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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 23:23

Une semaine avant l'écriture de cet article, une blogueuse féministe relativement connue sur le Net recevait chez elle deux techniciens orange pour une intervention. Après celle-ci, l'un des deux techniciens s'est servi du numéro de téléphone qu'elle avait fourni pour l'intervention pour lui envoyer le texto suivant "Rebonjour. C'est le technicien orange. Juste pour.vous dire que vous étiez très jolie et que vous aviez un très beau sourire J'ai as osez devant mon collègue en formation. Et c'est pas très pro. Voilà désolé pour la gene..". La blogueuse a adressé une plainte au service des réclamations d'orange, informé le technicien de ce qu'elle avait fait, reçu un sms d'excuses, ainsi qu'un appel qu'elle a préféré ne pas prendre, et raconté toute l'histoire en détail sur twitter. Son compte étant très suivi, le récit de l'anecdote a été vu par un grand nombre d'internautes. A partir de là, je ne sais pas exactement dans quel ordre les choses se sont passées, mais il y a des eu des tweets qui expliquaient posément pourquoi cette blogueuse avait eu tort de faire appel au service réclamations au lieu d'expliquer diplomatiquement au technicien à quel point sa démarche était déplacée, des tweets qui expliquaient posément pourquoi elle avait eu raison de le faire, et de très, très, très nombreux tweets d'insultes émanant des deux camps, à ceci près que ceux qui étaient contre la plainte insultaient la blogueuse tandis que ceux qui étaient pour insultaient ceux qui était contre, ce qui fait qu'au bout du compte, qu'elle ait eu tort ou raison, c'est cette fille qui aura subi le plus de cyber-violence dans l'affaire.
Au final, le journal 20 minutes s'est fendu d'un article sur l'affaire, reprenant le récit de la blogueuse, résumant les réactions des internautes sur Twitter et nous informant que le technicien recevra un blâme, mais ne sera pas licencié.
Je me devais de résumer les faits, parce que beaucoup de choses ont été dites de cette "affaire", des choses très bêtes, des choses très intelligentes, et ce des deux côtés. Je ne souhaite pas m'étendre dessus plus qu'il n'est nécessaire, puisque ce n'est pas de l'affaire en question que je souhaite parler, mais des réflexions qui me sont venues suite à cette anecdote. Cependant, pour éviter que la question reste en suspens et qu’elle prenne plus d’importance à vos yeux qu’elle n’en a réellement, je vais tout de même donner ma position dans le débat.
Ce n'est pas si simple, et j'avoue que je n'ai eu d'avis définitif qu'une fois qu'il a été établi que le mec ne serait pas viré. Etant donné que le sms a été rédigé de façon aussi polie et respectueuse que possible et que le technicien s'est excusé dès qu'il a compris qu'il avait été offensant, un licenciement aurait été une sanction excessive. Croyez-en quelqu'un qui est au chômage depuis quinze ans. Mais la désinvolture dont il a fait preuve en utilisant des données professionnelles pour un usage privé montre qu'il avait besoin d'une bonne frousse pour comprendre qu'on ne doit pas dépasser les limites. Au final, la plainte aura peut-être permis à cet homme d'évoluer, et à Orange de sensibiliser un peu plus ses employés à la protection des données privées.
Ceci dit, que Buffy Mars ait eu cette réaction pour de mauvaises raisons, je suis toute disposée à le croire. Qu'elle ait paniqué devant quelque chose qui ne la mettait pas plus en danger que ça, je veux bien le penser. Que ses autres activités, sur Internet, aient habitué Twitter à la voir comme un personnage antipathique à qui on n'a pas envie de donner raison, je l’admets sans problème. La question n'est pas de savoir si elle est sympathique. La question est de savoir comment on est censé agir dans ce genre de situation. Et le fait est que, dans ce cas précis, elle a agi comme il fallait.
Soyons honnêtes une minute. Même si c’est pourtant l’aspect le plus important du problème, ce n’est pas la question des données privées qui divise Twitter, en réalité. Celle du professionnalisme non plus, d’ailleurs. Ce divise Twitter c’est de savoir si on a le droit d’aborder un/une inconnu(e) juste pour lui dire que son physique est agréable. Dit comme ça, ça ne parait pas si grave, et, de ce que j’en ai vu, un nombre conséquent de Twittos ne voient pas quel est le problème avec ça. J’en ai même vu une qui twittait « Si ça se trouve, mon technicien orange c’est l’homme de ma vie et à cause de Buffy Mars, il n’osera pas m’aborder. »
C’est là que m’est revenue en mémoire une conversation avec des collègues, il y a quelques mois. Durant la pause déjeuner, je ne sais plus pourquoi, chacun racontait comment il avait rencontré son conjoint. En boîte, par des amis, par des parents... Quand ça a été mon tour de parler, sans donner trop de détails (‘^^), j’ai expliqué que j’ai rencontré Pesme sur un forum qui parlait de séries télé.
_Et vous avez échangé vos numéros, direct ? M’a-t-on demandé.
_Heu... Non, on a PARLÉ d’abord. Les numéros, on les a échangés au bout de quelques mois, quand on a vu qu’on s’entendait bien. Et encore quelques mois après, on est sortis ensemble.
Les collègues me regardaient comme si je venais de leur présenter un concept REVOLUTIONNAIRE. Je suis sérieuse. "Ouah, se rencontrer grâce à des centres d'intérêt communs, quelle bonne idée !"
Leur réaction m'a totalement déstabilisée.
Ces collègues étaient des gens ordinaires, majoritairement des femmes. Ils s'intéressaient à leur boulot, aimaient les voyages, la musique, le cinéma, les vidéos marrantes sur facebook, la couture, et un tas d'autres choses. Et, pour ces gens ordinaires, choisir son âme sœur parmi les gens qu'on connait, et dont on sait qu'ils partagent les mêmes goûts, était une idée totalement nouvelle et inattendue.

Ce souvenir m’a fait penser à autre chose : avant internet, pour rencontrer des gens partageant les mêmes centres d’intérêt, il y avait des clubs. La plupart du temps, ils étaient fréquentés par des membres de même sexe. De toute façon, ils n’étaient pas très fréquentés et pas forcément bien considérés. Aujourd’hui, il y a internet, mais les gens qui s’en servent comme moi pour parler culture avec des inconnus sans que ça ait d’autre objectif que la conversation ne sont pas la norme. La norme, c’est de s’inscrire sur un site de rencontre dans le but de pécho. OK, c’est moins absurde que de vouloir pécho une cliente qu’on n'a rencontré qu’une fois, mais quand même, c'est comme les rencontres arrangées par les amis ou la famille, ça ne me fait pas rêver. Même si la "sélection" se base sur les centres d'intérêts des candidats, comment avoir une conversation naturelle et ordinaire quand on sait que l'enjeu de la rencontre, c'est de déterminer si on va pouvoir se mettre ensemble ou pas. Si on finit effectivement ensemble après cette conversation, est-ce parce qu'un sentiment a réussi à naître malgré le côté forcé du truc, ou est-ce parce que, n'ayant pas vu d'obstacle majeur à se mettre avec cette personne, on se met avec cette personne, comme on se mettrait avec une autre si c'était une autre qui avait été là...

Je veux bien croire que je suis une privilégiée qui a eu la chance de tomber amoureuse à un moment où je ne cherchais pas et... Non, en fait, je ne veux pas croire que je suis une privilégiée. De mon point de vue, c'est comme ça qu'une rencontre devrait se passer. On rencontre une personne, on n'a pas d'arrière pensée la concernant, mais, à force de la côtoyer, on réalise qu'elle nous plait, que l'affinité qu'il y a entre nous nous plait. Un sentiment nait, tout seul, sans qu'on le force, et nous lie à cette personne. On peut y croire, à ce sentiment, on ne l'a pas forcé, il est venu sans qu'on le veuille.

Etant donné le peu de circonstances exceptionnelles qu'a nécessité mon aventure, je ne comprends pas pourquoi il est exceptionnel que ça se produise de cette façon. En tout cas, à mon avis, celui avec qui on se met en couple, c'est celui dont la façon d'être fait spontanément naître l'envie de partager avec lui ses joies et ses peines, et ce pour le reste de sa vie. C’est peut-être une vision des choses un peu trop idéaliste et je manque peut-être de sens des réalités mais tout de même, au moins l’idée de choisir son partenaire en fonction de centres d’intérêt communs devrait être intuitive.
Or elle ne l’est pas. Et dans un contexte où elle ne l’est pas, comment expliquer quel est le problème d'aborder un(e) inconnu(e) pour lui faire un compliment sur son physique ? Si la norme, c'est de s'échanger les numéros dès le premier jour, alors effectivement, draguer une cliente qu'on n'a rencontré qu'une fois, questions de données personnelles mise à part, c'est tout à fait légitime. Draguer une personne qu'on vient de croiser dans la rue aussi.
Le problème, c'est que moi, me faire aborder quinze fois sur le trajet qui mène de la maison à la boulangerie, devoir expliquer quinze fois que non, je n'irai pas prendre un verre, que non, je ne suis pas intéressée, que non, je ne dirai pas ou je vais, que non, je ne dirais pas mon nom, que non, je ne m'arrêterai pas pour bavarder, et que non, je n'ai pas envie de faire connaissance, ça me gonfle. Ca ne me terrifie pas, ça ne m'angoisse pas, ça me gonfle.
On va faire abstraction du fait qu'il existe des violeurs et qu'on ne peut pas prévoir à l'avance qui en est un, parce que ce n'est pas ça mon problème. On va considérer, pour les besoins de la démonstration, que ces compliments sont sincères, que je ne suis pas la vingtième femme à qui vous sortez cette phrase aujourd'hui, et que mon visage vous a réellement suffi pour vous persuader que je suis la femme de votre vie. On va faire comme si j'étais célibataire et disponible. Et tiens, on va également décider, pour prouver que ce n'est pas une question de misandrie, que vous êtes vous-même une femme, tombée folle amoureuse de moi juste en voyant mon sourire. Et que je suis intéressée par les femmes.
Et bien, vous savez quoi ? Ca me gonfle quand même. Si vous n'étiez pas la quinzième aujourd'hui, et si je n’avais pas perdu autant de temps à repousser les avances des précédents, je ne serais sans doute moins exaspérée, mais je serais quand même mécontente. Si mon visage a illuminé votre journée, j'en suis ravie pour vous, mais je n'ai pas besoin d'en être informée, ça ne m'intéresse pas. Je ne suis pas concernée. Mon visage, ce n'est pas moi. Moi, c'est tout un tas de pensées, tout un tas d'humeurs, tout un tas de sentiments, à coté duquel mon visage n'est rien. Ca me vexe, que vous considériez mon visage comme un bon critère pour juger de ce que je vaux en tant que personne. En faisant comme ça, vous établissez que ma personnalité, que je me donne bien du mal à rendre intéressante et attachante, ne vous intéresse pas. Vous êtes prête à accepter n'importe qui pourvu qu'il ait ce visage-là. Donc, oui, ça me vexe. Aussi simple que ça. Et il n’y a aucune chance que cette stratégie porte ses fruits avec moi.

