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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 18:23

Promis, un jour, je finirai par l’écrire, cet article sur le mensonge et la fiction qui traine dans mon One drive depuis plus d’un an, et je dépoussièrerai un peu ce blog. En attendant, on m’a appelé à m’exprimer sur le dernier film DC, donc allons-y dans la joie et la bonne humeur.

Après Man of Steel et Batman v Superman, j’estimais que la saga DC au cinéma était foutue. DC se fondant en général sur les grandes idées philosophiques que véhiculent ses histoires, et les deux premiers opus ayant instauré que la grande idée philosophique que véhiculera l’univers est que Dieu est grand, Dieu est puissant, Dieu définit le bien et le mal, Dieu décide que les Kryptoniens ne méritent pas de vivre, donc c’est un crime de vouloir les sauver, Dieu n’a pas à répondre aux accusations quand le monde entier le soupçonne d’avoir été responsable de la mort de centaines de personnes, ni même à être troublé par le fait qu’on l’en accuse, plus rien de satisfaisant, à mon sens, n’aurait pu pousser sur cette base. A la rigueur, on pouvait avoir des films un peu moins lourds, qui auraient passé moins de temps à souligner des symboles évidents n’ayant pas besoin d’être soulignés, des opus un peu bêbêtes mais distrayants comme Suicide Squad qui, sans surprise, était complètement out of character par rapport aux comics, mais avait au moins l’avantage d’être un film normal, de ne pas asséner des contre-valeurs à coup de bulldozer dans ta gueule, et de plans interminablement longs. Mais un bon film, sans lourdeurs ni omissions, avec des personnages principaux se battant par altruisme et par foi en l’humanité, se souciant des dommages collatéraux et de la santé des figurants, et se posant sincèrement la question de si voler, tuer, tricher et piller, c’est pardonnable quand c’est pour une bonne cause, je ne pensais vraiment pas que ça pourrait exister. Pas sans avoir l’air incongru et contradictoire avec le début de la série.

Pourtant, le fait est là, Wonder Woman réussit. Enfin, plus exactement, elle réussit à faire oublier que toutes ces valeurs que le film pose comme étant la base philosophique que l’histoire va véhiculer ne sont pas celles qu’avaient véhiculé les épisodes précédents. Quand on y réfléchit, c’est bel et bien incongru par rapport aux premiers opus, à condition qu’on repense aux premiers opus, et vu ce qu’ils sont, on n’a pas spécialement envie d’y repenser.  Wonder Woman continue à parler de Dieu grand et puissant, mais établit enfin que ce n’est pas parce que Dieu a décidé que les kryptoniens ne méritaient pas de vivre qu’il faut l’écouter, que même si Arès a raison quand il dit que les humains polluent et tuent la terre qui les a fait naître, ce n’est pas une raison pour laquelle il faut le laisser les détruire. Voilà enfin une idée à laquelle je peux adhérer. Quel soulagement ! Et ce n’est pas le seul.

L’autre soulagement, c’est de constater que ce film est ce que n’était pas ses deux ainés : subtil. Pas de lourdeur pour montrer les horreurs de la guerre. Pas de lourdeur non plus pour montrer l’injustice de la société humaine, en particulier pour ce qui concerne le statut des femmes en 1918. Les choses sont montrées, sans être atténuées. Et c’est tout. On ne passera pas deux heures à insister sur le fait que la procureure est perturbée, comme dans Batman v Superman. On montrera les soldats blessés qui reviennent du front, les réfugiés chassés de leur village, et l’attitude outrée des vieux grigous quand ils rencontrent une femme qui ose prendre la parole pour les contredire. Rien de plus, rien de moins, rien que ce qu’il faut pour montrer et faire comprendre. Il y a, certes, un dernier quart d’heure un peu plus faiblard, avec plus de temps qu’il n’en faut passé sur des choses qui n’en avaient pas besoin, et pas assez sur les points qui mériteraient d’être explicites, mais ce n’est vraiment que dans le dernier quart d’heure. Le reste du temps, tout ce qui a besoin d’être expliqué est expliqué, et on ne l’explique pas plus que ça n’a besoin d’être expliqué. On en avait presque oublié que c’est ça, la bonne façon de raconter une histoire.

Ceci étant posé, que reste-t-il ? Wonder Woman est-il un bon film, indépendamment d’être le meilleur de la série, ce qui n’est pas bien difficile ?
En réalité, je ne peux pas répondre. Ce film me parle particulièrement, à moi personnellement, et ça ne me permet pas d’évaluer sa valeur objective. Il n’est, certes, pas très respectueux de la mythologie grecque ni de la réalité historique, mais les sujets qu’il aborde sont des sujets qui me parlent, les idées qu’il défend correspondent à mes idées, et les personnages qu’il met en scène me plaisent.

Déjà Steve Trevor, l’homme sans super-pouvoir qui en deux heures et demie de film a été plus héroïque que Superman dans ses deux films réunis. Si le long métrage animé DCUAOM Wonder Woman m’a tant déplu, c’est surtout à cause du personnage de Steve Trevor. Un message pour tous les scénaristes du monde : la recette du Love Interest stupide, c’est insupportable, même quand le love Interest est un garçon et pas une fille. Si on campe un personnage principal bourré de mérites, la personne qui a le privilège d’être aimée par ce personnage principal doit être bourrée de mérite aussi, sinon, il y a un sentiment d’injustice qui gâche complètement le plaisir du visionnage. Et du mérite, le Steve Trevor de ce film en a à revendre. Il se définit lui-même comme ayant une morale à géométrie variable, n’hésitant pas à mentir, à voler, et à escroquer pour parvenir à ses fins. Mais ses fins sont uniquement d’empêcher des civils innocents d’être tués. La comparaison avec Batman, qui marque ses ennemis au fer rouge afin qu’ils soient exécutés en prison, et Superman, qui détruit des immeubles sans se soucier des dommages collatéraux et ne comprend pas en quoi il est concerné par le fait qu’on le déteste à cause de ça suffit à faire de lui un vrai héros. Mais le film ne se contente pas de ça. Le film lui donne la force morale qu’il faut pour reconnaître qu’il est un voleur, un tricheur et un menteur, quelle qu’en soit la raison. Et plus encore, mais avant de développer, parlons de Wonder Woman elle-même, ou plus exactement Diana, puisque, sans surprise, personne ne l’appelle jamais Wonder Woman dans le film (ils auraient dû titrer le film Spirit of Truth comme ils avaient titré le film Superman Man of Steel).

Diana est l’archétype de l’adolescente pleine de grandes idées qui vaut à Antigone d’être la pièce la plus choisie pour les scènes d’examen de fin d’année en théâtre. Son âge n’est pas explicitement dit, et elle a probablement des milliers d’années, sa nature d’immortelle faisant que le passage du temps est particulier chez elle, mais en tout cas, au moment où son aventure commence, elle est encore une apprentie guerrière et n’a pas fini son entrainement. Elevée dans une ile coupée du monde et du temps, elle a entendu dire par sa mère que l’humanité était bonne par nature, que tout ce que les hommes ont pu faire de mal dans leur existence, ils l’ont fait parce qu’ils ont été possédés par Arès, le dieu de la guerre. Et elle l’a cru.

Diana, apprenant l’existence de la première guerre mondiale, de son exceptionnelle violence, et de la nature irraisonnée du conflit quitte son île en étant persuadée que, si les hommes font la guerre, c’est parce qu’ils sont possédés par Arès, et que si on supprime Arès, on supprime la guerre. Spoiler, Arès ne fait que leur souffler des idées pour inventer des armes toujours plus destructrices. La guerre, ils la font parce qu’ils le veulent. Diana va au devant d’une grande désillusion, cette désillusion dont elle parlait à Bruce Wayne dans Batman v Superman. Le public le sait, Steve Trevor le sait, Hippolyte, sa mère, le sait, bref, c’est ça le film. Diana croit qu’Arès provoque les guerres et elle va découvrir que ce n’est pas vrai. Si j’en crois pas mal de critiques lues et entendues depuis la sortie de ce film, beaucoup trouvent les gags autour de sa naïveté face au monde des humains lourds et sans intérêt. Le souci, c’est qu’en réalité, ce ne sont pas des gags, et leur intérêt n’est pas d’être des gags. Au contraire, ce sont des éléments de tragédie. La naïveté de Diana n’est pas due à son ignorance du monde. Certes, elle ne sait pas grand-chose du monde, au moment où elle débarque dans le Londres pollué d’après la révolution industrielle, mais il faut bien reconnaître que ces nouveautés ne l’impressionnent pas plus que ça. C’est tout au plus si elle se permet quelques remarques sur le fait que l’homme moderne vit dans la course contre la montre, ou qu’elle s’extasie quand elle rencontre le premier bébé qu’elle ait jamais vu. Le fait de se retrouver confrontée à des spécimens mâles de l’humanité ne l’étonne pas particulièrement non plus. Elle a lu ses classiques, et en théorie, elle sait la différence entre les hommes et les femmes, ce qu’ils font ensemble et pourquoi. Sa naïveté se manifeste plutôt dans le fait qu’elle s’accroche, malgré toutes les preuves, à l’idée que l’être humain est forcément bon par nature et que c’est Arès qui le pervertit. A l’instar de l’Antigone d’Anouilh, son histoire va être celle de quelqu’un qui découvre que le monde et l’humanité sont plus compliqués que ça et doit décider, au vu de cette découverte, si elle reste fidèle à ses valeurs quand même. Et, pour l’accompagner dans ce parcours, il y a Steve Trevor. Steve Trevor qui est à ce point désillusionné sur l’humanité qu’il choisit de tuer, de voler et d’escroquer pour sauver le monde, mais qui, tout en étant désillusionné, choisit quand même de sauver le monde. Steve Trevor, l’homme sans pouvoir, qui, par son exemple, va inspirer la déesse à devenir le symbole de compassion et d’humilité qu’est son personnage dans les comics. Quelle belle revanche contre le Superman de Zack Snyder !

