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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 05:23

J'ai supprimé le blog dans lequel je relatais mon expérience d'enseignante. Celle-ci commence  à beaucoup dater, et ne correspond plus à la réalité de ce que vivent les professeurs stagiaire aujourd'hui. L'un d'eux m'ayant posté quelques commentaires assassins, très offusqué de ce que j'avais écris, j'ai préféré le fermer: Offenser les professeurs des écoles stagiaire était bien la dernière chose que je voulais.

Cependant, je reposte cet article-là, dont le sujet va plus loin que l'enseignement, qu'on m'a demandé à relire.

 

Vos proches et votre dépression23/06/2011 11:07

          Il y a quelque chose à savoir sur la dépression, quelque chose de terrible, c'est qu'on en guérit, certes, mais qu'on en guérit lentement, et seul.

          Le rôle du psy _ parce que je veux croire que j'ai juste joué de malchance, et qu'il y a des gens pour qui aller voir un psy marche_ n'est pas de vous guérir mais de vous suggérer des pistes à essayer pour vous guérir tout seul.

          Autant dire, dans ce cas, que vos amis, votre famille, votre conjoint ne peuvent pas vous aider. C'est ça qui rend la chose terrible. Parce que vous avez vraiment besoin d'eux et ils voudraient vraiment vous aider. Mais ils ne peuvent pas.

          D'abord parce que la dépression ne se conçoit pas, elle s'expérimente. Même à supposer qu'ils en soient passés par là un jour, vous êtes le seul à réaliser ce à quoi vous êtes réellement confronté. Vous savez déjà que si vous êtes dans la situation où vous êtes aujourd'hui, ce n'est pas votre faute. Vous savez déjà que vous n'avez rien à vous reprocher. Même si ça vous rassure de penser que vous êtes responsable, que c'est vous qui avez le contrôle sur votre vie, vous le savez au fond de vous. Ca ne vous fait aucun bien qu'on vous le dise, ça ne fait que vous rappeler l'injustice de votre sort.

         Ca ne vous fait aucun bien non plus qu'on vous dise que ça va s'arranger, parce que vous avez déjà, vous-même, spontanément, réfléchi aux conditions à rassembler pour que ça s'arrange. Et si ça n'a pas suffit à vous réconforter, c'est que les conditions sont soit impossibles à rassembler, soit insupportables à envisager.

         Il est très, très, très important de ne pas en vouloir à vos proches de leur impuissance, ou de leur incompréhension. Ce que vous vivez est trop terrible, ils ne peuvent en avoir conscience à moins de se sentir aussi mal que vous et ça, vous ne le souhaitez pas. Ne serait-ce que parce que ceux qui se sentent aussi mal que vous ne vous font aucun bien.

         Si ça ne vous fait pas du bien qu'on vous prétende que vos problèmes n'existent pas ou qu'ils vont s'arranger facilement alors que c'est faux, ça ne vous en fait aucun non plus qu'on vous confirme que votre situation est aussi désespérée que vous le pensez. Même si vous n'enseignerez jamais, alors que vous aimiez ce métier d'amour, même si accepter votre sort vous semble impardonnable vis à vis de tous les autres individus que le système va briser après vous parce que vous avez été trop faible pour le faire plier, même si vous êtes déçu de tout même si le monde est moche et le restera, que vous vous en sortiez où non, même si vous êtes au chômage, même si vous n'avez aucune idée de réorientation et aucune force pour en trouver un, même si... Même si tout ça est réel, un jour, vous vous lêverez et vous vous direz "le monde est toujours aussi moche qu'hier, mais je crois qu'aujourd'hui, je peux accepter de vivre dans ce monde là." Envisager cela aujourd'hui ne vous réconforte en rien parce que vous savez que ce jour là, vous aurez perdu quelque chose, les derniers morceaux qui restent de la personne que vous êtiez et aimiez être, mais dont le système a jugé qu'il fallait la briser. C'est terrible, mais vous finirez par renoncer à cette personne et à aller de l'avant. Ce que vous serez à ce moment là vous paraît peut-être inadmissible maintenant, mais il vaut mieux le devenir, pour survivre, c'est comme ça. Bref, un jour, vous irez mieux, vous le payerez d'un prix difficile à payer, mais vous irez mieux, et vous vivrez une nouvelle vie.
            Il n'y aura pas d'enseignement, dans cette vie là, et vous resterez amputé de toutes les certitudes et de tous les repères que vous avez perdu dans l'expérience, mais ce sera tout de même une vie, ce ne sera plus la succession interminable de matins à se réveiller en larmes et à se demander pourquoi on s'obstine à rester en vie alors que la société elle-même a décidé que votre épanouissement était incompatible avec ses projets. Vous ne pouvez rien faire pour accélérer le processus. Ca viendra lentement. Tout ce que vous pouvez faire aujourd'hui, c'est veiller à ce que la dépression ne vous fasse pas perdre vos proches parce que ce que vous perdrez maintenant, vous ne le retrouverez jamais, même après la guérison.

          La première chose à faire, maintenant que vous avez démissionné, ce n'est pas uniquement chercher du boulot, ou aller voir un psy, c'est parler à vos proches de ce que vous traversez et allez traverser. Leur expliquer que vous n'attendez pas d'eux qu'ils vous sauvent, vous vous sauverez seul ou pas du tout. Leur expliquer que vous n'exigez pas qu'il promettent de rester quoi qu'il se passent, ils n'en sont peut-être pas capable, et ils ne le sauront pas avant d'avoir atteint leurs limites. Leur expliquer que ce dont vous avez besoin, c'est de garder la liberté de dire que vous allez mal, sans être obligé de réexpliquer mille fois pourquoi, et pourquoi les paroles de réconforts ne marchent pas. Juste pleurer à

loisir, vous appuyer sur leurs épaules. Surtout, surtout, ne leur demandez pas comprendre. Demandez-leur, seulement, de ne pas vous laisser seul, de vous écouter parler, même s'il ne peut pas y avoir de réponse.

 

           On oublie trop facilement que la dépression n'est pas un choix de vie, mais une maladie, qu'il ne sert à rien de dire "tu devrais arrêter de déprimer" parce que si la personne avait le choix de ne pas déprimer, elle le ferait. On oublie trop facilement aussi que si personne ne vient en aide aux dépressifs, c'est avant tout parce que personne ne sait comment les aider _ pour cause, il n'y a souvent rien de plus à faire qu'accepter que ça n'ira pas mieux avant un moment, et qu'il faut laisser cette longue période douloureuse se passer, et être là.

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Published by tchoucky - dans Foutoir d'écriture
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