Suis-je un cas à part ?  Je ne suis pas la seule à me plaindre de la drague de rue, mais l'expérience a prouvé que ce n'est pas parce qu'on se plaint de la même chose qu'on s'en plaint pour les mêmes raisons.
Alors, étant donnée la réaction de mes collègues il y a quelques mois, et étant donnés les tweets lus il y a quelques jours, je suis toute prête à croire que c'est moi qui suis bizarre. J'ai eu, une fois, l'occasion de débattre sur facebook avec une fille qui estimait que quand un inconnu vous aborde pour vous dire que vous êtes jolie, il faut se sentir flattée et ne comprenait pas pourquoi j'estimais que non. Je ne me souviens plus comment c'est arrivé dans la conversation, mais au bout d'un moment, elle m'a sorti : "Mais toi, tu ne tomberais pas amoureuse de quelqu'un que tu trouve moche. Ne me dis pas que si, je ne te croirais pas." Le problème, c'est que si. Plus exactement, si Quasimodo avait le cerveau d'Einstein, alors je trouverais que Quasimodo est beau. Je suis incapable de trouver moche quelqu'un que j'apprécie. Mon sens esthétique est ravi par un beau visage, une belle silhouette, mais ce n'est pas ça qui me fera tomber amoureuse. Ce qui me fera tomber amoureuse, c'est une conversation à bâtons rompus sur un sujet qui m'intéresse. J'ai du mal à me représenter quelqu'un tombant amoureux juste d'un visage, et quand on me parle sentiments alors qu'on me connait à peine, j'ai du mal à croire à la sincérité de la personne.
De la même manière, je ne pourrais pas tomber amoureuse de quelqu'un rencontré sur un site de rencontre, ou au cours d'un rendez-vous amoureux organisé par des tiers. J'ai du mal à croire à une rencontre organisée DANS LE BUT de faire naître une histoire d'amour. Même si la personne ressemble exactement la personne que j'ai toujours cherché, je ne pourrais pas tomber amoureuse dans des circonstances pareilles. Comment pourrais-je savoir que cette personne est réellement tombée amoureuse de moi, qu'elle ne s'est pas juste convaincue qu'elle était amoureuse de moi par méthode Coué ? Comment pourrais-je savoir que je suis réellement tombée amoureuse d'elle, que ce n'est pas juste un rôle dans lequel je me suis laissée entrainer ?

Admettons que j'ai une façon de fonctionner atypique. Ce qui m'étonne beaucoup, c'est qu'elle soit atypique, parce que ma position ne me semble pas si illogique que ça. En fait, il me semble qu’il y ait une raison très simple à la façon dont les choses se sont passées pour moi. Je ne cherchais pas à rencontrer quelqu’un. Ne cherchant pas à rencontrer quelqu’un, j’ai eu envers tous ceux que je croisais l’attitude qu’on a envers tout autre être humain, je me suis rapprochée de ceux avec qui j’avaient des affinités, suis restée à distance de ceux qui n’avaient pas grand-chose à partager avec moi, et de fil en aiguille, le reste s’est fait tout seul.
Les relations amoureuses sont des relations humaines comme les autres. Elles sont sensées naître et se développer de la même manière que n'importe quelle autre relation humaine. Je pensais que ça tombait sous le sens, mais aujourd'hui, je suis impressionnée par le nombre de gens qui semblent considérer le couple surtout comme un achievement à débloquer pour avoir un bon score au jeu de la vie.

En même temps, il se trouve que faire un bon score est particulièrement impératif, dans notre société. Personne ne croit à la malchance. Dans l’idée populaire, quelqu’un de constante bonne volonté qui ne fait jamais d’erreur réussira forcément à réaliser tous ses rêves, tous, même s’il s’agit d’un paraplégique qui rêve d’escalader le mont blanc en solitaire et sans matériel. Les gens qui, comme moi, n’ont pas la chance d’avoir les capacités nécessaires, ou de voir les circonstances idéales rassemblées, pour que leur rêve se réalise, se voient expliquer qu’ils sont les seuls et uniques responsables de leur échec, que leur échec est la preuve de leur mauvaise volonté et de leur manque d’intelligence. Bref, dans notre société, quelqu’un qui rate, c’est quelqu’un qui ne vaut rien. Pour prouver qu’on vaut quelque chose, il faut réussir quelque chose, et la meilleure des preuves qu’on vaut quelque chose, c’est de s’afficher avec quelqu’un à son bras. Ça marche. Et l’effet inverse marche aussi : j’ai vu des gens se moquer de célibataires parce qu’ils sont célibataires.

Il faut être en couple, peu importe comment, peu importe avec qui, du moment qu'on a le point. L'autre n'est pas un partenaire avec qui on va construire son projet, c'est un élément du projet, un accessoire, et du moment qu'il remplit son rôle correctement, il peut bien faire ce qu'il veut et penser ce qu'il veut de son côté, chacun sa partie, et dans la nôtre, il n'est qu'un PNJ. Et non, ce n'est pas une attitude exclusivement masculine : j'ai rencontré des filles qui pensaient comme ça, elles ont leurs copines d'un côté, leur chéri de l'autre, et l'idée d'être copine avec leur chéri ne leur vient pas.
Vous allez me dire, et vous aurez raison, que si tout le monde à part moi est heureux comme ça, de quel droit est-ce que je m'insurge contre cette façon de penser ? Le souci, c'est d’une part, que du coup je me fais draguer dans la rue par des inconnus et que ca me gonfle, et d’autre part que je ne suis pas convaincue que tout le monde à part moi soit heureux comme ça. Je ne suis pas totalement sûre que ça satisfait les gens, d'être un joueur solitaire toute leur vie durant. Moi, en tout cas, la solitude je ne la supporte pas. Je préfère les parties en co-op. Je ne peux pas m'empêcher d'être sûre qu'au fond, les gens seraient plus heureux s'ils raisonnaient comme moi, s'ils pensaient que le couple, ce n'est pas un achievement, c'est un mode 2 joueurs qu'il faut faire durer le plus longtemps possible. Dans l'idéal, la quête n'est jamais accomplie parce qu'elle ne se termine jamais. Il ne s’agit pas de prouver sa valeur en déverrouillant le succès « petit copain » pour ensuite ranger la récompense dans son inventaire et l’oublier. Il s’agit de collaborer avec un deuxième joueur pour faire une partie qui en vaut la peine.
Dans ces circonstances, vous comprendrez qu'il me paraisse incongru de me faire draguer par un inconnu dans la rue, par un technicien orange ou, comme ça m'est déjà arrivé, par l'ambulancier qui a conduit ma grand-mère aux urgences. En échange, je ne m'offusquerai pas qu'on me demande pourquoi j'estime que ce n'est pas flatteur. Je suis prête à l'expliquer, dix fois, vingt fois s'il le faut, et le plus beau, c'est que je peux le faire sans prononcer une seule fois les mots #harcelement, #maletears, #cultureduviol, #patriarcat et #sexismeordinaire. Parce que vous en avez marre des fausses problématiques qui empêchent de réfléchir aux vraies questions, et moi aussi. Donc, laissons tomber les hashtags à la con, et discutons, c'est possible. Je ne vous accuserai pas d'être misogyne, vous ne m'accuserez pas d'être coincée. Je vous dirai que je trouve votre vision des relations amoureuses très insatisfaisante, et vous me répondrez que ce n’est quand même pas la peine de m'en vexer.
Il y a un an ou deux, quand j'ai commencé à m'exprimer contre les dérives du féminisme, je me sentais très seule. Aujourd'hui, je ne suis plus en position de minorité. Tout le monde en a ras-le-bol du féminisme, ou en tout cas de cette version du féminisme, et ce ras-le-bol vaut aux Buffy Mars de finir sous des torrents d’insultes même quand leurs actions ont été légitimes. Mais ce ras-le-bol ne doit pas nous faire perdre notre bon sens. Ne nous mettons à revendiquer le droit de sortir ensemble juste pour le physique. Parce que, ok, ce n’est pas un crime, mais on ne gagne rien à obtenir satisfaction.
Et pour ceux qui pensent que Buffy Mars n’aurait pas réagi comme ça si le technicien avait été sexy, je vous parie qu’il l’était. Mon ambulancier, en tout cas, était très beau gosse. Ca ne m’a pas empêchée de le trouver ridicule.

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 09:25

Si le phénomène Pokémon Go, devenu viral en quelques jours et chaque jour plus populaire, exaspère tant de monde, c’est en partie, si on en croit les dires de ses détracteurs, qu’il serait symptomatique du fait que presque plus personne n’est adulte aujourd’hui.

Plus exactement, beaucoup d’aspects de la folie ambiante peuvent s’expliquer par le fait que les gens sont dans l’émotionnel, dans la réaction épidermique plutôt que dans la réflexion et l’analyse. Bref, ils ne seraient pas adultes, et le succès de Pokémon Go le prouverait.

J’admets que la réflexion et l’analyse, ça n’a pas l’air très courant ces temps-ci. En tout cas, ça n’a pas l’air très représenté sur Twitter, qui est mon outil de prédilection pour déterminer comment mon époque pense. Je ne suis pas très fière de ce que je vois. On se dispute à propos de bouts de chiffons, de règles de grammaires et de choix de vocabulaire. On s’accuse de nazisme pour un mot mal employé. On s’enflamme pour des paroles qui n’ont pas été dites, pour des actes qui n’ont pas été commis. Et en dehors de Twitter, on ment, on arnaque et on trompe sans le moindre état d’âme. On se pointe aux rendez-vous avec trois heures de retard, et on trouve ça normal. Je suis toute prête à croire que la sagesse, la loyauté, la solidarité et le bien commun ne sont pas des valeurs qui ont la cote, aujourd’hui. Je veux bien croire que, si elles n’ont pas la cote, c’est parce qu’elles n’ont la cote qu’auprès des adultes, et que d’adultes, il n’y a plus. Là où je ne peux plus suivre, c’est que les partisans de cette théorie d’une époque infantile ne citent pas le manque de loyauté, de sagesse ou de solidarité de leurs contemporains, pour la démontrer. Non, ils citent des pratiques bénignes et innocentes comme le fait de jouer à Pokémon Go, de fumer des cigarettes électroniques au lieu de vrai tabac, et de rouler en trottinette. Ils ne développent pas, ils citent. Comme s’il était évident, et n’avait pas besoin d’être argumenté, qu’arpenter les rues de Paris pour attraper des Pokémon et se répandre en invectives parce que les français mettent de la crème dans leurs pâtes carbonara, ça va de pair.

Et je ne suis pas d’accord. Ca ne va pas de pair.

Ca va surprendre beaucoup de monde, en particulier ma famille, mais je m’estime adulte.

J’estime qu’avoir démissionné de l’enseignement parce que je n’arrivais pas à avoir d’autorité sur ma classe, avoir renoncé à un métier qui me plait pour ne mettre en danger la vie de personne, c’est être adulte. J’estime que faire un métier que je n’aime pas pour coûter le moins d’argent possible aux autres, c’est être adulte. J’estime que dire systématiquement oui quand on me demande de l’aide alors que je sais que ça va me coûter du temps, de l’énergie et de la confiance en moi, et que je ne recevrai rien en retour juste parce que, en disant non, je mettrai quelqu’un dans l’embarras, c’est être adulte. J’estime que faire des pieds et des mains pour pouvoir publier les vidéos de CDAL tous les 18 du mois, sans qu’il y ait le moindre retard, alors que ça demande la totalité de mon temps libre et ne me rapporte rien, juste parce qu’un public attend, c’est être adulte. J’estime que répondre posément quand on me manque de respect, c’est être adulte. J’estime que ne pas hurler avec les loups sur Twitter, réfléchir à si l’objet du délit est assez scandaleux pour mériter un tel déferlement de haine, aller vérifier le contexte de l’acte incriminé et juger s’il n’a pas été mal compris par ses dénonciateurs avant de décider si je suis scandalisée moi-même, c’est être adulte. J’estime que se désolidariser d’un groupe de personnes dont je fais partie qui donne une image déshonorante dudit groupe, et présenter mes excuses à la personne qui a subi des préjudices de la part dudit groupe, c’est être adulte.