J’ai aimé Antigone d’Anouilh, donc, seule une mauvaise mise en scène pouvait me faire détester cette histoire. Or, comme j’ai dit, à part le dernier quart d’heure, la mise en scène m’a convenu. J’ai aimé les dialogues, j’ai aimé l’image, j’ai aimé les scènes d’action, et j’ai même aimé les scènes qui sont clairement là pour faire écho à Captain America : First Avenger. Ce film était écrit pour moi. Et pourtant, il fait suite à Batman v Superman. Reste plus qu’à espérer que La ligue des Justiciers ne réduira pas à néant ce changement de direction.

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 17:40

Je néglige ce blog, ces derniers temps. Ce n’est pas tant que l'envie d'écrire des articles me manque que le fait que j'ai moins de temps à y consacrer. Déjà à cause de mon activité professionnelle qui m'occupe de plus en plus régulièrement, ce qui fait que ce qui me reste de temps libre est occupé par CDAL, ensuite parce que les plages de temps que je réserve habituellement à mes activités d'écriture sont mobilisées par un tout nouveau projet de roman qui me motive pas mal.  Mais restez en ligne, je reposterai aussi vite que possible.

 

Récemment, dans une vidéo de CDAL, j'ai dû évoquer très rapidement mon avis négatif sur le pourtant très aimé Brisby et le Secret de NIMH, du non moins très aimé Don Bluth. Il m'a donc été demandé, à la suite de cette vidéo, de développer afin de mieux expliquer ma position. Nous y voici donc.

Avant toute chose, je tiens à préciser qu'il est rare qu'un film de Don Bluth me déplaise. Ils sont d'une grande diversité : à première vue il est assez difficile de trouver un caractère commun entre Le Petit dinosaure et la vallée des merveilles et Anastasia. Pourtant, il y a toujours un petit truc en plus qui fait qu'on reconnait la patte du réalisateur, un aspect atypique qui fait que l’histoire est classique sans être classique. C’est toujours très dur de mettre le doigt sur ce que c’est, mais c’est toujours là. Pour le meilleur, dans la plupart des cas. Mais pas dans le cas de Brisby.

Brisby est une histoire de souris habillées et anthropomorphisées vivant dans un monde d’humains et devant survivre à la fâcheuse manie de ceux-ci de modifier leur environnement pour qu’il soit plus adapté à leurs besoins qu’à ceux de leurs voisins à plumes et à poils. Il y a des tas d’histoires de ce genre. Le truc atypique en plus ajouté par Don Bluth (ou plutôt, repris du roman d’origine que je n’ai pas lu – encore fallait-il en avoir l’idée, et c’est une idée typique de Don Bluth), c’est que, cette fois, le fait que les souris soient habillées et anthropomorphisées est justifié scénaristiquement. En fait, plusieurs rats et deux souris ont été modifiés génétiquement par les chercheurs humains pour devenir plus intelligents, se sont échappés du laboratoire et ont rejoint la nature où, je suppose, ils ont éduqué les autres animaux à s'habiller et avoir une civilisation.

Et ce parti pris, qui faisait de cette histoire de souris anthropomorphisées l'histoire de souris anthropomorphisées "à la Don Bluth" me pose plusieurs problèmes.

Déjà, pour commencer, cette histoire d'intelligence due aux modifications génétiques n'est pas claire du tout.

De deux choses l'une.

Soit il n'est pas normal, dans cet univers, que des souris parlent et s'habillent, sauf quand elles ont été génétiquement modifiées, et dans ce cas, les autres souris, celles qui n'ont pas été génétiquement modifiées, ne devraient pas être capables de parler ou de s'habiller, du moins pas plus que les chimpanzé qu'on éduque pour adopter le comportement humain et parler le langage des signes. Or, l'histoire nous est racontée du point de vue de souris ordinaires, qui sont parfaitement capables de s'habiller, d’utiliser des ustensiles ou tenir des conversations.

Soit il est parfaitement normal, dans cet univers, que des souris parlent et s'habillent, même sans avoir été génétiquement modifiées. Dans ce cas, qu'est-ce qu'elles ont de particulier, les souris qui ont été modifiées (à part des pouvoirs magiques) ? Quand on les compare à l'héroïne et ses pairs, ce qu'on constate, c'est que c'est souris et ces rats ont surtout des CONNAISSANCES que l'héroïne et ses pairs n'ont pas : connaissance de l'écriture, connaissance de l'électronique, connaissance de la mécanique. Il ne s'agit déjà plus d'intelligence, de quelque chose d'inné, dépendant des gènes, et pouvant être l'effet d'une modification génétique. Il s'agit de tout un savoir acquis brusquement, par injections, et réinvesti ensuite dans la construction de leur société de rongeurs. Sauf que s'il ne s'agissait que de savoir, ce savoir pourrait être enseigné. Or les souris normales, on le voit via l'héroïne, ont toujours autant de mal à apprendre à lire, ou à comprendre comment on sectionne le fil d'une batterie sans s'électrocuter. Certes, il est beaucoup plus difficile d’apprendre à lire à un adulte qu’à un enfant, mais quand même. Et puis, on n'a pas non plus le sentiment que les rats savants sont très partageurs, ils ont l'air de préférer le garder pour eux, leur savoir, mais on y reviendra. Toujours est-il que le film essaye de mettre de l'emphase sur le fait que ces rats, et les deux souris qui ont été modifiées en même temps qu'eux, sont des animaux exceptionnels, dont le refus de se mêler aux autres animaux et de vivre normalement parmi eux est légitime, et qui, s'ils décident de quitter leur communauté d'animaux intelligent pour vivre parmi les animaux normaux, doivent cacher à leurs proches, leurs enfants et leurs femmes, qui ils sont réellement et ce qu'ils ont vécu d'important dans leur vie. Il est souligné que l'héroïne n'accèdera pas, même avec des efforts, au savoir de feu son mari. Pour l'apprendre, il faudrait avoir subi les modifications génétiques, ou les avoir héritées, comme c'est le cas de ses enfants. C'est donc bien quelque chose d'inné, d'intrinsèque, qui donne à ces rats la maitrise de la technologie. Et j'ai beau savoir que c'est de la fiction, qu'on peut se payer le luxe d'être irréaliste, j'ai du mal à suivre l'histoire, à partir de ce stade. Ce n'est pas logique : on est dans un entre-deux qui, je trouve, n’a pas beaucoup de sens. A titre de comparaison, on n’est pas dans cet entre-deux dans Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants, de Terry Pratchett. D’ailleurs, à ce propos, l’autre grosse différence du roman de Pratchett, c’est que les personnages qu’on suit sont les animaux modifiés. Pour le lecteur, qui est un humain, la norme, c’est l’Homme. Si on suit les animaux modifiés, on suit des personnages raisonnablement intelligents. Si on suit les animaux normaux, on suit des personnages qui font figure d’idiots. Et, même si la différence entre les souris modifiées et non modifiées me parait trop faible pour la crédibilité de l’ensemble, l’héroïne, du fait de sa normalité pour une souris, est quand même bien nunuche, et c’est un peu difficile de s’identifier.

En outre, le fait qu'on qualifie la culture et la connaissance d'intelligence m'a toujours exaspérée, ça permet en général à de parfaits crétins de passer pour intelligents parce qu'ils ont un savoir encyclopédique. Passons.

Sur le plan du scénario, ce parti pris continue à me déranger. Ce n'est pas le destin d'une de ces souris améliorées, que nous suivons, c'est celui, tragique, d'une souris normale, tellement normale qu'elle n'a même pas de prénom, feu son mari n'ayant jamais daigné lui en donner un (c'était vraiment un gars charmant *ironie*) et ne découvre l'existence des rats intelligents que pour mieux mesurer à quel point son mariage était une mascarade, à quel point son mari était un étranger qui ne lui avait jamais rien raconté de lui, alors même que le monde entier en savait plus sur lui que elle, sa femme, celle à qui il a choisi de faire des enfants. D'ailleurs, les enfants, parlons-en des enfants ! Ils ont hérité de la supra-connaissance de leur père. Ils font partie de ce surmonde auquel l'héroïne n'a pas accès. Même ses enfants sont séparés d'elle par une distance qu'elle ne pourra jamais franchir.
Le film pourrait mettre fin à cette tragédie en démontrant que si, les connaissances des rats de NIMH peuvent être transmise, c'est juste eux qui sont des connards d'égocentriques qui se prennent trop pour des dieux maintenant qu'ils ont la technologie, tu peux pas test, que l'héroïne peut, si elle s'en montre digne, faire partie de ce monde, et partager le monde de son mari après sa mort, à défaut de l'avoir partagé avec lui de son vivant. Mais non. Comme on l'a dit, la volonté des rats de NIMH d'être à part est montrée comme juste. D'ailleurs, l'enjeu de l'intrigue est de les aider à partir quelque part où ils n'auront plus à se mêler à ces animaux trop ordinaires qui les entoure. Bon, l'objectif est surtout d'être quelque part où les hommes ne les retrouvent plus, mais ça ne change rien à mon propos.

On attend pendant tout le film le moment ou l'héroïne va prouver qu'elle est aussi digne d'estime et d'amitié que l'était son mari, toute souris ordinaire qu'elle puisse être. On attend que le médaillon qu'on lui donne pour... Hum... La féliciter d'avoir été la femme de quelqu'un de bien, je suppose, elle prouvera par ses actions qu'elle en est digne indépendamment de qui a été son mari. Que si son mari a choisi de vivre avec elle plutôt qu'avec ses amis rats savants, c'est parce qu'elle le méritait. Elle se donne bien du mal, pour ça. Elle va même se porter volontaire pour une mission suicide, sans considération pour ses enfants qui sont déjà orphelins de père. Mais rien à faire. Non, le deus ex machina de la fin, soit disant du au fait que l'héroïne a "une âme courageuse" ne compte pas. Ca ne compte pas, parce que ça ne change rien à la situation établie. Les rats de NIMH partiront, leur savoir avec eux, ils ne l'emmèneront pas, ni elle, ni sa famille, et l'héroïne se retrouvera, à la fin du film, plus seule que jamais, toujours veuve, mais consciente, cette fois, que son mari n'était pas celui qu'elle croyait, et que les souvenirs qu'elle peut avoir de son mariage sont illusoires, que ces enfants devront partir un jour pour rejoindre les rats, puisque, n'étant pas des souris normales comme leur mère, c'est avec les rats qu'ils doivent vivre. C'est une fin déprimante, triste, sinistre.

