...?<br /> Mais... Mais... On sent clairement qu'Austen s'identifie pas à son héroïne supposée idéale et lui reproche même certains aspects de sa personnalité et le côté familial qui doit s'équilibrer avec<br /> l'honneur et les vertus patriarcales d'un autre âge à redéfinir itou itou... Noooon c'est pas manichéen ! (perso le récit que j'aime le moins c'est Northanger Abbey ex aecquo avec Lady Susan et je<br /> les trouve po du tout manichéen... Juste moins puissant et intéressant dans les thématiques traitées) d'une manière générale la littérature anglaise évite pas mal le manichéisme... Même Dickens a<br /> des ambiguïtés... et des espoirs de rédemption O_O<br /> Après ce que tu appelles Manichéen, j'appellerai ça moralisateur plutôt... (maiiis Perraut c'est sympa, j'adore ses contes en vers... même si rien ne vaut Andersen !! Niveau contes moralisateurs<br /> Ségur se distingue pas mal mais ya tellement de fantaisie et de charme dans ses histoires que j'ai du mal à leur en vouloir... et évidemment Leprince de Beaumont, madame d'Aulnoy sont vachement<br /> moralisatrices aussi >< ... Mais ya tellement de détails charmants ! J'adore les contes... Avec ou sans leur morales suranné
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T
<br /> <br /> Mansfield park est l'histoire d'une fille qui attend patiemment que tout lui tombe roti dans le bec. Et c'est ce qui se passe. Non pas parce qu'elle a fait quelque chose pour obtenir ce qu'elle<br /> désire, mais parce que sa rivale commet le crime d'avoir une personnalité. Une personnalité qui ne correspond pas aux valeurs de l'auteur. Pendant tout le livre, cette rivale se montre altruiste,<br /> empathique, intelligente et sensible, mais parce qu'elle ne respecte pas les valeurs de la bonne société, en étant une idiote apathique qui la boucle tout le temp, elle est punie. Et ce n'est pas<br /> présenté comme quelque chose de tragique, mais comme quelque chose d'heureux. On sent que Jane Austen était persuadé que ce personnage était rendu détestable par sa vivacité et son intelligence,<br /> tout simplement parce qu'elle remettait en question ce qui est sensé être un Bien immuable. La question du bien et du mal n'est pas l'occasion d'une réflexion : celle qui tente d'en faire une<br /> réflexion est immédiatement classée comme méchante. Ca, c'est du manichéisme. Ca ne le serai pas si on lui donnait de vrais arguments solide et qu'elle finisse par devoir faire preuve de mauvaise<br /> foi pour garder sa position. Ca, ce serait une vraie réflexion sur le bien et le mal. Surtout que faire des codes d'une société précise le bien, c'est nier qu'il existe d'autre civilisation ou on<br /> a pas la même notion de ce qui se fait et ne se fait pas, et qui ne sont pas forcément inférieur.<br /> Cette attitude est sans doute normale pour l'époque de Jane Austen, mais elle m'avait habituée, avec Orgueil et préjugé, à la considérer comme un auteur qui se demande réellement ce qui est bien<br /> et ce qui est mal, et crée de vraies réflexions autour de cette question, au lieu de se contenter du simple "vous voyez, ça, c'est la gentille, parce qu'elle la boucle et se soumet. Elle va être<br /> récompensé à la fin. Celle qui a essayé de se battre pour trouver sa place dans le monde, sans mentir sur qui ell est et ce en quoi elle croit, elle, elle est punie, bien fait pour elle."<br /> <br /> <br /> <br />