Je suis adulte, et pourtant, je joue à Pokémon Go

Et je ne fais pas que jouer à Pokémon Go. Je chronique des dessins animés. Je lis de la littérature de jeunesse. Quand je vais au cinéma, c’est pour voir des adaptations de comics ou des films d’animation. Je dessine des célébrités en version My Little Pony. Je Tweete. Je Facebooke. Je Skype. J’offre Achille Talon à Al pour son anniversaire, et je vais à la nuit du Nanar avec Pesme. Pourtant, je persiste, rien de tout ça ne m’empêche d’être adulte.

Je suis adulte parce que j’essaie d’être quelqu’un de réfléchi, quelqu’un de raisonnable. Je suis adulte parce que je fais des plans pour l’époque, pour le siècle, pour l’éternité. Un enfant ne fait pas de plan. Je suis adulte parce que je cherche à connaître la vérité, pas à prouver que ma vérité est la bonne.

Je ne dis pas que je m’en fous des chiffons. Des fois, c’est des drapeaux, et dans ces cas là, ça nécessite mon attention, quand même. Un drapeau dressé contre moi et ma façon de vivre, je dois m’en inquiéter. Mais je ne vais pas perdre de vue que le drapeau, c’est le symptôme, pas le problème. Supprimer le symptôme ne supprime pas le problème. Je ne dirai pas non plus que je m’en fous du choix des mots, ou de la façon dont on tourne les phrases. Mais je vais pas traiter de nazi quelqu’un qui a mal choisi ses mots. Je garde en tête qu’un langage, ce n’est pas universel. Que des fois, la personne en face en parle un autre, et que je dois me donner la peine de le comprendre. Je ne me pose jamais la question de ce qui est « safe » mais la question de ce qui est juste. Avant de condamner quelqu’un, je me pose réellement la question de ce dont il est coupable. Jouer à Pokémon Go ne m’empêche en rien de faire tout ça. Ni chroniquer des dessins animés. Ni prendre une voix de petite fille pour rigoler, dans les moments de détente. Rien de tout ça ne m’empêche d’être adulte, selon ma définition de ce que c’est qu’être adulte.

Et je ne m’arrête pas là. Je vais encore vous surprendre, mais j’estime que parmi les gens que je rencontre, et avec qui je discute dans les commentaires de mes vidéos, il y en a pas mal qui sont adultes. Ce sont des gens qui regardent une émission Youtube sur les dessins animés. Souvent, ils ont leur propre émission Youtube. Ils dessinent. Ils livent. Ils lisent des comics. Ils jouent à des jeux vidéo. Je parie même qu’il y en a deux trois qui ont des trottinettes. N’empêche que, quand ils voient dans une vidéo quelqu’un exprimer un avis auxquels ils n’adhèrent pas, leur réflexe est de rédiger un long commentaire posé, construit et argumenté, d’écouter la réponse et d’y répondre de manière appropriée. Ils pourraient se précipiter sur la touche « pouce rouge » et se répandre en torrents d’insultes. Ca s’est vu, sur d’autres chaînes. Mais non. Ils entrent dans le débat dans une attitude respectueuse et attentive. Et c’est ça, plus que leur choix en matière de loisirs, et de centres d’intérêts, qui va faire d’eux des adultes. En tout cas, selon ma définition du mot adulte.

Parce qu’être adulte, c’est quoi ? S’intéresser à des trucs de grande personne ? S’habiller en grande personne ? Avoir la plus grosse voiture et la plus grosse maison pour prouver qu’on est une grande personne ? Avoir des activités d’adultes, qui consisteraient à sortir le samedi soir et boire à s’en rendre malade ? Ou c’est utiliser son expérience de la vie pour évaluer ce à quoi on est confronté avec justesse, et y réagir de manière constructive et pertinente ?

Alors, non seulement je suis adulte, mais je pense que je connais d’autres adultes. Un nombre peut-être assez peu conséquent à l’échelle de la population française, mais assez pour qu’il soit inexact de dire qu’aujourd’hui, il n’y a plus d’adultes.

Aujourd’hui, la culture dite « geek » s’est démocratisée. Lire des comics et regarder des séries n’a plus rien de honteux. Je veux bien croire que ça perturbe la génération de mes parents, pour qui ces choses faisaient partie d’une sous culture réservée aux enfants. N’empêche qu’à une époque, le roman était une sous culture réservée aux enfants et méprisée des élites, et aujourd’hui, on étudie « les misérables » et « cinq semaines en ballon » en littérature. Donc, les dessins animés, les jeux vidéo, Pokémon Go, il n’y a pas de raison que ce soit INTRINSEQUEMENT quelque chose qui rend immature.

Si les gens mettent un point d’honneur à ne plus réfléchir, si penser aujourd’hui, c’est devenir un objet de haine, je ne sais pas à quoi c’est dû, mais ce n’est certainement pas dû à Pokémon Go ou au reste.

Parce que j’y joue, moi, à Pokémon Go. En  fait, tout le monde y joue, à Pokémon Go. Donc forcément, dans le tas, il y en aura qui sont dans la réaction épidermique et le refus de communiquer. Il y en aura aussi, qui, devant un buzz provoqué par un tweet, se disent que ce tweet, peut-être un peu pédant, n’était pas si insultant. Il y en a qui vont lire le contexte du tweet, et d’autres qui vont le retweeter sans se poser la question de s’il signifie bien ce dont il a l’air, et si son auteur ne s’est pas déjà expliqué, plutôt quinze fois qu’une, en commentaire. Il y a des gens qui présentent leurs excuses de faire partie d’un groupe de personnes qui se conduisent mal, et des gens qui se mettent à insulter ou se moquer de la personne qui s’est ainsi excusée (mais tout en la citant pour lui donner de la visibilité, ce qui n’est pas forcément malin).

Peut-être qu’il y a une forte proportion de joueurs de Pokémon Go qui ne sont jamais devenus adultes. Peut-être qu’elle n’est pas si forte, au fond, mais qu’elle se manifeste plus bruyamment que la proportion qui est devenue adulte. Peut-être qu’il y a, surtout, parmi les joueurs de Pokémon Go qui utilisent twitter, une forte proportion de gens qui ne sont effectivement pas adultes. Peut-être que pour avoir du temps à consacrer aux réseaux sociaux à la fin du mois d’Août, il faut être au collège, au lycée, à la fac, bref, jeune, et pas forcément tenu d’être déjà modéré, réfléchi et responsable.

Peut-être qu’il n’y a pas moins d’adulte qu’avant. Peut-être qu’internet a juste donné la parole à ceux qui ne le sont pas. Peut-être qu’il faudrait en profiter pour écouter ce que les enfants ont à dire, parce que leur sensibilité doit être prise en compte, mais les écouter en tant que ce qu’ils sont, des enfants.

Parce que oui, figurez-vous qu’il est tout à fait permis de ne pas être adulte, quand on ne l’est pas, quand on n’a pas l’âge de l’être. La maturité, ça se construit. Il faut passer par un apprentissage, par une expérimentation. Personne n’est tenu de naître adulte et responsable, riche de l’expérience de mille ans, alors qu’on n’a encore rien vécu. On a le droit d’être enfant, avant d’être adulte, bordel, c’est pas criminel !

En tout cas, je peux affirmer une chose, c’est qu’il n’y a pas de rapport de cause à effet entre Pokémon Go et la capacité à devenir adulte. J’affirme même qu’on est peut-être plus adulte quand on admet que s’accorder un loisir bénin pour échapper aux problèmes du quotidien, ça n’a rien de honteux, ni de blâmable que quand on s’interdit ledit plaisir pour avoir l’air plus intelligent, plus original, moins comme tout le monde.

Peut-être qu’admettre que Pokémon Go, c’est juste un phénomène de mode sans importance, c’est plus adulte.

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 22:34

Dis, Internet, ça t’ennuie si on parle une minute ? Je sais, t’as mille choses sérieuses à faire, tellement d’horreurs à dénoncer, de guerres à mener, le monde à sauver, mais j’aimerais beaucoup, beaucoup que tu m’accordes un peu de ton temps. T’es pas obligé, je peux pas te forcer, mais ce serait vraiment très aimable de ta part. 

Ça un moment qu'on est ensemble, toi et moi. Onze ans, non ? Au début, c’était génial. Tu te souviens, comme je te trouvais formidable ? J’avais même écrit un livre pour que tout le monde réalise combien tu pouvais être la solution à bien des problèmes. J'avais écrit que sans toi, les âmes sœurs risquaient de vivre une vie entière à des kilomètres l'une de l'autreOui, j'étais amoureuse comme ça. Et puis tu as commencé à me briser le cœur, puis à ramasser les morceaux pour les briser en morceaux plus petits, et, le plus terrible dans tout ça, c’est que je n’ai jamais cessé de t’aimer. Il y a des amours contre lesquels on ne peut rien.  

Peu importe la cause que tu défends, Internet, tu es un véritable enfoiré quand tu es persuadé d'avoir raison. Tu devrais servir à ce que les gens s'aiment. A la place, tu les pousses à se haïr. 

Je voudrais te poser une question, une seule. T'es pas obligé d'y répondre. Est-ce que je suis réellement une si horrible personne que ça, si je décide simplement qu'il existe des gens gentils ? 

Non, ne sors pas tes couteaux et tes piques. Je SAIS qu'il existe des gens méchants. Mais est-ce que ça fait vraiment de moi une horrible personne si je décide qu'il existe aussi des gens gentils ? 

Des manifestants qui ne sont pas des casseurs. Des policiers qui ne sont pas des cowboys. Des gens raisonnables, qui se soucient réellement de travailler à l'intérêt général. Je croise tous les jours, à République, des policiers aimables qui te renseignent aimablement quand tu les abordes. Et l’autre jour, à Invalides, au milieu du brouillard de lacrymos, c’est vrai, j’ai bien remarqué une poignée de gens tout de noir vêtus qui dissimulaient leur visage sous une cagoule, mais il y avait aussi pas mal de gens qui ne s’étaient clairement pas habillés pour la baston. Y en avait même un cosplay en Louis XIV. (J’aurais du faire une photo. J’ai pas osé lui demander) 

Et puisqu'on y est, est-ce que ça fait de moi une horrible personne si je décide qu'il y a des hommes qui ne sont pas des crocodiles ? Des musulmans qui ne sont pas Jihadistes ? Des blancs qui ne sont pas esclavagistes ? Des cathos qui ne sont pas réac ? Des féministes qui peuvent supporter de marcher sur le même trottoir qu'un homme ? 

Si je décide que faire une chanson qui s'appelle "j'ai embrassé un flic", c'est pas aussi grave que de violer une mineure ? 

Si je décide que refuser de chanter la Marseillaise ou respecter la minute de silence en hommage à Charlie Hebdo, c’est moins grave que de prendre un selfie avec la tête coupée de son patron ? 

Si je décide que tirer de la lacrymo, c’est moins grave que d’écraser des étudiants avec des chars ?  

Si je décide que signaler que les black ont souvent un rôle de comique dans les films, c’est moins grave que debasher un humoriste sur Twitter en l’accusant de racisme pour une blague qu’il a faite et qui était, sans ambiguïté aucune, féministe et antiraciste ? 