Et en parlant d'être sinistre, la narration ne fait aucun mystère du fait que, injecter un sérum qui rend intelligent à des souris, c'est méchant. Plus exactement, la motivation qui est derrière, qui est, je cite "satisfaire une certaine curiosité scientifique" est mauvaise.

Et ok, pour le scénario, il est nécessaire que les savants soient méchants. Mais par cette formule, le film se veut réaliste. Les savants fous de fiction sont généralement surtout fous. Quand on veut mettre l’accent sur le fait que leurs expériences sont « innommables », on se débrouille pour que même leurs buts soient dévoyés par rapport aux objectifs normaux des sciences. En ne le faisant pas, non seulement Brisby et le secret de NIMH prend parti contre une profession plutôt que contre la cruauté (or un film de cette naïveté ne devrait peut-être pas se payer le luxe de parler de choses moins générales que la cruauté), mais en plus elle le fait en mettant en scène une institution qui existe (Le NIMH, National Institute of Mental Health, qui comme tous les institut du NIH fait des recherches contre les maladies, en plus de chercher à « satisfaire une certaine curiosité scientifique ») qui se livre à une pratique qui n’existe pas (les animaux de laboratoire sont dans l’immense majorité des cas issus de lignées élevées dans des laboratoires et non pas des animaux errants chassés dans la nature), ce qui est d’autant plus fâcheux que beaucoup de gens pensent que c’est bien comme ça que les laboratoires se procurent leurs animaux.

Et quand bien même, pourquoi faire de leur désir de savoir la preuve de leur méchanceté ? Pourquoi serait-il mauvais d'acquérir du savoir ? De le transmettre ? Ca les arrange quand même bien, les rats de NIMH, de savoir comment utiliser l'électricité. Et s'ils ne le savaient pas, ils ne pourraient pas sauver les enfants de l'héroïne. Alors pourquoi, dans un scénario où le savoir est la solution à tous les problèmes, en faire également, sans développement ni débat, la preuve incontestable d'une mauvaise intention ? Parce que la science infuse, c’est mieux que de faire des expériences ? Même les chercheurs en sont convaincus.

Et même en essayant de ne pas prendre garde à ces messages involontairement et maladroitement véhiculés par le scénario, ça continue à être dérangeant. Toute cette histoire est développée autour d'une esthétique scientifique. Comme on a dit, les faits scientifiques rapportés ne sont pas forcément exacts ou crédibles, mais l'esthétique est là, cette histoire est sur la science. Alors pourquoi, d'un seul, coup, sans transition, y mettre de la magie, de la magie qui sort de nulle part (et qui selon Wikipédia n’est même pas dans le roman), de la magie qui n'est même pas là pour être "l'esprit de la nature qui s'oppose à la science des hommes" ? Juste de la magie, bim, d'un seul coup, sans transition, sans explication, et sans développement, comme tout le reste.

Bref, en un mot comme en cent, Brisby et le secret de NIMH m'a dérangée et je n'ai pas aimé. Mais non, ça ne veut pas dire que je renie Don Bluth. Même Victor Hugo a écrit de mauvais livres, ce n'est pas ça qui l'empêche d'en avoir écrit de bons, ni d'être, dans l'absolu, un grand écrivain. Ce n'est pas parce qu'on aime un auteur qu'on est tenu d'apprécier tout ce qu'il fait. Il peut y avoir une œuvre qui n'était pas comme les autres, une œuvre qui ne correspondait pas à ce qu'on attendait. Ca ne change rien à ce qu'on a trouvé dans toutes les autres.

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 20:22

Il faut que j'arrête d'aller voir des films juste parce que ce sont des comédies musicales, et que j'aime ça, les histoires racontées en musique où, quand les mots ne suffisent plus à exprimer l'émotion du personnage, tout s'arrête et tout chante, juste comme ça, pour le plaisir de s'arrêter et de chanter. Il faudrait que j'admette qu'aujourd'hui, les comédies musicales, ça ne se fait plus, et que si on a l'idée d'en faire, quelque part, on le fait contre la mode du moment, qui est de ne pas en faire, on se force à le faire malgré le fait que ça ne se fait plus, on le fait en sachant qu'on va paraître bizarre, incongru, on le fait pour être différent, pour être subversif, bref, il n'est plus possible de le faire JUSTE pour le plaisir de le faire.   

Il faut que j'arrête, aussi, d'aller voir des films parce qu'ils parlent de sujets qui me touchent particulièrement. Il est évident que je ne serai jamais contente de la façon dont le sujet sera représenté.  

Je cherche un emploi depuis 2002. J'en connais un rayon sur le chômage. J'en entends dire, aussi, des conneries dessus. Je vois bien qu'il y a des gens persuadés que du travail, il y en a, que si tu n'en trouves pas, c'est que tu ne fais pas d'efforts pour, qu'en tout cas, c'est forcément de ta faute si tu ne t'en sors pas. Moi, ça me semblait une bonne idée, qu'un film vienne expliquer que non, du travail, il  n'y en a pas, que quand on te prend à l'essai, ça ne veut pas dire que tu as retrouvé un boulot, qu'on peut encore te virer juste avant que la période d'essai se termine, qu'on peut te préférer la collègue crétine et analphabète mais qui sait sociabiliser avec le responsable, elle, que ton patron peut se mettre à te détester sur un coup de tête et te croire, juste parce que tu es malchanceuse, responsable d'un mouvement de grève auquel tu as pourtant refusé de participer, que durant les entretiens d'embauche, les recruteurs seront odieux avec toi pour voir jusqu'où tu tiens sans fondre en larmes, que durant les premiers jours de ton contrat, ta N+1 prendra un malin plaisir à faire comme si les erreurs normales de débutant que tu fais sont la preuve de ton incroyable nullité et qu'elle n'a jamais vu quelqu'un d'aussi empoté que toi. Sur le fait que, si tu es au chômage, c'est pas parce que tu ne cherches pas de boulot, c'est parce que, pour une raison X ou Y, tu n'as pas pu faire d'études ou pas celles qu’il fallait, que tu n'as pas vraiment de profil, pas de compétence spécifique, que, pour paraphraser une des chansons "à force d'être bonne à tout faire, tu as l'air d'être bonne à rien faire". Sur le fait que le RSA, ça ne suffit pas pour survivre, en tout cas pas dans une grande ville (le film ne parle pas de RSA, ni de grande ville, mais il y parle du fait de ne pas pouvoir se payer le luxe de dépenser 20 euros, en tout cas). Sur le fait que même quand tu as un boulot, par les temps qui courent, tu es de moins en moins sûre de le garder, que le code du travail qui te protège, on est en train de te l'enlever petit à petit.  

 

Mais tout ça, pour que ça marche, il aurait fallu que cette histoire arrive à des vrais gens, pas à des caricatures à peine esquissées. Ici, nous avons des super vilains de bande dessinée face à des crétines de comedia del arte qui essayent de nous intéresser à leur histoire au moyen de musiques inintéressantes et de vers creux et oubliables.  

Musicalement, c'est correct, mais les mélodies n'ont rien de spécialement captivant, et les textes sont vides. Comme les dialogues, d'ailleurs. Mais les dialogues, c'est un autre problème. On est dans une comédie musicale, alors la première chose que je demande, c'est des chansons qui me plaisent, me parlent, me donnent envie de rire, pleurer et danser, et de les rechanter en sortant de la salle. Ca n'arrivera pas cette fois. Les rimes ne sont pas spécialement jolies, et surtout, les chansons ne parlent pas. Je veux dire, elles ont un sujet, c'est sûr, et elles n'en parlent pas. Des vers vides de sens, qui évoquent sans dire, et n'ont même pas l'excuse d'être joliment dits, d'avoir sacrifié le sens pour la forme.  

J'ai l'habitude d'être déçue par les comédies musicales d'aujourd'hui. Comme j'ai dit, aujourd'hui, ce n'est plus à la mode. En faire une maintenant, c'est un peu prétentieux. Et pour qu'une comédie musicale fonctionne, il lui faut une spontanéité, un naturel qui n'est pas forcément compatible avec la volonté de faire original à tout prix. Ou alors, c'est juste qu'on ne sait plus écrire de chansons de comédie musicale. En tout cas en français. Peu importe. J'ai l'habitude, donc. Je vais quand même les voir, bien sûr. Je ne peux pas m'empêcher. Il y a quand même à chaque fois un petit pourcentage de chances que ce soit bien, ou qu'au moins les chansons soient bien. Ce n'est pas le problème. Et puis, le fait que les personnages ne soient pas très bons, que les dialogues soient très artificiels, et qu'on ne croit pas vraiment à la situation alors même qu'elle est réaliste, ce n'est pas le problème non plus.   

Bon, c'est quand même un peu le problème. Les auteurs ont parfaitement compris quels étaient les problèmes de la recherche d'emploi de nos jours et nous en font une énumération quasiment exhaustive. Mais ils le font au moyen de chansons faiblardes, de dialogues faiblards et de personnages soit idiots, soit diaboliques comme des méchants de James Bond. Mais bon, les histoires pleines de bonnes idées mais mal écrites, ça aussi, je connais, j'ai l'habitude. Ce n'est pas ça qui me rend furieuse.  

Ce qui me rend furieuse, c'est la fin. Il est impossible d'en parler sans la raconter, alors avertissement habituel, attention spoiler, blablabla, si vous ne voulez pas savoir arrêtez de lire, etc...  

Sauf que sincèrement, il n'y a pas vraiment d'intérêt à voir ce film, à part peut-être pour discuter de la fin. Donc, je vous encourage plutôt à vous laisser spoiler et à vous épargner le visionnage. Mais bon, c'est vous que ça regarde, et normalement, là, j'ai assez blablaté pour que ceux qui sont encore avec moi soient ceux qui acceptent le spoiler, alors allons-y.  

