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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 20:32

A gauche du ciel, il y avait les Shadoks. Ils ressemblaient à des oiseaux, mais leurs ailes étaient trop petites. Les Shadoks étaient excessivement méchants. A droite du ciel, il y avait les Gibis, des petits animaux aimables avec un chapeau sur la tête pour se dire bonjour.

Non, je déconne, en fait, ils étaient de vrais connards aussi. Ils adoraient se moquer des Shadoks, plus bêtes qu’eux, et ils considéraient leur civilisation comme tellement meilleure que toutes les autres qu’ils colonisaient toutes les planètes qu’ils rencontraient pour ensuite leur imposer leur idéal de vie, qui consiste principalement à danser le menuet et à se dire bonjour.

On a accusé les Shadock d’être une propagande du communisme. On les a accusés aussi d’être une propagande du capitalisme. En fait, c’est assez clair que les Shadok sont les communistes et les Gibis les capitalistes, mais déterminer lequel des deux camps est censé être meilleur que l’autre n’est pas chose aisée. En fait, il n’y a aucun bon camp, il n’y a que deux façons d’être mauvais.

La civilisation Shadock est basée sur le fait de pomper même s’il ne se passe rien plutôt que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas. Il faut dire que nos Shadoks, ils n’ont que quatre cases prévues dans leurs cerveaux, pouvant contenir quatre idées, pas plus. Autant dire qu’établir une stratégie à long terme pour résoudre des problèmes complexes, ce n’est absolument pas dans leurs moyens. Donc, il ne leur reste qu’une solution, pomper sans savoir si ça va faire quelque chose plutôt que de risquer de ne pas pomper. Et si quelque chose d’étranger, de bizarre, de compliqué, de différent, de dérangeant se présente, le manger, plutôt que risquer d’être mangé.

Les Shadoks ne sont pas méchants. Ils sont primaires. Ils n’écoutent que leur instinct parce qu’ils n’ont pas les compétences pour une réflexion élaborée.

Les Gibis, eux, ont une civilisation tellement avancée qu’ils n’ont même pas besoin de travailler. Tous leurs besoins naturels sont comblés par des moulins sophistiqués capable de transformer le rien du tout en n’importe quoi. Leur temps est occupé à l’entretien de leur intelligence, leur culture, leur bon goût et leur sensibilité. Ils sont tellement heureux de leur façon de vivre qu’ils considèrent que c’est la seule façon possible d’être heureux, donc s’ils rencontrent une planète pas jolie, pas bien rangée, polluée, compliquées, ils la colonisent et lui impose leur façon de vivre, sans demander l’avis des habitants, en fait parce qu’ils n’envisagent pas que les habitants puissent souffrir de se voir imposer la culture Gibi.

Les Gibis ne sont pas méchants non plus, ils sont juste tellement sophistiqués qu’ils ne sont que raison pure. L’empathie, qui pourrait leur permettre d’envisager que ce qui convient aux Gibis ne convient pas forcément aux autres espèces, ça fait partie des choses instinctives qu’ils ont perdues depuis longtemps, parce que trop sophistiqués, trop civilisés pour y penser. Ils ont leur grille de lecture pour appréhender le cosmos devant eux, et ils n’envisagent pas une minute que cette grille de lecture puisse être autre chose qu’une vérité universelle.

Spoiler : La fin ne renseigne pas le spectateur sur le côté duquel il est sensé pencher. Dans les quatre saisons, les deux camps perdent, chacun à sa façon. Il n’y a jamais que le marin Shadok qui s’en sort à peu près bien.

Ah, le marin Shadok, voilà un personnage qu’on pourrait considérer comme positif. En tout cas, il réussi ses objectifs, et il ne cherche pas à imposer sa façon de vivre à qui que ce soit. Ceux qui le suivent sont volontaires. Bon, ils le suivent parce que c’est ça ou être jeté au Goulp, mais bon, ils sont volontaires quand même. Il a de la ressource. Confronté à un problème, il envisage immédiatement une solution, et s’il n’y a pas de solution (en chœur) « c’est qu’il n’y a pas de problème ». L’incertitude du à sa condition de Shadok incapable de penser à long terme, il l’assume, en clamant que « lorsqu’on ne sait pas où on va, il faut y aller, et le plus vite possible ». Sauf que le message qu’il nous donne, le marin Shadok, c’est que pour qu’il y ait le moins de mécontents possible, il faut toujours taper sur les même. Principe souvent appliqué dans la vraie vie. Selon la logique des Shadock, il n’y a aucune bonne façon de s’en sortir, aucune façon juste de s’en sortir, il y a juste les méchants extrêmes, les méchants modérés, et… Gégène.

Gégène, c’est le petit microbe à qui appartient la terre au moment où les Shadoks et les Gibis s’y installent. Il est petit mais costaud, (levez le doigt ceux qui comprennent la référence) il peut soulever des montagnes avec un petit doigt ainsi que faire pleuvoir et tremblementdeterrer en sifflant. Les Shadoks, en le voyant, essayent de le tuer à coup d’épingle, alors il les dévore. Les Gibis lui jouent de la musique, alors il leur lance des feux d’artifices pour les remercier.