Si je décide que dire « doubleur » au lieu de « comédien de doublage » parce qu’on estime qu’être une voix, c’est un métier spécifique nécessitant des compétences spécifique et que n’importe quel comédien de cinéma ne peut pas le faire sans un minimum de formation, c’est moins grave que de manquer de respect aux artistes de cette profession, et au public, en confiant leur boulot à la star du moment qui fera peut-être remplir les salles mais ne sait clairement pas doubler ? 

Si je décide qu’oublier de préciser dans le titre de l’article que la tuerie d’Orlando a eu lieu dans une boîte gay, a fortiori si c’est précisé dans le corps d’article, c’est moins grave que de tweeter « Ça ne fait jamais que 50 PD de moins » ? 

Si je décide que faire un reboot de Ghostbusters avec un cast entièrement féminin, qualité du film mise à part, c'est moins grave que d'exclure un homme d'une réunion militante constituée majoritairement de femmes sous prétexte que, même s'il est en sous nombre, même s'il n'a encore rien dit, elles se sentent oppressées par le fait qu'il soit là ? 

Si je décide que faire un bras d'honneur physique quand on est un footballeur, c'est moins grave que faire un bras d'honneur moral quand on est le premier ministre ? 

Si je décide qu’il est moins grave d’être de droite que d’extrême droite ? 

Si je décide qu’il existe des gens nuancés ? Des gens qui sont contre le voile parce qu’ils pensent que c’est un symbole d’oppression de la femme, mais qui, dans la réalité pratique, ne trouvent pas pertinent de priver celles qui en portent de leur scolarité ? Des gens qui sont contre le harcèlement de rue mais ne vont pas pour autant estimer que les hommes doivent changer de trottoir devant les femmes ? Des gens qui sont à la recherche de ce qui est juste de ce qui est dans l’intérêt général ? De ce qui peut apporter autant de bonheur que possible à d’autres, et qui résistent encore et toujours au piège de la détestation fanatique d’autrui ?  

Que ce n’est pas si grave de porter des jupes courtes ? Que ce n’est pas si grave de porter des jupes longues ? Que ce n’est pas si grave d’écrire sans mettre de -e aux noms de groupes composés à la fois d’hommes et de femmes ? Que ce n’est pas si grave de vouloir davantage de filles dans la fiction ? Que ce n’est pas si grave de ne pas en avoir mis, si l’histoire est bonne ? Que ce n’est pas si grave de coucher avec quelqu’un du même sexe  De s’en foutre de avec qui tu couches du moment que c’est majeur, consentant et pas moi ? De s’en foutre des fautes d’orthographe ?  De s’intéresser plutôt au propos ? D'aimer faire du barbecue quand on est un homme ? De faire une pub où les petits garçons jouent à la poupée et les petites filles aux voitures ? D'aimer les Pokémon ?  

De mettre de la crème dans ses pâtes carbonara ? Si, si ! 

Ca fait un moment, Internet, que je sais que, selon ta définition, je suis un monstre. Moi, qui t'aime tant, qui ne demande qu'à partager le meilleur de ce que j'ai en moi avec toi, moi, je suis un monstre. 

Parce que je suis contre les espaces non mixtes. Une discrimination, c’est une discrimination, peu importe qui l’impose et qui la subitsans compter que séparer les gens, même occasionnellement, leur enlève toute chance de se comprendre. J’ai payé pour savoir que les gens qui cherchent à se comprendre, c’est rare, mais c’est pas une raison pour rendre le dialogue impossible. 

Parce que je n'aurais jamais eu l'idée de créer un hashtag pour me moquer des larmes des hommes à qui on explique qu'ils sont coupables par essence et qu'ils doivent gentiment accepter notre haine sans protester, car ils la méritent, après tout, ils sont tous des crocodiles, même quand ils n'ont rien fait. Parce que je peux me tenir dans la même pièce qu’un mâle sans avoir peur. Je peux même lui parler. Et tu sais pas ce qu’il y a de plus fou, je peux même faire des vidéos avec lui. Cinq ans. Sans avoir peur. Parce que je ne crois pas que Al soit un crocodile, ni Pesme, ni Nico, ni Lucas, ni Adrien, quant aux autres, jles présume innocents jusqu’à ce qu’ils soient reconnus coupables, et, pourtant, je sais que les crocodiles existent. Et pourtant, je sais que la domination existe. Mais je récuse la notion de dominant en tant que caractéristique intrinsèque d'une catégorie d'êtres humains. Je ne me sens pas dominée. Ni Al, ni Pesme, ni aucun de ceux que j'ai cités ne sont des dominants. Ce sont des amis. 

Parce que je ne déteste pas la police. Je sais qu’elle fonctionne mal et je sais qu’il y a des policiers qui abusent de leur pouvoir. Mais je ne fais pas partie du « tout le monde » qui déteste « la police », le concept de police. Je trouve bien que ça existe, la police. Je pense qu’il est indispensable qu’il en ait une, que c’est la condition pour qu'on ait une société juste et équitable où les lois sont les même pour tout le monde et où tout le monde a les mêmes droits. OK, dans la pratique ce n’est pas ce qui se passe. La police actuelle, dans la France actuelle ne remplit pas cette fonction. Ça me fait une bonne raison de détester la conjoncture actuelle, pas de détester la police. Ou l’ordre. Le concept d’organisation de la société. Le concept de loi. Je suis une petite femme timide avec une voix douce. Je ne survivrais pas deux jours dans un pays sans loi. Je suis contre la loi Travail. Je suis pour les grèves. Je suis pour la motion de censure. Je suis prête à risquer ses conséquences. Mais je ne suis pas contre le concept de loi ou de gouvernement. Si le gouvernement appliquait une politique qui me convient, je serais du côté du gouvernement. S’opposer juste pour être dans l’opposition, j’appelle pas ça être de gauche, j’appelle ça être con. 

Parce que je ne souhaite pas pendre les patrons, même ceux qui sont des vraies ordures, je suis contre la peine de mort, même pour Hitler. 

Parce que je pense que les réfugiés ne sont pas une chance pour le pays mais un devoir. Je pense qu'il faut les recueillir non pas parce qu'ils auraient quelque chose à apporter, mais parce que si on ne les recueille pas ils vont mourir. Parce que ça ne me scandalise pas que l’Allemagne les accueille avant nous. Je trouve plutôt normal que ce soit le pays qui ait le plus de moyens qui les accueille en priorité.  

 Parce que je pense que chercher à comprendre, ce n’est pas excuser, et que c’est même plus constructif que de ne pas chercher à comprendre. Parce que j'ai déjà dialogué avec des militants FN, sans les insulter. J'ai pas toujours réussi à garder mon calme, c'est sûr, mais j'ai au moins fait de mon mieux pour expliquer pourquoi je n'étais pas d'accord avec leurs arguments. Parce que je me pose sincèrement la question de ce qui peut pousser un individu à renoncer à l'idéal de tolérance et de solidarité qui constituait, quand j'étais jeune, l'identité de la France. 

Ah, et parce que je mets de la crème dans ma carbonara. Bref, je mérite d'être tondue. 

Mais tu vois, Internet, je réfléchis beaucoup à ce qui est gentil et ce qui est méchant, et je n'ai vraiment pas l'impression d'être une méchante personne. Une personne irritable, peut-être. Une personne lâche, à la rigueur. Méchante ? Je ne vois pas. Je ne vois pas quel mal je fais en ayant toutes les opinions que je viens d’énumérer. 

Je ne me soucie pas de l'orientation sexuelle, du sexe ou de l'ethnie des gens à qui je parle. Je me conduits pareil avec tout le monde. J'essaye de déranger le moins possible, et d'être aussi conciliante que possible, mais je le suis autant avec n'importe qui. Je choisis mes amis pour leur personnalités, leur conversation et leur façon de penser. Je ne les juge que sur ces critères. Je ne vois pas envers qui je suis injuste. 

Les manifestants ? J’ai écouté leur version de ce qui s’est passé à l’hôpital Necker. J’ai écouté celle de la presse. Je n’ai pas les moyens de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux, mais je peux au moins me dire que si un enfant avait été blessé, la presse se serait fait un plaisir de nous le dire, et que la suppression des postes du personnel soignant dans les pitaux, c'est un fait connu et avéré, et qu'il n'est pas si idiot de trouver que la sympathie de la ministre de la santé n'est pas fort bienvenue. Tu vois, Internet, je ne juge que sur ce que je sais, et je n'ai pas d'avis sur le reste. Ce n'est pas si injuste.

Les informations qui me parviennent ne sont pas fiables. J'entends deux versions de chaque événement, et je n'ai pas les moyens de savoir qui me ment ou s'il y a réellement mensonge, si ce n'est pas qu'à force de ne regarder que par son bout de lorgnette, chacun ne voit que ce qu'il veut voir. 

Alors, je préfère partir du principe que je ne sais pas. Et tant que je ne sais pas, je vais me méfier de tout le monde et laisser le bénéfice du doute à tout le monde. Je vais simplement me fier à ce que je vois. Lorsque je verrai quelqu'un se conduire mal, je le condamnerai, mais je ne déciderai pas que tout son groupe est comme lui.  

Je n'ai pas besoin que tu m'informes que les gens méchants existent. Je le SAIS. J'ai besoin que tu arrêtes de convaincre les gentils d'être méchants en les accusant d'être des horribles personnes avant même qu'ils aient fait quoi que ce soit d'horrible. 

Est-ce que je suis vraiment une horrible personne si je décide que les choses sont beaucoup plus compliquées que tu ne le dis, et que dans le doute, je ne vais haïr personne ? 