A la fin, l'héroïne et ses collègues, grâce à la magie de la fiction, parviennent à sauver leur usine de la fermeture, et l'héroïne se voit proposer ce qu'elle recherche depuis le début du film : un CDI.  

Mais, en même temps, elle apprend que le petit connard avec qui elle est sortie on ne sait trop pourquoi pendant le film, qui drague les autres filles, est violent, a aidé le patron à manœuvrer pour fermer l'usine, s'est fait de l'argent sur le dos des grévistes ea participé au kidnapping d'une collègue qui ne voulait pas participer à la grève, que ce petit connard, donc, a décidé de tout plaquer pour partir aux States. Alors, elle refuse le CDI tant espéré pour suivre cet affreux individu.  

Parce que, ça a beau être vrai que le chômage existe, que trouver du travail quand on a ni diplôme ni compétence, c'est quasiment impossible, que si tu renonces  à étudier près ton bac parce que tu t'es mise avec un mec, tu te retrouves dans la merde le jour où il te plaque, il faut quand même savoir tout plaquer pour vivre ses rêves irréalisables, et re-signer pour plusieurs années de galère alors qu'on était enfin sur le point de s'en sortir. Précisons que l’héroïne et le mec avaient rompu, au moment où elle s’apprête à signer son CDI. Elle ne refuse pas le CDI pour le suivre parce qu’ils sont en couple. Elle refuse le CDI pour se remettre avec lui ! 

Pour ceux qui ne suivaient pas, je le répète. Ca fait quatorze ans que je cherche un emploi. Quatorze putain d'années. J'avais des rêves, moi, aussi, figurez-vous. Des très ambitieux, des moins ambitieux, des pas ambitieux du tout. La réalité étant ce qu'elle est, aucun ne se réalisera jamais. Et là, on me sort un film pour m'expliquer que, même s'ils ne se réaliseront jamais, je dois les poursuivre quand même, parce qu'un toit sur la tête et à manger trois fois par jour c'est pas assez important ?  

Va te faire enc****, le film.  

Je ne comprends pas ce que les auteurs ont cherché à faire. Mettons de côté le fait que le garçon soit un odieux personnage, on peut faire un personnage antipathique sans réaliser qu'il est antipathique. Si ces auteurs ont à ce point conscience que ce n'est pas possible de survivre avec des allocs, pourquoi font-ils faire un choix aussi stupide à l'héroïne ? Et s'ils croient qu'il est important de tout plaquer pour vivre ses rêves, pourquoi le croient-ils alors qu'ils montrent qu’ils ont conscience qu'on est dans un monde ou on ne survit pas si on se contente de rêver ? Je ne pige vraiment pas.  

Au moins, le film a eu la décence d'être con, avant de nous lâcher à la gueule une fin pareille. S'il avait été bon, je serai sûrement sortie de la salle de cinéma complètement démolie.  

Parce qu'il y a tout de même une scène de ce film qui m'a fait pleurer. Dans la deuxième moitié, quand les camionneurs (parmi lesquels figure le garçon pour qui la fille refuse sont CDI), malgré la résistance des ouvrières grévistes, ont réussi à enlever les stocks de chaussures pour aller les entreposer ailleurs, et permettre ainsi le plan social. La situation est désespérée, la grève a échoué, l'usine va fermer. L'héroïne revient seule dans l'usine dévastée par la bagarre et commence à travailler. Parce qu'il ne lui reste plus que ça. Parce qu'elle veut travailler, même s'il n'y a plus d'espoir. J'ai versé de grosses larmes silencieuses à ce moment là.   

Parce que les problèmes mal évoqués et mal présentés par ce film sont de vrais problèmes. Parce que la bonne volonté ne suffit pas face à la triste réalité du marché du travail, où il n'y a pas de place pour tout le monde. Parce que quand tout espoir est perdu, que ça ne sert plus à rien de se battre, de se rebeller, il ne reste que ça, être de bonne volonté, être de la meilleure volonté du monde, être irréprochable, même si ça ne sert à rien. Juste pour soi. Juste pour ne pas avoir de reproche à se faire.  

Et ce film m'a fait croire qu'il comprenait cet état des choses. Comme il m'a menti. 

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 22:23

Batman V Superman est un film extrêmement vexant, parce qu'il a tellement peur qu'on ne comprenne pas les références bibliques et arthuriennes qu'il les martèle ad nauseam, ralentissant inutilement le rythme, de manière à ce qu'il soit vraiment impossible de les louper. Alors, forcément, on a pas envie de se poser la question de ce qu'il vaut, indépendamment de cette lourdeur fatale au plaisir de visionnage. D'ailleurs, à la base, je comptais bien m'en tenir là, mais le débat avec Al à la sortie de la séance a tout de même fait jaillir des réflexions supplémentaires. 

L'essentiel du déplaisir que j'ai pu éprouver devant Batman V Superman vient de ce sentiment de vexation dû au fait de me faire sur-expliquer la symbolique. Que reste-t-il, une fois mon orgueil dans la poche ? 

En fait, il reste à se poser deux questions. Premièrement, la question du film, en tant que film, en tant qu'histoire, indépendamment du fait d'être Batman V Superman. Deuxièmement, la question de Batman et Superman. 

Concernant le premier point, comme j'ai dit, la surabondance et la surexposition des symboles faciles font que le rythme est inutilement lent. Elles font aussi que le temps passé à cette surabondance et à cette surexposition n'est pas passé à mettre en place les enjeux de l'intrigue, ce qui fait qu'on se retrouve à se demander ce qui a pu amener Lex Luthor à penser qu'un gars qui se déguise en Chauve-Souris pour tabasser les petits criminels de seconde zone est un adversaire crédible pour l'extraterrestre surpuissant qui a à moitié détruit Métropolis deux ans auparavant. On se demande également pourquoi Clark Kent se montre-t-il si apathique face aux dommages collatéraux causés par ses interventions, ou aux accusations qu'on lui porte d'être au dessus des lois. 

L'histoire est sans surprise, même un peu en dessous du minimum syndical qu'on attendait. Un méchant qui essaye de pousser deux héros à s'affronter, normalement, ça fait une bonne histoire. Mais ici, malheureusement, le méchant n'est pas très intelligent, malgré ce qu'il raconte. 

En tout cas, il ne lui vient pas à l'idée que, sur les deux hommes qu'il veut faire s'affronter, il y en a un des deux qui est superpuissant, et serait, s'il en prenait la peine, parfaitement capable d'immobiliser l'autre le temps de lui dire "attends, je t'explique, si je t'attaque, c'est parce qu'on a enlevé ma mère et qu'on menace de la tuer si je te tue pas". Non, le fait que Batman soit armé de balles à la Kryptonite ne compte pas, Superman a eu mille fois le temps de lui faire ce discours avant d'arriver au stade de la balle. Enlever la mère de Superman pour l'obliger à attaquer Batman, ça devrait être le plan B, appliqué une fois l'échec du plan A, qui consisterait à convaincre Superman que Batman est dangereux et doit être éliminé, au même titre que Batman a été convaincu que Superman est dangereux et doit être éliminé. 

Bon, après, ce plan A avait quand même été amorcé. On voit effectivement Clark Kent recevoir des lettres anonymes l'incitant à dénoncer les actions de Batman dans ses articles. Je suppose qu'on est censé comprendre la scène ou Superman détruit la Batmobile comme l'échec de ce plan A, le moment ou Superman a bien été convaincu que Batman est dangereux, mais décide de se contenter de bousiller sa voiture. Admettons cela. Admettons également que même si le complot contre Superman, consistant à lui faire porter la chapeau pour des crimes commis aux fusil et à la bombe ALORS QU'IL EST SUPERPUISSANT ET A UNE VISION THERMIQUE, LES GARS, S'IL VOULAIT VRAIMENT ATOMISER LE PALAIS DE JUSTICE, C'EST PAS A LA BOMBE QU'IL LE FERAIT, même si ce complot, donc, est un peu crétin, le fait que ça soit efficace sur Bruce Wayne n'a rien d'irréaliste, celui-ci ayant été campé comme profondément névrosé (et probablement shooté, vu les interminables séquences d'hallucinations qu'il se tape pendant tout le film). 

Le souci, c'est que, ces deux détails qui trouvent leur justification quand on y réfléchit, on a besoin d'y réfléchir a posteriori pour les justifier, et encore, on est pas complètement sûr d'avoir raison dans cette justification. La mise en scène aurait dû se charger de confirmer que Lex Luthor comptait que Superman tue Batman lors de leur premier affrontement, perdant ainsi les faveurs du public, et que, constatant que ce n'est pas ce qui s'est passé, il s'est rabattu vers le plan classique de la prise d'otage. Ce n'est pas le cas, et ça manque. 

En fait, la mise en scène est le principal problème. Et là, je ne parle plus seulement des symboles archi-lourds dignes d'un vidéoclip de Madonna. Je parle des dialogues, qui sont mauvais, des informations mises en avant et celles mises en arrière, qui sont mal choisies. Et bien sûr, comme c'est toujours Zack Snyder, les idées véhiculées qui, si aucune n'est aussi offensante que l'apologie du génocide par Jor-El dans Man of Steel, ne sont pas toujours très nettes. Aucune emphase n'est mise sur le moment où chacun des deux héros est prêt à se résigner à tuer l'autre. En fait, la question ne se pose pas du tout. Tuer pour le bien est un droit légitime pour un héros. Batman a le droit de tuer Superman s'il se révèle dangereux pour l'humanité. Superman a le droit de tuer Batman pour sauver la vie de sa mère. Aucun sentiment de culpabilité à l'idée de ce meurtre ne les effleure. Mais bon, je reviendrai sur cette question lorsque je parlerai de ce que vaut ce film en tant que Batman V Superman. Attardons-nous encore un peu sur la question de ce qu'il vaut en tant que film. 

