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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 16:36

Des fois, dans la vie, quand tout va bien, quelqu’un débarque et décide de t’enlever ton bonheur. Pas par méchanceté, juste parce qu’il estime que c’est la chose à faire. Et des fois, malgré toi, cette personne réussit sans que tu puisse rien faire pour l'empêcher.

Les premiers mois, tu es seulement en colère. Ca t’étouffe et ça te bouffe, de penser à combien ceux qui t’ont enlevé ton bonheur ont été injustes, combien ils se sont trompés, et de ne pas pouvoir leur dire, parce que, ben, tu le leur a déjà dit, tu le leur a exprimé de toutes les manières possibles, et qu’au mieux ils ont pas compris, au pire ils n’en ont rien à branler. Tu essayes de vivre avec ta colère, malgré ta colère. Tu essayes de ne plus y penser. Mais l’injustice t’obsède, tu souffre, et tu souffre de souffrir alors que tu voudrais tourner la page. Tu essayes de construire autre chose. Mais dans ce que tu construis d’autre, il y a le fantôme des souffrances que tu vis, la peur de voir l’histoire se répéter, et puis, quoi que tu construise, ce n’est jamais aussi beau que ce que tu avais déjà construit avant, ce travail dont quelqu’un a un jour décidé qu’il devait être détruit et que tu ne méritais pas qu’on te laisse l’avoir réussi.

Un jour, tu décides que c’est vraiment trop dur, d’être en colère, que tu vas pardonner. Pas que les gens que tu pardonnes en ait quoi que ce soit à foutre de ton pardon, vu combien ils en avaient à foutre de ta colère, mais pour toi, parce que tu as vraiment trop mal de cette injustice.

Tu décides que c’est juste. Tu décides que c’est ta faute. Tu décides de ne plus croire en toi. Tu décides que les événements qui te sont arrivés sont logiques, sont justes, sont ceux qui devaient arriver. Tu décides que tu dois changer. Tu essayes encore de tourner la page.

Tout le monde te reproche de ne pas croire assez en toi. Des fois, d’ailleurs, ce sont les mêmes personnes, celles qui t’ont enlevé ton bonheur. Mais tu t’obstines à décider d’être coupable. C’est plus rassurant, d’être coupable. C’est plus rassurant, de vivre dans un monde où c’est les coupables qui souffrent des années durant et pas les innocents.

Mais tu n’y crois pas. Tu repenses à tout ce que tu as fait, à la manière dont tu l’a fait, et tu aime toujours autant ce que tu as fait, et ce que ça a donné. Tu aimes ce que tu as été. Tu n’arrive pas à le renier. Tu n’arrives pas à décider que cette personne-là, que tu as été, et que tu aimes avoir été, avait tort. Ta colère reprend de plus belle, et cette fois, elle est dirigée aussi contre toi. Tu mesures la valeur de ce que tu as perdu, et de ce que tu n’as pas été capable de protéger contre des tiers.

Tu pleures pendant des nuits, et encore pendant des nuits. Tu essayes d’oublier. Tu décides qu’il aurait mieux valu ne pas vivre ce bonheur, ne jamais vivre aucun bonheur, et tu essayes de te résoudre à vivre sans bonheur, désormais, parce que décidemment, le bonheur, ça se paie trop cher. Tu pleures longtemps. Des mois. Des années. Tu crois être résignée. Tu crois avoir renoncé à tout. Et puis quelqu’un vient te rappeler. « Tu te souviens ? C’était tellement beau à vivre ! C’est un si beau souvenir. »
Et tu ne peux plus rien faire, que continuer à pleurer.

Tu penses aux gens que tu connais qui n’arrivent pas à se résigner, et à qui tu l’as reproché, et tu regrettes, parce que tu te rends bien compte de combien c’est impossible, de se résigner. Tu joues à te faire mal en allant regarder les ruines de ton ancien bonheur, et les autres univers très différents du tien qui se sont construits sur ces ruines. Tu pleures encore, et tu n'arrive pas à t'empêcher d'y retourner. Tu espère encore que quelqu'un va te dire "Ce que tu avais construit aussi, c'était bien". Tu espère encore que quelqu'un va te dire "Je me rappelle de ce que tu avais construit". Tu sais que ça n'arrivera pas. Tu sais qu'à part toi, tout le monde a oublié. Et que c'est normal, pourquoi quelqu'un d'autre que toi attacherait de l'importance à ce qui te rendais heureuse ? Tu réalises que ce qui te rendait heureuse ne rendait heureuse que toi, sinon quelqu'un d'autre s'en souviendrait. Tu réalises que ton bonheur était fondé sur des illusions, et que même si on ne te l'avait pas enlevé, il se serait effondré, parce qu'un bonheur tenu par une seule personne ne tient pas, et que tu étais seule dans ce bonheur, contrairement à ce que tu croyais.

Oui, c’était beau à vivre, même si ça s’est  mal fini, même si ça t’a appris que tu n’es en sécurité nulle part et que quelqu’un peut à tout moment décider de t’enlever ton bonheur et réussir. Oui, c’est un beau souvenir, un souvenir qui fait affreusement mal tellement il est beau, et auquel tu ne peux pas t’empêcher de penser parce qu’il n’y a rien dans ton présent qui soit assez beau pour valoir ça, et que la seule chose qu’il te reste, c’est de l’avoir vécu.

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Published by tchoucky - dans Foutoir d'écriture
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