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 08:53

Aujourd'hui, je voudrais vous parler des policiers qui surveillent la Place de la République, à côté de chez moi. Oui, parce que j'habite à côté de la Place de la République. Juste à côté. J'y passe tous les jours à entre 6h et 7h du matin, quand je vais travailler, puis entre 17h et 18h, quand je rentre du travail. Tous les soirs, Al et moi, on se retrouve pour regarder des dessins animés, soit chez l'un, soit chez l'autre, mais en tout cas, il y a toujours un de nous deux qui repasse par la Station République entre 22h et 23h pour rentrer chez lui. Je ne peux pas me prononcer pour les heures où je n'y suis pas, mais en tout cas, à ces trois moments de la journée, la place n'est jamais très peuplée. Elle l'était, aux premiers jours de la Nuit Debout, mais ces temps-ci, sauf veille de jour férié, ça ne dépasse jamais une centaine de personnes. Même pas de quoi remplir une salle de théâtre. Il y a des policiers qui montent la garde autour de la place. Leur nombres à eux varie aussi, selon les jours. La plupart du temps, leur présence est proportionnelle au nombre de manifestants. Il est arrivé deux ou trois fois qu'ils soient anormalement nombreux par rapport au monde occupant la place, mais c'est rare. Je me demande toujours, d'ailleurs, comment il font pour prévoir combien d'effectifs il va falloir déployer ce jour, tant le nombre de participants à la Nuit Debout peut varier d'un jour sur l'autre. Je voudrais vous parler de ces policiers, donc. Ca, ils sont impressionnants. Déjà, ce sont quasiment tous des géants. Même Al a l'air petit, à côté d'eux. En plus, ils sont en armure noire, et munis de casques, de boucliers et de matraques. Et tous pareils. Ca fait son effet, les gens en uniforme. C'est bien le but, d'ailleurs. Ce qui casse un peu l'effet, c'est que chaque fois que je m'approche de ces policiers pour les observer de plus près, ils sont en train de sourire. Moi, si la presse me vomissait dessus et que des centaines de jeunes défilaient en scandant « TOUT LE MONDE DETESTE TCHOUCKY », je ferais la gueule. Eux, ils sourient. Ils répondent aimablement, quand on leur demande un renseignement. Ils copinent même avec des passants, parfois, quand ceux-ci copinent avec eux. Quand la soirée commence à avancer, ils se mettent à contrôler les sacs des gens. Oui, parce qu'après qu'on se soit mis à avoir des vitrines et des distributeurs à billets défoncés à coup de maillet, dans ma rue, on aurait pu croire que le rassemblement sur la place serait carrément interdit. Peut-être que ça a été tenté, d'ailleurs, et que les manifestants sont venus quand même. Toujours est-il que là, la plupart du temps, ce n'est pas l'accès à la place que les policiers empêchent, mais le fait qu'on y amène de l'alcool. Celui qui porte de l'alcool sur lui est aimablement invité à contourner la place, et à prendre le métro ailleurs. S'il insiste, là, les policiers lèvent le ton. Ce qui, dans la circonstance, est normal. Je suis résolument de gauche. Comprenez par là que je considère que le rôle de l'Etat, c'est de veiller à ce que ceux qui ne peuvent pas se défendre tous seuls soient défendus, que ceux qui ne peuvent pas se nourrir tous seuls soient nourris, que ceux qui ne peuvent pas se loger tous seuls soient logés, et que chaque membre de la société ait le maximum de bien-être qu'il est possible d'avoir sans empiéter sur le bien-être d'autrui. Je suis contre la suprématie de la finance car elle n'attache d'importance à aucun des principes que je viens de citer. Quant à la loi El Khomri, évidemment que je suis contre. Je suis au chômage depuis douze ans. Je me démène comme une malade pour trouver le moyen de gagner ma vie. J'ai renoncé à tous mes rêves et ai choisi le métier le plus chiant et le plus inutile du monde, juste parce que c'est le seul qui me permet de bosser un peu, dans la plus complète précarité. N'importe qui serait contre la loi El Khomri, à ma place. Par contre, rien, dans le fait d'être de gauche, ne m'oblige à détester la police. Rien, dans le fait d'être contre la Loi El Khomri ne me pousse à avoir peur de la police. Donc, le fait de passer devant des policiers tous les jours quand je rentre chez moi ne me pose pas problème. Je dirais même qu'étant une femme seule qui prend le métro à des heures parfois indues, ça me rassure de les savoir là. J’ai été instit. Le concept de faire encadrer les activités de groupe par une autorité compétente ne me choque pas en soit. Tous les enfants vous le diront, aucun jeu ne fonctionne si les participants ne respectent pas les règles. Elles ne sont pas là pour empêcher le bonheur du joueur, mais pour le permettre. En revanche, il faut pouvoir faire entièrement confiance à ces règles, et à l'arbitre qui veille à leur respect. Et, là, c’est de confiance qu’il s’agit. Internet et les médias m’avertissent de ne pas me fier au sourire aimable de ces policiers qui montent la garde dans la station où je me promène seule à l'heure ou elle est fréquentée par des gens surexcités. Internet et les médias me disent que ces policiers commettent des injustices, des violences, et des discriminations. Je dis bien Internet et les médias. Si je passe par la place pour rentrer, je n'y reste pas. Je n'assiste pas à ces violences. J'ai bien cherché des images sur Internet. Dans une vidéo, j'ai pu voir un jeune homme plaqué au sol et menotté, sans que le début de la scène soit filmée, ce qui m'empêche de savoir s'il avait commis un acte dangereux pour lui-même et les autres qui justifierait ce traitement. J'ai vu une femme assez menue, à l'air fort peu menaçant, se faire arracher et casser l'appareil photo qu'elle tient. J'ai vu un homme étendu à terre, apparemment inconscient, sans qu'on sache quelles circonstances lui ont fait perdre connaissance. Le reste de la vidéo, c'est des policiers qui se font attaquer, des policiers qui se retranchent derrière leur bouclier pour se protéger des chaises de terrasse qu'on leur lance, des policiers immobiles, des policiers qui parfois avancent vers la foule, puis reculent. Le seul vrai geste qu'on les voit faire, c'est lancer des bombes lacrymogènes. J'ai déjà respiré du gaz lacrymogène. Je témoigne que c'est tout sauf agréable. Mais ça fait quand même moins mal qu'une chaise de terrasse sur le crâne. La vidéo s'intitule "violences policières", et pourtant, elles n'en montre que trois, dont deux dont on n'est même pas sûr qu'il s'agisse bien d'une violence policière. Evidemment que les chaises jetées à la tête des policiers ne rendent pas moins grave l'état de l'homme inconscient par terre, ou la détérioration de l'appareil photo appartenant à la femme menue et d'apparence inoffensive. Mais après avoir ces policiers vu subir ces attaques pendant dix minutes, on ne peut pas s'empêcher de dire "ah, oui, à leur place, n'importe qui finirait par péter les plombs". J'ai donc fait ce que je ne fais jamais : regarder la télé. C'est le même type d'images. Exactement le même. Ce n'est pas que je ne crois pas à l'existence de ces violences, ça ferait quand même beaucoup de monde de différents horizons qui mentent, et je suis pas adepte des théories du complot. En plus, on m'a rapporté un témoignage direct. Pas de quelqu'un que je connais, mais c'est tout de même plus fiable qu'un reportage composés d'images qui ne montrent rien. Ce qui me pose problème, c'est ça, que le reportage ne montre rien, qu'aujourd'hui, apparemment, le simple fait de montrer qu'il y a des policiers est censé prouver que ceux-ci sont violents. Comme si le simple fait de porter un uniforme était, en soi, une violence. Ca me dérange d'autant plus que, par contre, des traces de la présence des casseurs, il y en a à la pelle, sur la place de la République et autour. L'entrée principale de la station est condamnée depuis plus d'une semaine et porte encore les traces de l'incendie que les casseurs y ont déclenché. La porte d'entrée de mon immeuble a dû être remplacée. On avait défoncé la vitre et le groom. Le distributeur de billets à côté de chez moi a été démoli à coup de maillet. En allant faire les courses, Pesme a trouvé deux carcasses de motos brulées, à quelques pas du Bataclan, pour vous situer. Par contre, je ne suis jamais tombée sur un policier tirant des flash balls sur les usagers du métro pour s'amuser. Je n'ai jamais assisté à une arrestation musclée. Al s'est bien vu interdire l'accès à la station, un soir, mais rien de plus. Bon, il faut dire que des bouteilles étaient lancées de partout, et que s'en prendre une sur la tête juste pour le plaisir d'avoir désobéi à la police n'avait rien de tentant. Une fois, alors que je partais de chez moi particulièrement tôt, j'ai eu l'occasion de voir un cordon de police repousser les manifestants vers le métro. Repousser, seulement. C’est-à-dire qu'ils formaient une chaine humaine et avançaient pour obliger les manifestants à reculer. Pas de geste de violence de leur part, seuls les manifestants frappaient les boucliers. Quant au racisme, la seule fois où j'ai eu l'occasion de voir des gens un peu bronzés se faire agresser par des blancs, c'est quand j'ai vu trois policiers noirs et arabes se faire insulter par une bande de jeunes tous blancs comme des cachets d'aspirine et passablement éméchés malgré l'interdiction, jeunes qu'ils invitaient courtoisement mais fermement à se calmer et à attendre leur métro. Au temps pour les clichés. Il n'y a pas de fumée sans feu. Des violences policières, il doit bien y en avoir, au moment où je ne regarde pas. Mais dans un contexte où on considère comme une violence le simple fait de rester immobile quand une chaise de terrasse vole vers soi, j'ai du mal à croire que lesdites violences, les vraies, ne soient pas beaucoup plus rares que les médias le laissent entendre. En tout cas, je peux constater de mes propres yeux que les actes de vandalisme perpétrés par les casseurs, eux, sont très nombreux. Je ne peux pas non plus m’empêcher de penser que chez nous, on répond par de la lacrymo à des jets de chaises et de pavés. Ailleurs, il arrive qu’on réponde à des paroles par des chars et des balles. C’est pas Amnesty qui me contredira. Tout de suite, la lacrymo me semble moins effrayante. Alors, c’est vrai, je suis mal placée pour parler de tout ça. Je suis à l’abri dans mon appart sous les toits au lieu d’être dehors à militer pour le revenu minimum de vie ou écrire la nouvelle constitution. Je ne peux pas décider de ce qui se passe sur la place de la République quand je n’y suis pas. Mais en attendant, les policiers que je croise ne m’ont fait aucun mal, et je n’ai pas de raison de croire qu’ils font partie des auteurs de violences policières dont on parle partout. Alors, pour l’instant, je les remercie d'être là.

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 20:01

En périodes de crise, je parcours les hashtags de Twitter pour prendre la température de ce que les français pensent, et savoir exactement où en sont les choses. C’est comme ça que je tombe parfois sur des articles comme celui-ci, ou un non votant explique son choix de ne pas voter, et appelle massivement les autres votants à ne pas voter.

Je vous invite à lire l’article, il est intéressant quand on cherche à comprendre le phénomène de l’abstention, et, contrairement à ce qui se raconte un peu partout sur internet (en particulier à propos d’un certain philosophe dont je parlais dernièrement), essayer de comprendre un phénomène ne signifie pas le cautionner, c’est même, en toute logique, une première étape incontournable, quand on a décidé de l’endiguer.

Quoi qu’il en soit, suite à la lecture de cet article, j’ai envoyé une question en MP à ce blogueur, mais comme celui-ci doit crouler sous les MP, il n’y a pas répondu. Cependant, je suppose que son raisonnement est partagé par d’autres abstentionnistes, aussi peut-être ceux-ci pourraient m’éclairer à sa place. C’est pourquoi je vais partager mes réflexions et interrogations ici.

L’essentiel de cet article est une argumentation pour démontrer que la démocratie participative ne fonctionne pas et doit être remplacée par un autre système, plus à même de défendre les intérêts du peuple (le peuple est, je le rappelle, ce sur quoi s’exerce le pouvoir). Cette assertion est longuement développée et démontrée, avec intelligence et éloquence. Et je ne vais pas y revenir, ne serait-ce qu’une minute. Pas que j’approuve ce point de vue, loin de là, même si je reconnais que beaucoup d’arguments sont fondés. Juste que, là, tout de suite, maintenant, la question de si la démocratie participative fonctionne ou pas n’est pas mon problème. Oui, c’est fort triste vu le temps et l’effort que notre blogueur non votant a mis dans son argumentaire, persuadé que, pour me détourner du chemin des urnes, c’est de ça qu’il fallait me parler. Sauf que non, j’ai bien entendu la démonstration, je vois bien que c’est une opinion réfléchie et fondée sur un vrai raisonnement, mais il n’y a aucune partie de cette réflexion qui aborde mon problème immédiat, qui est que, dimanche, une élection est organisée, et qu’environ 15% des français ont l’intention de s’y rendre pour élire un parti qui prône la peine de mort, le déremboursement de l’IVG, et la suppression des allocations aux associations qui viennent en aide aux réfugiés. Qu’à ma connaissance, on n’annule pas un résultat d’élection sous prétexte que seuls 15% des électeurs se sont déplacés. Et que ces 15% d’électeurs se déplaceront, quoi qu’on fasse, et quoi qu’on dise.