Comme j'ai dit, le film m'a vexée au point que j'étais mal disposée et que je n'avais pas envie de voir ce qu'il peut avoir de bien à proposer. Mais en réalité, en creusant, on peut toujours trouver des points positifs à relever. Comme dans Man of Steel, le personnage de Lois Lane est toujours très bon. En fait, c'est elle, le vrai Superman de cette série Superman. C'est elle qui se pose la question du modèle, du bien, du mal, des responsabilités, qui essaye vainement d'amener le héros à se poser les questions qu'il devrait se poser. 

Celui de Wonder Woman est encore très évanescent, mais je dois avouer que son introduction dans le film a été parfaitement bien gérée, de la façon dont il fallait, c’est-à-dire en l'intégrant à l'intrigue d'un des deux héros (celle de Batman) et en attendant la fin du film pour lui faire enfiler le costume. Et je suis TRES fan de son thème musical. 

C'est amusant de voir Jeremy Irons en Alfred, et Ben Affleck est un bon acteur, même si on ne lui écrit en général que des mauvais rôles. Quant à l'imagerie biblique et arthurienne, même si elle est lourdingue, je ne dirais pas qu'elle est moche. En un peu plus subtile, j'aurais sans doute pu l'apprécier. 

Bref, voilà tout ce que j'ai à dire du film en tant que film. 

Et en tant que film Batman et Superman ? 

Bon, déjà, petit problème, je tiens beaucoup plus à Batman, au Batman qui ne tue pas, encore moins avec un flingue, que je ne tiens au Superman bienveillant, empathique, désireux d'aider et très inquiet à l’idée de ne pas être à la hauteur. Je peux plus facilement pardonner à Man of Steel de ne pas être mon Superman qu’à Batman V Superman de ne pas être mon Batman, et Batman v Superman fait LE truc qui ne peut que rebuter les fans du Batman que je conçois. Car Batman tue. Plus exactement, il marque ses ennemis au fer rouge, ce qui est déjà pas terrible pour l’emblème de justice qu’il est censé être, mais il le fait en sachant qu’une fois en prison, les porteurs de la marque se font assassiner par leurco-détenus. Bref, il tue. A la décharge du film, cette histoire de condamner les criminels à se faire assassiner en prison est présentée comme quelque chose de vaguement négatif et Bruce Wayne se fait légèrement remonter les bretelles pour ça par Alfred. Toujours à la décharge du film, le Batman qui fait ça a été rendu fou par deux ans de harcèlement moral par Lex Luthor. Toujours est-il que je ne trouverai pas dans cette continuité l’ambition de vertu que je cherche dans DC.  En tout cas, ici, la vertu, ce n’est pas d’être juste, c’est d’être humble devant Dieu. 

Outre qu’il n’est pas vertueux comme je voudrais qu’il soit, il n’est pas badass non plus. Tout le potentiel badasserie du film à été réservé à Wonder Woman et Ben Affleck manque furieusement de scène d’acrobatise à la Orlando Bloom. 

Attention, ce constat ne m’empêche pas d’apprécier l’empathie dont il fait preuve avec ses employés durant le 11 sept… la bataille contre Zod. (Bon, n'empêche qu'il embauche vraiment les pires crétins du monde : incapables d'évacuer l'immeuble avant que leur patron ne le leur ordonne) Ou de trouver original de le montrer enquêtant dans sa tenue de Bruce Wayne plutôt que dans ça tenue de Batman. Mais j’ai du mal à avoir de l’empathie pour lui, primaire et névrosé comme il est. Encore une fois, il y a une raison scénaristique que à ça. Je n’aime pas, c’est tout  

 

De Superman, on relèvera avant tout son apathie. Accusés d'avoir causé la mort de plusieurs personnes, et se voyant reprocher les dommages collatéraux de son combat contre Zod, il ne manifeste que de l'indifférence. Il attend qu'on le convoque pour daigner venir expliquer sa version des choses. Indépendamment du fait que ce soit Superman, moi, perso, si j'avais le monde entier à dos, ça me tracasserait quand même un peu. Est-ce que, ainsi qu'on l'en accuse, il se considère au dessus des lois parce qu'il sait qu'on ne pourra jamais l'arrêter ? Voyons, le superman de Man of Steel se laissait menotter humblement pour prouver sa bonne volonté. Il aura changé à ce point en deux ans ? 

Lex Luthor... Bon, Lex Luthor est un gamin dépressif et hystérique qui a beaucoup de chance que les héros daignent être crétins au moment où il en a besoin pour que son plan marche, et passe le film à déblatérer sur un ton fiévreux des délires convenus sur Dieu et sa malveillance, ce qui prouve bien qu'il est méchant. Il n'impressionne ni par son charisme, ni par son génie. Pour autant, le personnage n'est pas raté, il offre un minimum syndical convenable pour être un méchant crédible. 

Reste Wonder Woman. Comme on l'a dit, elle est encore très évanescente, mais le peu qui est dit d'elle s'annonce intéressant. 

Que conclure, donc ? 

Batman V Superman ne met en scène ni le Superman ni le Batman que j'apprécie. C'est dommage pour moi, mais je peux comprendre que ça ne constitue pas un défaut dans l'absolu. Le souci, c'est que même si on passe outre cette question d'adaptation, il restera que le film est très long à cause de scènes qui n'étaient pas nécessaires, pendant que des scènes qui seraient nécessaires pour faire vivre la situation brillent par leur absence. Il restera que les visuels sont malgré tout beaux, lourds mais beaux, que le personnage principal n'est pas très cohérent avec ce qu'il a été dans le film précédent, que les autres ne font pas grand-chose de très admirable ou fascinant durant le film. Que personne n'y fait l'apologie du génocide, mais que tuer, ça peut aller, du moment qu'on ne tue que les criminels. Que le thème de Wonder Woman est trop badass. Et que le film est vexant. 

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 09:36

Il était une fois, un pays appelé l'Estonie.

Bon, le hasard veut que dans le monde réel, il y ait réellement un pays qui s'appelle l'Estonie, mais celui-là est peuplé d'animaux pensants, d'australopithèques qui élèvent des poux de la taille d'un daim et d'hommes des bois à moitié serpent, qui ont des crocs à venin dans la bouche, qui vivent de chasse et de cueillette, chevauchent des louves dont ils traient le lait pour nourrir leurs enfants et repoussent les envahisseurs grâce à l'invocation d'une créature mythique appelée la Salamandre.

Il était une fois, donc, un pays appelé l'Estonie, où les hommes vivaient heureux, grâce à leur maîtrise du langage des serpents, les maîtres de la forêt. Ce langage, que tous les animaux pensants apprennent à parler, et auquel la plupart des animaux non-pensants sont obligés de se soumettre, leur permettaient de se faire obéir de toute la nature et d'avoir toujours de la nourriture à leur portée. Evidemment, il était difficile de le maîtriser, il fallait l'apprendre très jeune, quand la langue était agile.

Les allemands vinrent à passer par là, des envahisseurs en tuniques de tissu et armures de fer qui vivaient de l'agriculture, et vénéraient un Dieu unique dont le fils s'appelait Jésus. Plusieurs fois, la Salamandre les repoussa, mais ils revinrent et revinrent encore. Et à force de revenir, ils se mirent à fasciner les estoniens, qui commencèrent à quitter leur forêt pour construire des villages, cultiver la terre, et vénérer Jésus, oubliant leur culture, leurs traditions, et la langue des serpents qui leur était si utile jusqu'alors.

De moins en moins d'Estoniens restaient vivre en forêt, et bientôt il n'y en eut plus assez pour invoquer la Salamandre. A ce moment-là, les allemands n'eurent plus qu'à revenir et faire leur le territoire.

Dans la forêt maintenant presque vide naît un jeune garçon, Leemet, le dernier garçon né dans sa tribu, le dernier héritier à apprendre la langue des serpents.

Avec un pitch pareil, on pourrait s'attendre à un récit très manichéen, avec les méchants progressistes contre les gentils conservateurs (ce qui est fréquent dans la fiction quand le camp des conservateurs est aussi le camp de ceux qui vivent en communion avec la nature). Mais il n'en est rien. Du côté des traditions, il y a ceux qui perdent tout sens des réalités à force de s'y accrocher, se détruisant et détruisant tout ce qui les entoure dans leur refus du changement. Il y a ceux qui veulent retourner en arrière, mais respectent le choix des autres d'évoluer, et puis, qui, sur certains points, font quand même de la recherche. Il y a ceux qui aiment bien les traditions, mais trouvent que tout n'est pas à jeter dans la culture allemande, et qu'une bonne coupe de vin rouge, c'est quand même meilleur que l'alcool de champignon. Il y a ceux qui essayent d'aller vivre au village, parce qu'il faut bien vivre avec son temps, parce qu'il faut bien admettre quand une époque est finie, et qui se rendent bien compte qu'avec la meilleure volonté du monde, ils n'y arrivent pas, qu'ils veulent vivre selon leur tradition. Il y a ceux qui, perdus pour perdus, ont décidé, avant de mourir, de massacrer autant d'envahisseurs qu'ils pouvaient, par vengeance, par bravade, ou pour qu'on se souvienne d'eux.

Parmi les progressistes, il y a ceux qui ont perdu tout le savoir de leurs ancêtres, ne comprennent plus rien au monde qui les entoure, et qui apprécient leur nouveau mode de vie pour des raisons toutes plus absurdes les unes que les autres, et vont même jusqu'à tuer leurs anciens amis pour défendre ce mode de vie dont ils ne sont même pas capables de dire de façon pertinente pourquoi il est enviable. Et puis il y a celle qui, n'ayant jamais connu que ce mode de vie là, sent d'instinct que toutes les réponses n'y sont pas, et souhaite que son enfant se voie enseigner le savoir détenu par le héros. Bon, il n'y a pas celui qui est du côté du progrès pour d'excellentes raisons, et qui, même s'il ne renie pas les enseignements du passé, se tourne vers une nouvelle culture pour acquérir un nouveau savoir, tout aussi digne d'intérêt. Mais, comme j'ai dit précédemment, le récit a quand même pris la peine de préciser que les allemands savent faire du bon vin rouge. C'est déjà ça.

