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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 08:14

On écrit toujours pour quelqu'un. Qu'on en ai conscience ou non, on ne peut décider de ce qu'on va transcrire et de quelle manière qu'une fois qu'on a décidé qui lira. Même celui qui tient un journal choisi ce qu'il va retranscrire des événements de la journée, et comment les retranscrire en fonction de ce dont il a besoin de se rappeler et comment. Il écrit pour celui qu'il sera dans le futur. Il choisit ses sujets et ses tournures en fonction de ce qu'il anticipe qu'il fera.

Aucun récit n'est exhaustif. Si je choisit de raconter la chute d'une feuille sur le sol, je dois choisir si je parle du mouvement qu'elle décrit dans les airs, de la couleur qu'elle a dans la lumière pendant qu'elle tombe, du bruit qu'elle fait en tombant, et si détaillé que soit mon récit, il y aura toujours des choses que je n'ai pas raconté. La réalité est complexe, et si elle est percevable, c'est uniquement part des point de vue multiple, à partir du moment où je choisit de l'écrire, je la réduit. Mais comme je veux en transmettre une image aussi parfaite que possible, malgré l'imperfection de mon moyen de transmission, je dois faire des choix narratifs et stylistique. Je dois me poser la question du lecteur et de quel mot, quel détail lui parlera plus, et l'amènera à reconstituer le plus parfaitement l'événement que je veux raconter. Donc, je suis obligée de me demander s'il a envie, à la base, de connaître cet événement. S'il n'a aucune raison de le vouloir, je peux choisir de lui en imposer le récit quand même, mais les chances qu'il n'arrive pas à reconstituer dans son esprit l'évenement tel qu'il s'est passé doublent.
C'est pourquoi je n'écrirai pas de suite à Tranche de vie. C'est pourquoi je n'écrirai jamais un récit d'enfance. C'est pourquoi certains synopsis de romans ne quitteront jamais le stade du synopsis. Je ne crois pas que ces histoires intéressent qui que ce soit. Si elles m'intéressent un jour assez pour que j'ai envie de les lire, je les écrirai peut-être pour moi.
C'est pourquoi je n'ai jamais réussi à tenir de journal, mais que par contre, j'ai le réflexe d'écrire en détail les événement de ma vie que je ne veux pas oublier. Ca arrive rarement qu'il se produise un événement dans ma vie suffisement universellement présent pour que j'ai envie de le raconter, mais ça arrive.

C'est pourquoi l'écriture n'est pas une thérapie, pour moi. L'écriture est un geste social, un geste de communication, qui implique un interlocuteur, ce n'est pas un geste intime. On ne peut pas écrire n'importe quoi à n'importe qui. On ne peut pas écrire pour écrire. Pas plus qu'on ne peut parler pour parler.
Imaginez vous, marcher dans la rue, tranquillement, quand un parfait inconnu vous aborde pour vous dire "arrêtez-vous, je vais vous parler de mon enfance". Vous ne vous arrêtez pas. Vous lui donnez à la rigueur l'adresse du thérapeute le plus proche, qui l'écoutera parce qu'il est payé pour. Si le même vous arrête pour vous dire "Je vais vous parler de combien votre vie pourrait être meilleure en racontant mon enfance à titre d'exemple". Là, il y a plus de chance que vous vous arrêtiez. Ecrire n'est pas un acte égoiste. Il s'adresse à quelqu'un, obligatoirement. Son objectif est d'apporter quelque chose au lecteur. Obligatoirement. Sinon, il n'y a pas lecture, et l'écriture reste dépourvu de sens.
Aucun poète n'est enfermé dans une tour d'ivoire. L'écrivain se heurte à l'incompréhension, souvent, mais s'il écrit, c'est parce qu'il ne va pas se réfugier tout seul sur son rocher en maudissant l'humanité. S'il fait le choix d'écrire, c'est qu'il espère être compris, qu'il tend la main à son lecteur.
Je ne croirai jamais personne qui me dira qu'il n'écrit pas pour être compris. Je le croirai plutôt s'il me dit qu'il n'écrit que pour lui-même. Et encore. Cette personne sera quelqu'un qui me parle de ce qu'il écrit, aura sans doute essayé de me le faire lire. A partir du moment où il aura fait le geste de me donner accès à ses écrit, c'est à moi qu'il essayera de s'adresser, consciemment où inconsciemment.
Certains ecrits sont expérimentaux, volontairement dissonants, volontairement obscurs, mais même dans ce cas, le sujet de l'expérience est le lecteur et la manière dont il reçoit le récit.
Certains écrits sont personnels, racontent des détails très intimes de l'auteurs, mais à partir du moment où un tiers le lit, la question n'est plus de savoir ce que transcrire ces détails a fait à l'auteur, mais ce que lire ces détails fait au lecteur.
On écrit pas juste comme ça, on écrit parce qu'on a des choses à dire à quelqu'un. Beaucoup d'écrivains préfèrent ne pas s'interroger plus que nécessaire sur qui va être le quelqu'un en question, et se laissent la surprise, mais consciemment ou pas, ils s'interrogent tout de même, au moment où ils choisissent leurs mots, et les détails qu'ils vont transcrire.
Ecrire est un geste de communication, un acte social.

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Published by tchoucky - dans Méta-écritures
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