Donc, voilà ma question : en quoi l’abstention est-elle une solution ? Mon blogueur non votant explique que l’objectif est d’amener je ne sais pas exactement quel décideur à mettre en place une autre forme de démocratie. Mais il n’explique pas comment l’abstention peut avoir, logiquement, ce type de conséquence.

Nous sommes bien d’accord que les électeurs du FN sont parfaitement satisfaits de leur parti. Ils ne s’abstiennent pas, et ont la tranquillité d’esprit de gens qui ne sont pas obligés de voter pour des personnalités qu’ils trouvent antipathiques afin d’éviter que le pays ne tombe aux mains de quelqu’un qu’ils estiment dangereux. Il n’y a aucun moyen qu’ils renoncent aux urnes, elles ne leur procurent que de la satisfaction.

Seuls les 85% de français qui, depuis des décennies, sont obligés de voter pour le PS et l’UMP afin que le Front National ne soit pas présent au second tour, qui n’ont même pas le luxe de se demander si un parti existant pourrait représenter mieux leur point de vue, qui n’ont même pas le luxe de créer ce parti, parce que l’existence du FN leur interdit de prendre ce risque, seuls ces électeurs-là souffrent de cette situation. C’est d’ailleurs à eux que s’adresse l’article, pas à ceux qui sont heureux de leur vote. Supposons que ces 85% de français renoncer à voter, ainsi que mon blogueur non-votant le réclame, et le FN se retrouve élu pour diriger le pays à l’unanimité.

Et à partir de là, c’est quoi, le plan ? Je veux bien qu’il y en ait un, mais je ne comprends pas qu’aucune partie de l’article ne l’explique. C’est quand même un aspect important et décisif du problème, celui qu’il faudrait aborder pour me convaincre ou non de boycotter les urnes. Or, soit ça m’a échappé, soit la question n’est juste pas abordée.

Je ne peux que supposer que, selon les abstentionnistes, le FN n’est pas si dangereux que ça. Que la peine de mort, c’est pas si grave, le droit à l’avortement, c’est tellement surfait, et la solidarité, ça fait chier. Bref, que le FN, c’est pas si mal. Que, pour autant, ils ne vont pas voter pour lui, parce qu’ils veulent quand même exprimer leur désapprobation vis-à-vis du système de vote, mais qu’ils n’ont, dans l’absolu, rien contre le fait que le FN se retrouve au pouvoir.

Cette question-là non plus n’est pas abordée dans l’article de mon blogueur non-votant. Elle est pourtant importante. Moi, je veux bien qu’on m’expliquer pourquoi je dois renoncer à mon droit à l’avortement, et à une société qui me convienne, où on n’a pas le droit de décider de la vie ou de la mort de quelqu’un, et où on est tenus d’organiser une aide pour ceux qui en ont besoin. On dira ce qu’on voudra du PS et de l’UMP, mais jusqu’à présent, à ma connaissance, ils n’ont pas remis en question le droit à l’avortement et l’abolition de la peine de mort.

J’espère qu’un abstentionniste aura l’obligeance de m’expliquer ces deux points.

En attendant, moi, je n’ai pas envie du FN au pouvoir, donc je vais voter. Et j’appelle tout ceux qui partagent ma crainte du FN à voter, même s’il s’agit de voter à droite quand on est de gauche, ou à gauche quand on est de droite, même s’il s’agit de voter pour quelqu’un qu’on n’aime pas, juste parce que le FN au pouvoir, c’est dangereux, plus dangereux que tout le reste. Ne vous abstenez pas. Parce que les électeurs du Front National, eux, ils voteront, et massivement.

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 16:29

Monsieur,

C’est avec une grande douleur, et un profond dépit que j’apprends aujourd’hui la fermeture de votre compte Twitter, et la non-publication en France de votre prochain livre. Je ne vous reproche rien, bien sûr. Etant donnée la virulence des attaques que vous subissez depuis plusieurs mois/années, je m’étonne que vous ayez trouvé le courage de vous battre pour exprimer votre opinion pendant si longtemps. En outre, dissipons le malentendu : je ne suis pas une de vos lectrices invétérées, en fait, j’ai un peu honte de l’avouer, mais je n’ai encore lu aucun de vos livres. Je ne vous connais, monsieur Onfray, que par vos nombreuses interventions à la télévision, ou vos conférences à l’université populaire dont une copie a été mise sur Youtube. Je me suis efforcée d’en regarder le plus possible à partir du moment où la controverse vous concernant est parvenue à mes oreilles, afin de déterminer combien cette controverse pouvait être fondée. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que vous dites, et il est même arrivé qu’un de vos propos me scandalise (pour la petite histoire, il s’agit de votre réaction quand François Hollande a déclaré que Le Petit Prince était un livre fondateur pour lui, déclaration que je trouve tout à fait pertinente et qui semble vous avoir choquée). Souvent, je suis simplement obligée de prendre vos déclarations avec du recul parce que vous évoquez des sujets auxquels je ne connais rien et dont il me serait bien impossible de débattre avec vous, donc encore moins de décider si j’adhère à votre opinion dessus ou pas. Simplement, je suis descendue dans la rue le 11 janvier pour exprimer mon soutien à la liberté d’expression, et je ne peux m’empêcher de prendre la nouvelle de la non-publication d’un livre en France comme un échec personnel. J’ai profondément mal à ma France. La censure, c’est tellement Charlie.

Car oui, il s’agit bien de censure. On m’opposera que vous avez fait le choix de renoncer à cette publication, que personne ne vous a interdit de la faire, mais ce choix, vous l’avez fait à cause d’un harcèlement moral dont la violence n’a d’égale que son incohérence et son absurdité, et qui ne vous laisse plus d’autre option que de vous taire. Donc, non, vous n’avez pas eu le choix. Oui, il s’agit de censure.

Comme je vous ai dit, je n’ai rien lu de vous, et je ne vous connais qu’au travers de conférences et d’interventions télévisées. Les plus vieilles de vos interventions qu’il m’ait été donné de voir datent de 2010, vous y teniez alors un discours proche de celui que vous tenez à présent. Il y a des points sur lesquels votre pensée à évolué, mais cette évolution est toujours compréhensible d’après le contexte, d’ailleurs, vous êtes le premier à souligner que votre pensée a évolué, et que vous n’avez pas toujours tenu le même discours sur tel ou tel point, ce qui est une honnêteté dont peu de gens de ma connaissance font preuve.

Je n’ai vu ni islamophobie ni islamophilie dans vos discours. Tout au plus m’arrive-t-il de vous trouver trop virulent vis-à-vis de la religion en général. Je suis athée comme vous, Monsieur Onfray, mais j’ai cru en Dieu pendant de nombreuses années, et je sais que cette croyance ne me faisait que du bien. D’ailleurs, elle s’est estompée toute seule à partir du moment où je n’ai plus eu besoin d’elle, ce qui tend à prouver qu’avoir cette croyance en moi ne m’empêchait pas de penser. J’ai fréquenté à cette occasion des gens qui croyaient et étaient pourtant ouverts d’esprit et réfléchis, donc je crois à la possibilité d’une religion non nocive, qu’on peut laisser les gens avoir tant qu’ils en ont besoin, dans la mesure où elle ne les pousse pas à aller à l’encontre des droits d’autrui. Ce n’est pas le débat aujourd’hui, mais toujours est-il que oui, j’ai entendu votre virulence envers les religions - toutes les religions - et non, je ne la qualifie pas de phobie. Et, quand bien même il s’agirait d’une phobie, soyons justes, il s’agit d’une phobie vis-à-vis de la religion en général, pas juste l’islam.

De la même manière, je n’ai vu ni nazisme, ni fascisme, ni aucune des autres idéologies qu’on vous prête dans vos propos. Encore une fois, je n’ai pas lu vos livres, mais en général, les attaques qui sont formulées contre vous le sont suite à une de vos interventions télévisées et non au contenu de vos livres, donc, quand bien même les idées qu’on vous prête seraient dans vos livres, vos détracteurs n’en seraient pas mieux informés que moi.

Pour dire la vérité, après avoir visionné toutes ces interventions, toutes ces conférences, je comprends à peu près la cohérence de votre pensée, même sur les points avec lesquels je ne suis pas d’accord. En revanche, après avoir lu les attaques contre vous, j’ai beaucoup plus de mal à les comprendre. Oh, bien sûr, il m’a été encore moins possible de les lire de manière exhaustive qu’il ne m’a été possible de voir vos interventions de manière exhaustive. Cependant, sur le petit échantillon que j’ai pu lire de ces attaques, j’ai d’ores et déjà relevé tant de cas où la réponse qui vous est faite est sans rapport avec la phrase que vous avez dite, tant de cas où le détracteur, à force de dire non à tout ce que vous dites, se contredit lui-même sans même sembler s’en rendre compte, et surtout, tant de cas où d’autres personnalités publiques tiennent les mêmes propos que vous sans se faire pour autant houspiller parce que ces personnes-ci n’ont pas le malheur de s’appeler Michel Onfray que je ne peux même pas, comme j’aurais voulu le faire, dresser une liste exhaustive de tous ces cas et expliquer pour chacun mon incompréhension.

Prenons cependant un exemple, car il vaut mieux citer des faits que des impressions. Le 19 septembre dernier, dans On n’est pas couché, Yann Moix vous somme d’expliquer ce qu’est « le peuple », que vous évoquez fréquemment dans vos propos. Vous répondez aussitôt, sans hésitation aucune, « le peuple, c’est ce sur quoi s’exerce le pouvoir ». Une définition simple, claire et concise, pour un concept simple, clair et précis. Et, malheureusement pour vos détracteurs, une définition qui n’implique ni d’être blanc, ni d’être français de souche, ni d’être non-musulman pour être digne du soutien de Michel Onfray. Yann Moix pourrait vous accuser de cacher, en donnant cette définition tout à fait politiquement correcte du peuple, vos préférences pour le peuple blanc, français de souche, et non musuluman. Mais ce n’est pas ce qu’il fait. Non, ce qu’il fait, c’est, aussitôt qu’ayant réglé cette première question vous commencez à répondre au reste des accusations qu’il vous a adressées en même temps qu’il vous la posait, vous relancer « Vous ne m’avez pas répondu, qu’est-ce que le peuple ? ». Or, vous avez répondu. Vous avez même répondu immédiatement, sans la moindre gêne. Malgré ça Yann Moix n’en démord pas « vous ne répondez pas à ma question », et ne se prive pas pour démontrer que votre refus de répondre à cette question prouve que la réponse est inavouable. Le lendemain, twitter affirme que vous avez été incapable de définir le mot peuple ; on lit dans Challenges « Jamais Onfray ne répond à Moix sur le plan intellectuel. La question fondatrice du chroniqueur va demeurer sans réponse. En huit minutes, le philosophe favori du FN (contre son gré dit-il) va se contenter d’asséner attaque personnelle sur attaque personnelle. ». Pourtant, le dialogue a été filmé, enregistré, posté pour Youtube. Je l’ai vu. 525 727 personnes l’ont vu à l’heure où j’écris ces lignes. 525 727 personnes ont eu sous les yeux la vérité factuelle. Cette question, vous y avez répondu, et sans la moindre hésitation. Mais twitter comme une partie de la presse restent catégorique : vous avez laissé cette question sans réponse, et c’est la preuve irréfutable de votre culpabilité.