Toutes considérations idéologiques mises à part, c'est un récit qui se lit d'une traite. Le style est simple, moderne, c'est même parfois assez perturbant d'entendre un jeune moine chrétien qui parle comme un djeunz d'aujourd'hui. Le récit est bien rythmé, sans un seul temps mort, peut-être même qu'il manque un peu de temps morts, vu la rapidité avec laquelle les événements s'enchainent parfois. L'histoire est captivante, drôle, triste, passionnante.

Un seul petit problème, je ne suis pas estonienne. Pas que ça m'empêche de suivre le propos, mais fréquemment, on tombe sur une expression, une tournure de phrase dont on sent qu'elle a été mise là comme référence à quelque chose, et que ce quelque chose, le lecteur français ne le connait pas. Il y a quelque chose d'un peu privé, dans ce récit, et il faut savoir passer outre. Ce détail accepté, le livre n'est que du bonheur.

 

Merci à mon Frangin pour ce superbe cadeau de Noël.

 

 

 

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 10:32

Mune, le gardien de la lune, est un film destiné aux enfants. Avant toute chose, il faut bien garder ça en tête. Les enfants ne réclament pas que leurs films aient une double lecture, ou que les personnages soient profonds et complexes, que leurs relations soient rendues crédibles par des scènes d’interaction touchantes, que l’humour soit original et fin, et qu’il y ait une réflexion à développer autour des thèmes abordés. Non. Les enfants exigent qu’on leur raconte une histoire et qu’on la leur raconte bien.

 

Pour ce qui est de bien raconter, il n’y a vraiment rien à redire sur la forme. C’est superbe. Les visuels sont sublimes, et la musique ne l’est pas moins, Bruno Coulais oblige. Pour ressortir de la salle de cinéma avec des couleurs plein la tête et des étoiles plein les yeux, c’est le film idéal. Et c’est une nostalgique de l’animation 2D classique qui vous parle. C’est rare que les images de synthèse me parlent. Mais les images de synthèse de Mune sont exceptionnellement vivantes, exceptionnellement touchantes. Et surtout, elles ne sont pas toutes seules. Le génie de ce film, c’est d’incruster des scènes en images de synthèse dans un décor en aquarelle qui donne un aspect chaleureux et onirique au film. Et je ne parle pas des séquences en 2D, car il y en a, sublimes elles aussi, comme tout le reste.

Bref, une forme impeccable. Mais pour quel fond ? Oh, pas un mauvais fond, je vous rassure. L’histoire n’est pas mauvaise. Elle est juste… Simple… Extrêmement simple. En fait, elle est aussi simple qu’elle pouvait se permettre de l’être avant de devenir mauvaise. Juste un poil de simplicité en plus et elle devenait carrément médiocre. C’était pourtant une histoire qui avait du potentiel. En fait, les fans d’Oban Star-Racers ne manqueront pas de remarquer les étranges similitudes entre le passé des anciens gardiens de la lune et du soleil, et le passé des anciens Avatars dans Oban. Hommage ou hasard ? Peut importe. Oban Star-Racers est une bonne histoire, et rien que le fait de pouvoir faire une comparaison entre Mune et Oban Star-Racers montre à quels sommets aurait pu aller l’histoire de Mune.

Mais ces sommets, l’histoire ne les atteint pas. Pire, l’histoire n’essaye même pas de les atteindre. On se contente du service minimum. C’est pour les enfants, donc on peut s’en contenter. Nous avons un héros, Mune, qui, apparemment, n’est pas bien intégré à sa communauté. Plus exactement, il commence le film en se faisant punir parce qu’il a perturbé le déroulement d’une cérémonie très solennelle en jouant un peu trop bruyamment avec son animal de compagnie. Un membre de sa famille, dont on apprendra bien plus tard dans le film qu’il s’agit de son père, le ramène chez lui en le tirant par l’oreille et en lui expliquant qu’il faut qu’il apprenne à se rendre utile. A quoi Mune répond « Mais je suis utile !». Et il le prouve en utilisant son don pour faire faire de beaux rêves aux gens sur sa petite sœur qui dormait à côté. Parce que oui, apparemment, son peuple est responsable des rêves. En quoi son talent à lui est particulier par rapport à celui de ses congénères ? On ne sait pas. En quoi la manière dont il l’utilise déplait assez à ses congénères pour qu’ils l’accusent de ne pas être utile ? On ne sait pas. Est-ce que ça empêche pour autant d’entrer dans le film et de suivre ce qui se passe ? Non. On a compris la situation. On voit à peu près le problème, même si on n’a pas les détails. Et le gamin qui est à côté de nous, il ne les réclame pas, les détails, il peut très bien adhérer à l’intrigue sans qu’on lui donne plus d’explications. Est-ce pour autant qu’il fallait faire l’économie de ces détails, qui auraient donné plus d’intérêt et de réalité au drame personnel du héros rejeté par sa communauté ? Sachant qu’à côté le film n’est pas radin pour ce qui est d’émerveiller avec de beaux visuels, cette parcimonie est frustrante.

De l’autre côté de la forêt, dans une forge, nous avons Omar Sy, bonhomme feu et crétin. Non, rien de plus à dire sur ce personnage. Il est un bonhomme feu, il est doublé par Omar Sy, et c’est un crétin. Bon, nous connaissons nos classiques, nous savons que ce crétin va soit finir humilié et roulé dans la boue, soit devenir sage grâce au contact bénéfique du héros.

Dernier protagoniste à présenter, Cire, qui comme son nom l’indique, est faite en cire, ce qui fait que la chaleur la fait fondre et que le froid la fige. Comme elle est obligée de rester chez elle à longueur de temps, elle est devenue une vraie geekette en matière d’astronomie, et a accumulé un savoir encyclopédique sur la façon dont fonctionnent la lune et le soleil dans ce monde. On s’attend donc à ce que ce savoir encyclopédique soit très utile aux héros par la suite. Spoiler, ça ne servira pas une seule fois : elle en parle beaucoup, mais les informations qu’elle donne ne sont utilisées par les héros en aucune manière. Mais ça me permet au moins d’en dire davantage sur le personnage de Cire que je ne peux en dire sur les deux autres réunis : elle est passionnée par l’astronomie, elle est volontaire, elle est avide de connaissances, et elle sait utiliser ses connaissances pour pouvoir partir à l’aventure malgré sa condition fragile (voir le savant jeu de miroirs qu’elle installe chez elle pour être dégelée par le soleil avant son père et s’éclipser sans avoir de problèmes).

Maintenant que nous les avons présentés tous les trois, venons-en à l’enjeu. Nous sommes sur une planète sans source de lumière naturelle. Le soleil est une grosse boule de Magma qui a été pêchée au harpon dans l’espace par le premier gardien du soleil, enchainé, et trainé comme un ballon d’hélium le long de la surface du globe par un golem de pierre géant, qui ne peut pas se piloter tout seul. Le rôle du Gardien du Soleil, choisi tous les 250 ans (suis plus sûre de la date) est de piloter ce golem. La lune est un bloc de cristal qui a été ramené du monde des rêves, attaché à un fil d’araignée, et qui est trainé comme un ballon d’hélium le long de la surface du globe par un… Heu… Ecoutez, ça ressemble vaguement à une autruche-paon-kangourou ou un dromadaire avec une tête d’oiseau à l’envers, mais ce n’est jamais appelé que « le temple de la lune ». Me demandez pas plus. Bref, le temple de la lune ne peut pas, lui non plus, se piloter tout seul, donc un Gardien de la Lune est, lui aussi, choisi tous les 250 ans. Et il se trouve que le jour où on doit nommer les nouveaux gardiens de la lune et du soleil, c’est précisément aujourd’hui.

Etre gardien du soleil ne doit pas exiger de compétences extraordinaires, parce que la seule épreuve que le candidat au poste a à subir, c’est recevoir en pleine poire un rayon de la mort sans brûler. Omar Sy étant un bonhomme feu, il décroche le job sans le moindre problème. Eclairer la nuit, visiblement, c’est une plus grande responsabilité, parce que l’épreuve consiste à plaire à un mouton-cerf qui est suffisamment sage pour lire dans les cœurs des candidats et déterminer s’ils sont aptes à tenir le poste ou pas. Et, à la surprise générale, au lieu de choisir le candidat attendu (qui a la tête du grand vizir Jafar, la voix du grand vizir Jafar, et la taille du grand vizir Jafar, comment diable pourrait-il être indigne de confiance ?), le mouton choisit Mune.

Et voilà notre pauvre héros obligé de PILOTER UNE AUTRUCHE PAON KANGOUROU DONT ON LUI A MEME PAS LAISSE LE MODE D’EMPLOI ! Evidemment, il commence par avoir du mal à maîtriser l’engin. Evidemment, ça fout du bordel. Evidemment, Omar Sy descend de son golem pour aller mettre bon ordre à tout ça. Evidemment, des diablotins en profitent pour voler le soleil…

Voilà pour le pitch. On est d’accord, c’est assez sympa, et ça promet. On veut voir maintenant Mune découvrir qu’il a en fait toutes les compétences pour être gardien de la lune, Omar Sy réaliser qu’il ne suffit pas d’être balèze pour être un bon gardien du soleil, et Cire comprendre que mieux vaut un petit ami pas musclé et gentil qu’un petit ami musclé et crétin.

Petit problème, déjà : Cire étant ce qu’elle est, c'est-à-dire exceptionnellement intelligente, il ne lui faut pas deux minutes de conversation avec les deux gardiens pour tirer cette conclusion. Bon, j’aurais sûrement beaucoup apprécié si, par contre, l’évolution de ses sentiments vis-à-vis de Mune, ou de Mune vis-à-vis d’elle s’était faite de manière romantique et émouvante, mais non, nous avons dit service minimum, du coup, même si leur relation est crédible du fait qu’ils ont été campés comme étant faits l’un pour l’autre, la façon dont ils tombent amoureux est rapide et laisse sur leur faim les fleurs bleues comme moi.