Il n’est pas méchant, Gégène. Il est agressif quand on l’agresse, amical quand on est gentil avec lui. Il peut se le permettre, il est tellement puissant qu’il n’a besoin de personne, qu’il peut vivre tout seul et suivre sa logique individualiste, qui lui permet d’avoir des amis pour le plaisir, pas par nécessité, et des ennemis par nécessité, pas pour le plaisir. Il finit bien, lui. Tout seul, mais bien quand même. Enfin, si on considère qu’être tout seul et être bien n’est pas incompatible, ce qui est déjà sujet à débat.

Dans la vie, moi, je me sens plutôt Shadok. Je suis sans cesse confrontée à un monde trop compliqué pour moi, qui me donne à résoudre des situations pour lesquelles je n’ai ni les ressources, ni les compétences nécessaires. Alors, faute de pouvoir faire quelque chose d’efficace, je fais ce que mon instinct me dicte de faire, en sachant que c’est pas forcément approprié, mais en me disant que c’est toujours mieux que risquer que les choses s’aggravent à cause de mon inactivité. J’ai horreur de débattre avec les gens, quand je ne suis pas d’accord avec eux. Je perds facilement mon calme, et il m’arrive de quitter la pièce furieuse juste parce qu’on ne veut pas admettre que le fushia est autant du violet que du rose. J’ai sans doute l’air de vouloir imposer ma façon de voir, mais en fait, comme je ne sais pas quelle est la vérité absolue, j’ai conscience de ma faiblesse face à ceux qui croient la détenir, et, du coup, seul l’instinct, qui me dicte de mordre autrui avant d’être mordue, prime. Ce n’est pas de la méchanceté, c’est un réflexe primaire, du au fait que j’ai dans mon cerveau seulement assez de case pour percevoir que je n’en ai pas assez pour voir la vérité absolue.

Enfin, j’ai surtout ce sentiment de faiblesse parce que j’ai l’impression que mes interlocuteurs, eux, sont plutôt des Gibis. Ils n’ont pas l’air d’admettre que ma façon de percevoir les choses a peut-être des fondements, dus à ma sensibilité, mon vécu, ma différence. Ils me renvoient plutôt de moi l’image de quelqu’un qui voit des choses qui n’existent pas, ne voient pas des choses qui existent et invente les moindre détails du monde qui l’entoure. Ce qui est extrêmement angoissant, et qui, pour un Shadok comme moi, incite plutôt à mordre. Ils ne me veulent pas de mal, bien sûr. Ils ne se rendent pas compte de combien ça peut être angoissant pour quelqu’un de s’entendre dire « tout ce que tu vois, ça n’existe pas, ne crois pas en tes yeux, crois en ce que je dis ». Ils ont appris, à force d’expérience, ou en lisant des histoires, qu’il y a une stratégie à appliquer pour appréhender le monde, et qu’elle marche à tous les coups, pour tout le monde. Du coup, s’ils voient que je n’applique pas cette stratégie, ils essayent de me forcer à l’adopter, pour mon bien, sans envisager que leur recette universelle n’est pas si universelle que ça. Et quand ils voient que ça m’incite à mordre, ils en concluent que je suis juste un petit Shadock méprisable, qui ne vaut pas la peine qu’on cherche à le comprendre. Ce n’est pas de la méchanceté, c’est juste que ma réaction correspond à une réaction répertoriée dans leur grille de lecture, alors pourquoi ils envisageraient qu’elle n’a pas les causes indiquées dans la fiche correspondante ?

Au final, la morale des Shadok, c’est qu’il n’y a pas de méchants, ni de gentils, d’ailleurs. Il n’y a que différentes façon de ne pas réussir à vivre avec les autres. Pourtant, la série n’est pas complètement pessimiste, parce que les Gibi et les Shadok, au fond, ont assez d’affection les uns pour les autres pour partir en vacances et faire des films ensemble.

De toute façon, leur différence, y a pas de solution, et comme dit le Marin Shadok, s’il n’y a pas de solution, il n’y a pas de problème.

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Published by tchoucky - dans Mes lectures
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commentaires

Bullomaniak 16/09/2013 14:24

Super article !

toto 09/09/2013 22:38

Une précision : Les shadoks ne représentent pas le communisme mais plus simplement les français,face à leurs ennemis héréditaires, de l'autre coté de la manche, les Grands Bretons (abréviation GB prononcé à l'anglaise GiBi)

Bat 29/04/2016 21:19

Correct!

J'ai été surpris par cet article car je pensais que c'était l'inverse: Les GiBi ayant vécu sur une planète plate qui se comporte comme une balance, ils se sont adapté de sorte à ce que l'équilibre soit conservé: Egalitarisme, donc communiste.
Les Shadoks ont vécu sur une planète instable qui peut prendre n'importe quel forme avec pour seul principe d'avoir des shadok des deux côté: Liberalisme, donc capitaliste.

Cependant, on m'a démentit de la même façon que toto: en fait, il ne faut pas chercher plus loin que la relation Franco-Anglaise dans cet histoire. Et bon.... les deux ont un état d'esprit plus complexe que celle du modèle Américain ou Soviétique de l'époque, d'où le fait que la frontière entre les deux soient très flou!

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