Cette anecdote résume très bien mon malaise, et ce n’est qu’une anecdote parmi des dizaines et des dizaines, que je ne pourrais pas rapporter toutes. Il n’y a pas besoin d’avoir lu vos livres ou d’apprécier votre travail pour le ressentir, ce malaise. La façon dont on vous attaque est anormale, illogique, folle. Je ne crois pas qu’elle soit motivée par les jalousies que vous vaudrait votre succès. Si c’était le cas, elles s’efforceraient d’avoir une logique et une cohérence.

Mon hypothèse est plutôt que vous vous adressez à vos interlocuteurs comme vous le faites toujours, d’une manière qui permettrait à un auditeur attentif et désireux de comprendre d’avoir une information aussi complète que possible pour servir de base à son cheminement de pensée. Or, vous ne vous adressez pas à un auditeur attentif et désireux de comprendre. Vous vous adressez à un auditeur qui n’a pas envie de savoir, et à qui il faudrait imposer de force une information partielle. Vous ne le faites pas. Vous continuez à avoir in discours clair, concis, exhaustif et sans mot fourre-tout.

Et cela, je vous en remercie. Je vous en remercie parce que ce discours clair, concis et sans mot fourre-tout m’aide à penser. Même lorsque je n’adhère pas à vos idées. Dans un climat où les réactions d’autrui sont devenues si incompréhensibles qu’on en vient à douter de ses propres compétences intellectuelles, ce discours réfléchi et posé est un repère bienvenu. Je regrette qu’il vous vaille autant d’inimitiés.

Puisque votre essai sera publié hors de France, je tenterai de me le procurer. D’ici là, je vais lire le Coran pour me faire ma propre idée de ce qu’il contient. Peut-être me mettrai-je à lire vos livres. Peut-être que non (je lirai au moins Cosmos). Après tout, je ne suis pas philosophe, loin s’en faut. Quoi qu’il en soit, je trouve la façon dont vous avez été traitée non seulement injuste, mais illogique, et c’est pourquoi, quelles que soient vos pensées, quelles que soient vos idées, je vous présente, au nom d’internet dont je fais partie de par mes activités, et au nom de la France dont je fais partie de par ma nationalité (et, je le précise avant qu’on m’accuse d’avoir prétendu le contraire, ça ne me rend pas plus méritante que qui que ce soit), mes plus sincères excuses. Vous n’avez pas mérité ce traitement.

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 11:51

J’ai découvert qu’aujourd’hui, c’est le jour du harcèlement scolaire, alors je vous ai pondu ce texte, là, rapidement.

 

Quand tu es harcelée à l’école, tu ne te fais pas la réflexion de si c’est normal ou pas. Tu es harcelée, c’est tout. C’est la définition de ce que tu es. Tu es celle qui mérite qu’on la fasse tomber de son vélo, qu’on lui cogne la tête avec un cartable, qu’on lui donne une série de claques devant le reste de la classe hilare. Tu es celle qui a des petits bras trop faibles pour rendre les coups, qui essaye bien de frapper une ou deux fois, mais qui, constatant que ça ne fait rien à tes adversaires, décide de laisser tomber, et de se laisser frapper aussi passivement que possible, d’attendre simplement patiemment que ça cesse. Tu n’es pas en colère, tu es résignée. Des fois, tu as envie qu’un des crocs-en-jambes qu’on te fait quand tu montes l’escalier te fasse faire une chute mortelle. Ou au moins, une chute grave, pour que les gamins qui te harcèlent réalisent que leur blagues, elles peuvent être dangereuses. t que s’ils ne le réalisent pas, au moins, il y ait un adulte pour les sanctionner, leur dire que ce qu’ils font est mal.

Les adultes, pourtant, tu ne leur parles pas de ce que tu vis. Tu as essayé à l’époque où ça n’était encore que des insultes et des moqueries. Ils t’ont dit de faire semblant que ces insultes et ces moqueries ne t’atteignent pas, et t’ont promis que si tu faisais ça, tes harceleurs se lasseraient. Au lieu de se lasser, ils ont redoublé de violence, et finalement, c’est devenu des coups. Maintenant, tu n’ose plus parler aux adultes. Ils n’ont déjà pas beaucoup d’estime pour toi, qu’est-ce qu’ils diraient s’ils apprenaient que tu es celle sur qui on tape, que tu es cette personne-là ? Parce que ça, tout le monde est d’accord, même les rares camarades de classe qui s’interposent de temps en temps et prennent ta défense. Si on te tape dessus, c’est à cause de toi et uniquement de toi. Tu es la seule et unique responsable du harcèlement dont tu es victime. Si on te tape dessus, c’est ta faute. Tu devrais être capable d’obtenir des autres qu’ils arrêtent de te taper. Comment ? Tu n’en as aucune espèce d’idée, et aucun de tes défenseurs occasionnels n’arrive à te l’expliquer. De temps en temps, tu réfléchis à des stratégies, à des répliques bien senties, ou à des coups que tu pourrais porter malgré le fait d’être faible. Tu en parles à tes défenseurs, et ils se moquent. Ca ne marchera jamais. Parfois, tu essayes, et ça ne marche effectivement jamais. Alors tu décides de jouer les martyres à fond. Tu tends la joue et tu souris. Ca choque et impressionne tellement la classe qu’on te laisse tranquille au moins pendant une heure, après ça. Quelque part, au fond de toi, tu es fière, fière d’être celle qui est frappée plutôt que celle qui frappe. Mais ce n’est pas comme si tu avais choisi ton rôle. Ce n’est pas comme si tu avais choisi ce que tu es.

Des années plus tard, au lycée, lors d’une session sur le harcèlement scolaire, tu raconteras ton vécu, comment ça a commencé d’abord par des insultes, comment les adultes t’ont dit de les ignorer, et comment… Tu as un moment d’hésitation, tu ne sais pas quels mots utiliser pour parler de ça… Comment tes harceleurs en sont finalement venus aux mains. Toute l’assistance s’écroule de rire. Tu ne comprends pas ce que tu as dit de si drôle. Tu ne le comprendras jamais, même des années après. Après la séance, quelqu’un vient te voir pour te dire que si tu as subit des harcèlements, c’est sans doute à cause de ta façon d’être, ton attitude, qui te donne l’air prétentieuse, snob. « Alors, réponds-tu dépitée, ce que j’ai fait de mal, c’est exister ? » La personne est déstabilisée par ta réponse.

Ton attitude, tu ne l’as pas choisie. Ton caractère non plus. Ce que tu es au plus profond de toi, ce que tu aimes être, ce n’est pas ton choix, et de toute façon, quand tu y réfléchis, tu ne vois pas pourquoi tu regretterais d’être cette personne, que toi, tu ne trouve pas si affreuse, au fond. Tu vas grandir, devenir adulte, essayer de prouver que tu vaux quelque chose, réfléchir profondément à ce qui t’es arrivé, te demander ce qui aurait pu changer les choses, comment un adulte aurait pu les changer. Tu ne trouveras jamais la réponse.

Une seule certitude, la même depuis tes années collège. Tes harceleurs étaient des enfants ordinaires, pas des monstres, pas des fous, des enfants ordinaires. Tous ceux qui avaient conscience du problème et considéraient que c’était un problème considéraient que c’était à toi de changer quelque chose. Personne ne t’as jamais dit que tu ne méritais pas ces violences, ou même que tu n’en étais pas responsable. Personne même pas toi. Des années plus tard, tu as beau être vieille, tu as beau avoir vu des gens formidables subir des violences non méritées, tu gardes en toi cette certitude, que rien n’effacera jamais. Tu es celle qui mérite qu’on la fasse tomber de son vélo, celle qui mérite qu’on lui cogne la tête à coup de cartable, celle qui mérite qu’on lui donne des claques devant toute la classe hilare. Tu es la seule et unique responsable du fait d’avoir été harcelée. Tu es une tête à claque. C’est ton identité pour toujours.

 

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 07:37

Aujourd’hui, sur Internet, tout se revendique. Le fait de ne pas avoir le permis de conduire, le fait de ne pas avoir de culotte, le fait de ne pas vouloir d’enfant

Sur ce dernier point, comme j’ai un avis, je ne résiste pas à l’envie de prendre la parole.

Je fais partie de ces femmes qui ne veulent pas avoir d’enfants, et je ne suis pas complètement satisfaite de la manière dont le non désir d’enfant est revendiqué sur internet. Enfin, satisfaite… Disons que je ne me reconnais pas vraiment dans la façon dont la question est posée par les blogs qu’il m’a été donné de lire. Je dois être un cas particulier.

Contrairement à la plupart de celles qui s’expriment sur la question sur internet, je n’ai encore jamais eu droit à ça : 

Du non désir d'enfant

Bon, il faut dire que c’est assez rare que la question tombe dans la conversation, et quand c’est le cas, en général, il me suffit de rappeler que je n’ai pas de situation professionnelle stable pour qu’on abandonne le sujet. Evidemment, rien ne prouve que je ne subirai pas le même harcèlement que toutes les autres le jour où j’aurai une situation professionnelle stable. Mais en tout cas, il faut bien reconnaître que mes interlocuteurs adhèrent spontanément à l’idée qu’on n’est pas tenu d’avoir des enfants quand on n’a pas les ressources financières pour s’en occuper correctement.  Du coup, je suis peut-être naïve, mais je ne m’attends pas à avoir beaucoup d’efforts à déployer, ce jour-là, pour les convaincre qu’on n’est pas tenu d’avoir des enfants quand on n’a pas les ressources morales et psychologiques pour s’en occuper.  Les efforts que je m’attends à déployer plutôt, c’est pour convaincre mes interlocuteurs que je n’ai pas ces ressources, et je suis prête à les déployer, s’il le faut.

En conséquence, je n’ai pas le sentiment de subir de pression quand à mon non désir d’enfant, et si un jour ça arrive, j’aurai ma conscience pour m’aider à subir cette pression.

La question du bien-être de l’enfant est assez peu évoquée dans le débat, ou alors au détour d’une phrase. Les femmes qui revendiquent leur droit au non-désir d’enfant parlent avant tout de leur bien être, de leur liberté, ce qui explique sans doute pourquoi on les accuse d’être égoïstes et de ne penser qu’à elles. Et pourtant, qu’est-ce qui est le plus égoïste ? Assumer de ne pas avoir envie d’enfant et faire le choix de ne pas en avoir histoire de se sentir bien dans sa peau, et par conséquent de ne faire de mal à personne, ou décider d’avoir des enfants parce qu’il le faut bien, et les rendre malheureux ensuite parce qu’on regrette de les avoir eu ?

Passons sur le fait qu’il y a sept milliards d’êtres humains sur Terre, que c’est énorme et que ça fait un sacré bon nombre de problèmes comme le chômage, la surpopulation, la pollution et la famine, et que du coup, perpétuer l’espèce cesse d’être impératif pour chacun. Un enfant, ce n’est pas un objet de consommation qu’on va chercher au magasin des enfants quand on en a envie, et qu’on peut éventuellement reprendre ou échanger ensuite. C’est un individu à qui on demande de se taper une existence entière dans un monde haineux et hostile, plein de dangers, de souffrances, d’humiliations, juste pour satisfaire son désir égoïste d’avoir un bébé dans les bras, de perpétuer son patrimoine génétique, ou de ne pas vieillir seul. Oui, ce sont des désirs égoïstes. Je ne dis pas pour autant qu’ils ne sont pas légitimes, je dis juste que si on demande à un individu de satisfaire ce désir, sachant ce que ça va lui coûter à côté, il faut être prêt à lui donner quelque chose en retour qui compense suffisamment toute la souffrance et toute la frustration que ça lui procurera d’exister. La question n’est donc pas de savoir quand on a le droit de ne pas vouloir d’enfant. Elle est plutôt de savoir quand on a le droit d’en vouloir. Et ma réponse personnelle à cette question, c’est qu’on a le droit d’en vouloir à partir du moment où on est capable de répondre à la question  « dis, ma maman, pourquoi c’est bien, que je sois en vie ? Pourquoi il faut que je fasse tous ces efforts pour le rester ? » A partir de là, on a tout à fait le droit de vouloir un enfant, même si c’est juste pour le plaisir d’avoir un bébé dans les bras, ou pour transmettre son patrimoine génétique, ou pour ne pas vieillir seul. L’important, c’est d’être capable de lui apporter la force morale nécessaire pour supporter ce monde frustrant et douloureux.