Deuxième problème : non, il n’y aura ni punition, ni rédemption, pour Omar Sy. Crétin il est, crétin il restera. Son personnage servira d’abord à être une blague. Du coup, il ne remarquera pas les mille et un petits détails qui prouvent que l’aide de Mune pourrait lui être utile. Il faudra un deus ex machina pour lui expliquer que l’alliance des gardiens est une nécessité, et qu’il doit accepter de s’associer avec Mune. Comme, en bon crétin, il n’est pas contrariant, il le fait aussitôt. Là aussi, c’est parfaitement crédible, et ça a le mérite de laisser Omar Sy être cohérent du début jusqu’à la fin. Mais ça n’apporte pas la satisfaction qu’apporte la naissance d’une belle amitié.

Troisième problème : on ne saura jamais vraiment ce qui fait de Mune un bon gardien de la lune. Bon, on sait qu’il est gentil, qu’il est astucieux, qu’il est loyal, et qu’il est courageux. Mais, ce qui lui permet de sauver la situation, ce n’est aucune de ces caractéristiques. Ce qui lui permet de sauver la situation, c’est sa capacité à donner de beaux rêves aux gens, capacité qui, si j’ai bien compris, est commune à tout son peuple (et si elle ne l’est pas, ça aurait été bien d’insister davantage dessus). C’est sur cette capacité-là qu’on s’attarde et qu’on met de l’emphase, non sur la gentillesse qui le pousse à utiliser cette capacité à bon escient. Toujours pareil : crédible, cohérent, mais encore une fois, service minimum.

Cette histoire n’est pas mauvaise, elle n’est pas illogique, elle n’est pas incohérente, et bon, on prend plaisir à la suivre. Seulement, cette histoire est racontée au moyen d’images de synthèse incrustées dans des décors aquarelle sur fond de musique de Bruno Coulais. On y croise des Paon-Autruche-Kangourous, des golems de lave, des golems de pierre, des pieuvres et des poissons volants et phosphorescents, et c’est une histoire survolée, qu’on n’a pas réfléchie plus qu’il n’était nécessaire, qu’on n’a pas pris la peine de réfléchir plus qu’il n’était nécessaire, trop occupés qu’on était à investir son énergie dans les autres aspects du film. C’est frustrant.

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 18:23

Alex Tanguy est un policier de film d’action, qui se sort des situations délicates en faisant usage de ses poings, de ses réflexes et de son exceptionnelle astuce. L’ennui, c’est que dans la vraie vie, ce genre de méthode s’emploie rarement sans dommages collatéraux.

Alors, heureusement, notre Alex Tanguy est un homme habile, ce qui fait que quand il se lance dans une cascade spectaculaire pour arrêter un criminel, en général, il n’y a pas de blessés. En revanche, il y a toujours des dégâts matériels. Or, les dégâts matériels, ça fait de la paperasse à remplir, et ça, le chef de la police, qui dans cette histoire ne brille ni par sa patience ni par sa clairvoyance, en a marre.

Tanguy est donc mis à pied et consigné à la surveillance du port, juste au moment où PAR PUR HASARD un supervilain au visage défiguré (doublé par Jean-Pierre Marielle, qui cabotine à mort, et on adore pour ça), y a établi son quartier général.

Autant dire que le soir où ledit supervilain prend en otage l’Amérique tout entière en s’emparant du réseau informatique de la ville de New-York, Alex Tanguy se trouve PAR PUR HASARD au bon endroit pour découvrir sa planque. Hélas, trois fois hélas, la confrontation se passe mal, et les bandits laissent Alex pour mort derrière eux. Bon, rassurez-vous, c’est le héros, alors il peut pas mourir. Il en est quitte pour une jambe cassée et un coma profond, ce qui fait qu’il se retrouve à se balader hors de son corps dans les couloirs de l’hôpital, sans trop comprendre ce qui lui arrive, pourquoi il passe à travers les murs et les gens, et pourquoi personne ne l’entend. Le fantôme d’un jeune garçon l’aborde et lui explique qu’il est dans le coma hors de son corps, que c’est pour ça que personne ne peut le voir ni l’entendre, et, vite fait bien fait, il le ramène à sa chambre, ce qui lui permet de se réveiller.

Le garçon en question, c’est Léo, qui se bat, quelques étages plus haut, contre un cancer. Depuis le début de sa maladie, Léo a gagné le pouvoir de la projection astrale, et s’en sert d’une part pour aller voir comment se sent sa famille pendant qu’il est à l’hôpital, d’autre part pour ramener les âmes des personnes dans le coma dans leur corps, leur évitant ainsi la mort, comme il l’a fait avec Alex. D’habitude, les personnes ainsi sauvées ne gardent aucun souvenir de cette expérience. Mais Alex est trop un Gary Stu. Lui, il s’en souvient.

Etant donné l’esthétique du dessin et l’origine du superpouvoir, Al et moi, on craignait que le thème de l’enfant malade prenne le pas sur l’aspect super-héroïque de l’histoire. Ce n’est pas le cas, c’est même la maladie de l’enfant qui est peut-être trop peu évoquée. L’action est au rendez-vous, et l’humour aussi, sans aller jusqu’à la parodie, mais assez pour jouer avec les clichés du genre. Evidemment, c’est davantage une intrigue policière, il y a plus de scènes d’investigation que de bagarre, la nature du superpouvoir en jeu l’imposant. On notera une certaine ressemblance avec « Fenêtre sur Cour » d’Hitchcock, Alex passant la totalité du film dans un fauteuil roulant et la jambe plâtrée, obligé d’envoyer son Love Interest enquêter pour lui parce que son supérieur hiérarchique refuse de l’écouter quand il dit avoir trouvé la planque du supervilain.

Mais le truc en plus de ce film, c’est quand même son dessin. Pas du tout le style qu’on utilise pour parler de super-héros d’habitude, mais exactement celui qu’il fallait pour parler d’âmes de comateux qui sortent de leurs corps et de deus ex machina, de supervilains à tête de tableau de Picasso, et de Yorkshire plus dangereux qu’un tigre.

Ajoutons à ça que les dialogues sont très bons. Après, il y a le doublage. On a confié les rôles principaux à plusieurs grands noms du cinéma français. Le souci est tout de même qu’acteur et comédien de doublage, ce n’est pas exactement le même métier, et que ça donne un sentiment d’étrangeté de voir des personnages de dessin animé parler comme des acteurs de cinéma, sans l’emphase qui est propre aux dessin animés, d’habitude. Comme j’ai dit, Marielle cabotine à mort dans le rôle du supervilain, mais le résultat est plutôt plaisant. Pour Audrey Tautou, l’effet est parfois moins réussi, d’autant plus qu’on la reconnaît et que, si on a l’habitude de voir ses films, on imagine sans peine l’expression de visage qu’elle aurait eu avec ce ton-là. Dur, dans ces circonstances, de rester concentré sur le dessin qui est là, à sa place. Ajoutons à cela, que, soit parce que c’est un dessin animé et qu’un dessin animé, c’est censé être pour les enfants, soit parce qu’on ne peut pas s’empêcher de le faire quand on fait du doublage sans en avoir l’habitude, l’ensemble du casting adopte une diction un peu étrange, du genre de celle qu’on prend pour s’adresser à une classe de maternelle dont on veut être sûr de capter l’attention. Or, entre le registre langagier, le thème de l’histoire et les moments contemplatifs destinés à nous faire profiter du dessin, ce film n’est pas forcément approprié pour un très jeune public.

Quoi qu’il en soit, toutes ces étrangetés n’enlèvent rien au plaisir, peut-être même qu’elles participent à l’expérience, en donnant un piment particulier au visionnage. Ne manquez pas ce petit bijou. Surtout qu’il ne restera probablement pas très longtemps dans les salles.

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 09:45

Le moins qu’on puisse dire, c’est que j’avais attendu ce film avec impatience. En fait, depuis les premières bandes annonce, j’avais planifié de le voir IM-PE-RA-TI-VE-MENT. Dans mon attente, cependant, je m’étais préparée à ce que, en tant que grande amoureuse de Saint Exupéry, je sois profondément choquée par le manque de respect de son état d’esprit.

Et, comme chaque fois que je me prépare à une éventualité, c’est autre chose qui s’est produit.

Par quoi commencer ?

Comme le présageait la bande annonce, le film n’est pas une adaptation du livre « Le petit prince ». C’est l’histoire d’une petite fille à qui on a appris très jeune à se conduire en adulte responsable, et à être un bon parent pour sa mère, à qui un vieil aviateur va donner le goût de l’enfance en lui racontant une histoire qu’il a écrite et dessinée, et qui se trouve être l’histoire du petit prince.

Comme le présageait la bande annonce, les passages en stop motion qui narrent l’histoire du petit prince sont magnifiques. Les passages en images de synthèse racontant l’histoire de la lectrice et du conteur le sont beaucoup moins, mais très sincèrement, j’ai vu pire en matière d’images de synthèse (Frozen, c’est toi que je regarde).

Comme ne le présageait pas la bande annonce, toute la partie adaptation est parfaitement réussie, à quelques détails près, des passages que j’estime très importants qui ont été zappés ou raccourcis, mais dont, à chaque fois, je peux comprendre en quoi ils ne servaient pas le propos du film, qui est de savoir comment cette histoire-là, celle du petit prince, va apporter quelque chose à la petite fille, dont le problème est qu’on l’a obligée à grandir trop vite. En tout cas, l’essentiel de l’état d’esprit que j’ai trouvé dans le livre, je l’ai trouvé dans le film, j’ai même eu l’occasion de repérer quelques clins d’oeil amusants (la plaque d’immatriculation sur la voiture de l’aviateur indique « ST EX », par exemple).