Et sincèrement, même si je n’exclus pas qu’on puisse être surpris après coup de découvrir qu’on est content d’avoir des enfants, je crois que peu de gens peuvent aider leurs enfants à aimer la vie s’ils n’ont pas voulu d’eux au départ. Donc qu’en refusant d’avoir des enfants sous prétexte qu’ils n’en ont pas envie, ces personnes sont beaucoup moins égoïstes que celles qui en ont parce que c’est ce qu’on est censé faire, dans la vie, des enfants, qu’on le veuille ou non.

Et ce qui m’étonne, c’est que cet état des choses soit si peu mis en avant dans les discours revendicatifs pour le droit au non-désir d’enfant. Ca m’étonne d’autant plus que ces mêmes personnes, souvent, vous diront spontanément qu’on n’a pas le droit d’avoir un animal de compagnie si on ne se sent pas capable de s’en occuper. Mais prendre le bien-être futur de l’enfant à naître en considération paraît, en quelque sorte, incompatible avec le fait de prendre en compte le bien-être de la mère potentielle. Plus exactement, se soucier de l’enfant, ça voudrait dire négliger la mère, et  si on veut faire montre de respect envers la mère, on est tenu de ne pas lui parler de l’enfant. J’extrapole, bien sûr, ce n’est qu’une théorie. Mais entre ça, et le fait qu’on ne réponde jamais aux pro-vie qu’un fœtus, ce n’est pas un bébé, et qu’un enfant sera le premier à souffrir s’il nait dans une famille qui ne veut pas de lui et ne peut pas s’en occuper, j’ai le sentiment qu’une idée fausse est entrée dans l’inconscient collectif, selon laquelle seuls les méchants de la Manif pour Tous et de la Marche pour la Vie se soucient du bébé et qu’il ne faut pas avouer s’en soucier si on veut montrer qu’on est dans le bon camp. Pourtant, une naissance malvenue, ça fait bien deux victimes (parfois plus) et se soucier de l’une n’est pas incompatible avec se soucier de l’autre.

Je ne veux pas d’enfant parce que je n’estime pas avoir ce qu’il faut pour être mère. Ce n’est pas un non-désir d’enfant, c’est un désir de ne pas faire souffrir. Je conçois très bien les joies qu’il y a à être mère, et je pense que celles qui sont capables de faire grandir leur enfant dans le désir de vivre méritent ces joies. Je ne suis simplement pas de celles-là, et je choisis de ne pas en avoir. Je ne choisis pas entre mon bien et celui de mon futur enfant. Je choisis notre bien à tous les deux. 

 

Image tirée de "Si j'aurais su", du blog "Tout va mieux"

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 18:00

Vous vous souvenez de mon génial petit frère, celui qui a un groupe de musique (pas l’autre, qui est tout aussi génial, mais dont je vous ai pas encore parlé, parce qu’il a pas de groupe de musique). Enfin bref, vous vous souvenez ? J’avais fait appel à votre générosité pour l’aider à sortir son premier disque.

Eh bien devinez quoi ? Le disque est sorti. Et il est beau à pleurer (bon, je pleure assez fréquemment, en ce moment, mais bon, c’est très beau quand même). Et même la pochette est jolie.

Coupure de Pub 2

Si vous aimez la chanson à texte, l’humour, le romantisme, la poésie, je vous assure, ce disque manque à votre vie. Mais pas de panique, vous pouvez l’acquérir contre la modique somme de 12 euros en contactant le groupe Sale Pierrot, soit en MP sur sa page facebook, soit en envoyant un mail à salepierrot31@gmail.com

Et pour finir, un petit échantillon : 

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 07:54

Depuis quelque mois, je prends de plus en plus régulièrement, et de plus en plus explicitement la parole, sur ce blog comme sur les réseaux sociaux, contre un phénomène qui me dérange et m'inquiète : les dérives du féminisme. Enfin, plus exactement, ce que je dis contre les dérives du féminisme peut-être utilisé aussi contre les dérives de l'antiracisme, de l'anti-homophobie, de l'anti-spécisme, mais il se trouve que je ne suis ni black, ni lesbienne, ni un animal (au sens non-humain), par contre je suis une femme, et je pensais que si je prenais la parole en tant que femme pour dire que je désapprouve l'attitude de certaines féministes sur internet, ça inciteraient peut-être les féministes en question à se demander pourquoi leurs paroles sont désapprouvées par une femme, de surcroît une femme clairement pour l'égalité des sexe, car je crois être claire dans mes déclarations, je suis pour l'égalité des sexes.

Un article de Madmoizelle, posté hier sur ma timeline, me fait découvrir que je me trompe. Visiblement, je ne suis pas la seule à avoir eu ce raisonnement, et un mouvement « Women Against Feminism » a vu le jour. L'article de Madmoizelle se penche sur ce phénomène. La journaliste relève, avec raison, que les femmes qui font ça sont pour l'égalité, donc sont féministes selon la définition originelle du féminisme.

Mais constater ce phénomène ne l'incite pas, comme j'espérais que ça se passe, à se demander comment le féminisme est représenté sur internet aujourd'hui. Elle conclut que ces femmes ont été mal informées de ce qu'est le féminisme, et ne pose pas la question de qui les a si mal informées. Je suppose qu'elle trouve évident que cette désinformation est l'œuvre des hommes, ces monstres odieux et dominateurs. Bon, laissons-lui le bénéfice du doute, et disons qu'elle ne se pose simplement pas la question, que la question ne l'intéresse pas. Or la question est intéressante, parce que ce ne sont pas les hommes qui font mauvaise presse au féminisme en ce moment, mais bien les féministes eux-mêmes.

La journaliste a conscience qu'il y a des extrémistes parmi les féministes, mais pense qu'il s'agit de cas isolés, et qu'on condamne tout le mouvement juste pour les actions d'une minorité. Elle ne se pose pas la question de si c'est vraiment une minorité, et si elle n'en ferait pas partie, si elle n’aurait pas cautionné, diffusé, ou même émis des propos anti-égalitaires dans sa prise de parole féministe. Pourtant, elle poste son article sur un site dont le forum est interdit aux hommes (exception faite du fondateur, bien sûr, il a une dérogation spéciale parce que... Parce que). Quel message donne-t-on au monde quand on ferme son forum à une partie de la population juste à cause de son sexe ?

Mettons qu'elle n'est pas responsable de la politique du forum du site sur lequel elle publie, mais si cette journaliste est pour l'égalité, elle devrait remarquer que cette égalité n'est pas respectée sur le site où elle poste, et s'interroger sur combien ça peut être contre-productif de poster des articles sur le féminisme sur un site inégalitaire. Est-ce que ça n'incite pas le public à penser que féminisme et égalitarisme sont deux valeurs distinctes, voire opposées ?

C'est pourquoi je réalise à quel point ma prise de parole de ces derniers mois est vaine. Ces femmes ne voient sincèrement pas le problème dans leur attitude. Elles ne voient sincèrement pas en quoi c'est mal, et dangereux, d'écrire « Il convient de ne pas perdre de vue, jamais, quand on est un homme féministe, qu'on exerce aussi l'oppression qu'on le veuille ou non.». Elles ne voient sincèrement pas en quoi il est mal, et dangereux de laisser entendre qu’en tant qu'homme, on est poussé par sa nature à harceler les filles même quand on a l’intention de ne pas le faire, donc que les hommes devraient s’enfermer chez eux et faire la vaisselle pour la sécurité des femmes. Elles ne voient sincèrement pas en quoi il est mal, et dangereux, de donner le même niveau de gravité à des publicités sexistes et au harcèlement moral le plus violent. Elles ne voient sincèrement pas en quoi il est mal et dangereux de voir du racisme, du sexisme et de l'homophobie dans toutes les œuvres de fiction qui ont jamais été créées et de traiter de salaud patriarcal tout individu qui aura le malheur de faire remarquer que la surinterprétation, ça va bien cinq minutes. Elles ne voient sincèrement pas en quoi il est mal et dangereux de répondre à une tentative de dialogue par une insulte.

And you're the reason why I'm not, Lady

And you're the reason why I'm not, Lady

Il ne sert à rien d'essayer de le leur dire. J'ai essayé. Elles ne me croient simplement pas (je dis elles, mais il y a des hommes parmi elles).

Ca ne sert à rien que je prenne la parole contre ces dérives. Tout comme il est vain de décréter que je ne veux plus me qualifier de féministe et que je me qualifierai désormais d'égalitaire. Non, je dois continuer à me déclarer féministe. Je dois seulement déclarer qu'elles, elles ne le sont pas même si elles prétendent l'être. Et déclarer qu'elles font plus de mal au féminisme que n'en fera jamais aucun de ses détracteurs.

En novembre sortira un épisode de CDAL sur le sexisme dans les dessins animés. Il est prévu depuis le début de l'émission, et rédigé depuis plus d'un an. Bien sûr, je ne pourrais sans doute pas m'empêcher de retravailler certaines tournures ou d'ajouter des discours pour l'adapter à mes problématiques actuelles, mais je m'imposerai, et al. m'imposera de le modifier le moins possible. Parce que je refuse de laisser les fanatiques féministes me changer, et que je ferai le discours que j'ai prévu de faire, indépendamment d'elles.

J'ai besoin du féminisme parce que je veux vivre dans un monde où on me juge sur ma personnalité et pas sur mon sexe et que je suis prête, en contrepartie à faire de même vis à vis d'autrui. J'ai besoin du féminisme parce que j'ai besoin de pouvoir raconter des histoires à des enfants sans être traitée d'odieuse salope parce que dans mon histoire, la princesse se marie à la fin. J'ai besoin du féminisme parce que je veux vivre dans un monde où le harcèlement moral soit un crime, et l'insulte un délit, le sexe de la victime ne changeant rien à la gravité de l'acte. J'ai besoin du féminisme parce que je ne veux pas revenir aux espaces non mixte et à la séparation des sexes, si propices au manque de communication, fut-ce au nom du féminisme. J'ai besoin du féminisme parce que je veux qu'il y ait compréhension mutuelle entre les deux sexes. J'ai besoin du féminisme parce que je sais que le sexisme existe, que j'en ai déjà été victime, et qu'à force de crier « au loup » les fanatiques féministes font en sorte qu'on ne remarque plus les injustices qui existent pour de vrai. J'ai besoin du féminisme, donc, je continuerai à dénoncer les dérives chaque fois qu'on insultera une œuvre ou une personne injustement. Mais plus dans l'espoir de convaincre. Seulement dans le maigre espoir de prouver que le féminisme, ce n'est pas ça.

J'ai mal à mon féminisme, je pleure, et j'ai peur pour l'avenir.

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