Comme ne permettait pas de le déterminer la bande annonce, l’histoire de cette petite fille est superbe, superbement menée, intelligente, profonde, émouvante (prévoir avant d’y aller un important stock de mouchoirs), et, bien qu’elle reste malgré tout une histoire un peu complexe racontée à des enfants, et qu’elle doive, pour le coup, sur-expliquer son propos d’une manière peut-être un peu trop  lourde pour les adultes qui regardent, elle évite intelligemment le manichéisme. Les figures cadavériques du jury et la frilosité excessive des voisins du quartier sont certes des caricatures, mais ils le sont au même titre que des éléments de décor dans un spectacle de marionnettes. Le principal antagoniste, la mère de la petite fille, n’est pas présenté comme un personnage méchant ou bête, juste comme la victime d’une situation dont elle a fini par se faire complice sans s’en rendre compte. Il n’y aura pas de scène de prise de conscience ou de repentir de sa part, mais, comme pour les passages du Petit Prince raccourcis ou zappé, on comprend pourquoi : parce que ce n’est pas ça le sujet du film. Le sujet du film, c’est ce que la petite fille, déjà parfaitement au courant de comment fonctionne le monde des adultes et comment s’y adapter,  apprend sur la vie, et sur la manière de se préserver un espace personnel dans ce monde hostile.

Bref, une expérience merveilleuse à tout point de vue?

Ben… Pas complètement en ce qui me concerne.

Attention, le film est malgré tout une parfaite réussite par rapport à ce que ses auteurs avaient pour objectif.

Une chose m’a déplu, mais il ne s’agit pas d’un défaut technique du film, il s’agit d’un parti pris auquel je n’adhère pas. Cette chose, c’est le dernier quart d’heure du film.

Je fais partie de ces gens à qui la fin du petit prince ne pose pas de problème. S’agissant de fiction, et tant que l’auteur n’a pas introduit dans son récit d’éléments contradictoires, je tiens son interprétation pour vérité. Si St Ex me dit que seul le corps du petit prince meurt à la fin, et que cette mort est en fait une fausse mort qui lui permet de rejoindre sa planète, je le crois. S’il va même jusqu’à pousser sa conviction jusqu’à s’inquiéter d’avoir bien mis une lanière de cuir à la muselière du mouton pour l’empêcher de manger la rose, je le crois encore plus. Bref, pour moi il n’y a pas d’ambiguïté possible, pas d’inquiétude à avoir. Quand le corps du petit prince meurt, mordu par le serpent, à la fin de l’histoire, le petit prince ne meurt pas, il rente chez lui, et il retrouve sa rose.

Mais tout le monde n’a pas ma foi, le scénariste du film ne l’a sans doute pas, et la petite fille ne l’a pas. Elle réagit très mal à la fin de l’histoire. L’aviateur, et c’est bien là le seul élément du film qui me paraît un peu raté, ne défend pas sa fin très habilement, et ne lui dit rien de rassurant. Bref, comme le font souvent les lecteurs qui ne sont pas satisfaits de la fin d’une histoire, la petite fille va imaginer une suite, qui puisse être la fin dont elle a besoin. Sauf, qu’à ce stade-là de son histoire personnelle (je ne donne pas de détail sur ce qui l’inspire pour préserver quand même un peu le suspense), la suite et fin dont elle a besoin est… Comment dire… Absolument glauque. Exactement la suite et fin que j’aurais eu besoin de ne PAS voir au Petit Prince. (Là non plus, je ne peux pas donner de détail, mais rappelez-vous le film qui a suivi la série FMA 2003, et dont le propos était en gros « ah, t’as pas aimé notre fin ? Attends, on va t’en faire une encore plus déprimante »)

Le plus terrible est que toute cette dernière partie, est à l’image du reste, magnifiquement mise en scène, profonde, intelligente… Et sinistre. Affreusement sinistre. Délibérément sinistre. Alors que j’avais reçu le livre, et par conséquent le reste du film, comme un message d’espoir que la fanfiction imaginée par la petite fille dans la dernière partie du film vient contredire sur tous les points. Bien sûr, comme le reste du film a été en parfait accord avec ma façon de penser et d’aimer le livre, je ne peux pas me protéger du message de la fin, qui est, en gros, « toutes les promesses que le récit du petit prince t’a faites avant, c’est du Bullshit. La vie, c’est noir, et en plus, on en meurt ». J’ai du mal à comprendre qu’on puisse concilier un amour du livre assez fort pour l’avoir adapté de manière parfaite dans la première partie du film, et un besoin aussi viscéral de détruire tout le message que ce livre véhicule.

Mais, encore une fois, il ne s’agit pas d’un défaut du film. Il s’agit d’un parti pris auquel je n’adhère pas, et dont je préfère prévenir les spectateurs du film, histoire qu’ils tombent de moins haut que moi quand ils en seront à cette partie.

Heureusement pour moi, comme je l’ai dit au début, le propos du film n’est pas de raconter l’histoire du petit prince, mais celle de la petite fille. Et la conclusion de l’histoire de la petite fille est la bonne, celle qui fait du bien. C’est pourquoi, en dépit d’une dernière partie qui m’a fait du mal, je m’achèterai probablement le DVD.

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 09:06

 

On a quitté nos héros en pleins suspense. Smaug vole vers Esgaroth avec l’intention de tout casser, Legolas vient d’entamer une course à cheval avec un orque, Gandalf est prisonnier de Sauron.

Bon, on a lu le livre, et en plus le titre du film, c’est « La bataille des 5 armées ». On sait que le sujet principal du film ne sera ni la bataille du conseil blanc à Dol Guldur, ni la victoire de Barde sur Smaug, mais la bataille qui s’ensuit entre elfes, hommes, nain, gobelins, et animaux géants pour s’emparer du trésor. Mais tout de même, je m’attendais à ce qu’on prenne vingt minutes pour résoudre les situations laissées en suspens dans le film précédent, histoire de ne pas être en porte à faux, histoire de rester cohérent avec le degré d’intensité dramatique qui avait conclu le précédent film.

Bref, en 5 minutes chrono (en durée ressentie), Smaug est mort, Gandalf est délivré, et Saroumane a renvoyé Galadriel et Elrond, décidant de s’occuper de Sauron tout seul (what could possibly go wrong with this plan ?). Oh, les scènes sont tout ce qu’il y a de plus satisfaisantes. Barde est l’archer ultime, capable de fabriquer une arquelance avec n’importe quoi en toute circonstance, et Galadriel est la Galadriel ultime. Mais cinq minutes plus tard, tout est fini, parce que faut pas déconner, le film n’est pas sur ça.

Oui, bon, on a effectivement signé pour la bataille des cinq armées, mais c’est tout de même un peu frustrant, ces problèmes insolubles qui sont résolus immédiatement après le générique de début.

Ce petit détail posé, que dire du film ?

Laissons pour l’instant de côté toute question de fidélité à l’œuvre d’origine. Oublions d’ailleurs qu’il y a une œuvre d’origine, et essayons d’avoir un regard neuf. C’est un film sur la façon dont le mal du dragon dévore Thorïn, le héros « toum, toum, toum » des deux précédents opus, le fait passer du côté obscur, peut-être un peu rapidement, mais pour sa défense, il ne s’y attendait pas et n’a rien fait pour s’en prémunir, ce qui aura pour conséquence de provoquer une bataille, au cours de laquelle il retrouvera sa raison et se rachètera par une conduite héroïque. C’est aussi un film sur l’amitié de Bilbon pour Thorïn, une amitié sincère qui pousse Bilbon à être le seul à s’opposer à la folie de Thorïn. Et c’est un film sur une bataille. Une longue bataille, bien mise en scène, avec son lot de cascades, et de chorégraphies classes. Accessoirement, l’intrigue amoureuse nain/elfe, introduite dans le film précédent pour le plus grand scandale des fans de Tolkien est continuée et conclue.

Tous ces éléments (à part l’intrigue amoureuse, sur laquelle je reviendrai) sont traités aussi bien qu’ils pouvaient l’être, et le film est plaisant. Mais ce sera celui que j’aime le moins des trois, parce que au final, il me faut un paragraphe pour le résumer. Il ne s’y passe pas grand-chose ; en même temps, c’est une conclusion, donc c’est un peu normal, mais quelque chose en moi continue à penser que tout un film sur une conclusion, c’est un peu beaucoup, que quitte à développer à mort les événements du livre, on aurait mieux fait de couper quelques unes des chorégraphies d’Orlando Bloom, raccourcir la bataille des cinq armées, et rallonger celle de Dol Guldur et celle de l’attaque de Smaug sur Esgaroth. Structuré comme il est structuré, le film donne avant tout l’air d’être une longue et interminable quoiqu’excellente scène d’action. Oh, c’est fort beau, c’est de l’action scene porn, mais si on compare avec les deux précédents films, on a le sentiment d’en avoir reçu moins qu’avant.

Revenons à l’intrigue amoureuse. Toute considération de fidélité à l’œuvre d’origine et de comparaison de taille mise à part, je ne l’avais pas trouvée si mauvaise que ça dans le film précédent, mais je l’estime mal menée dans celui-ci.

Déjà, on commence par une séparation déchirante entre les deux tourtereaux. Ca pourrait être bien, le problème, c’est que le dialogue est celui qu’ont deux amoureux de longue date qui se déclarent enfin qu’ils s’aiment car ils doivent se séparer. Ce genre de situation est toujours superbe, et m’arrache en général des torrents de larmes, mais soyons sérieux, ces deux-là se connaissent depuis au bas mot deux jours, et n’ont pas du échanger plus de dix phrases. Pas que je ne veuille pas croire à la sincérité de leur coup de foudre (qui, encore une fois, marchait très bien de mon point de vue, dans le film précédent) mais ils ne peuvent pas se parler comme si ça faisait des années qu’ils n’osaient pas s’avouer leurs sentiments, et comme si c’était la séparation qui les incitait à être sincères l’un vis-à-vis de l’autre. Ils devraient en rester au stade de la drague : ils ont de la répartie et du charme tous les deux, ça pourrait faire une fort bonne scène, où ils souffrent de se séparer mais se contentent de flirter avec un air faussement léger parce que conscients que les sentiments naissants qu’ils éprouvent l’un pour l’autre sont difficile à légitimer.

Mais bon, ce n’est pas le principal problème que j’ai avec cette intrigue. Le problème que j’ai, c’est avec sa conclusion. SI vous n’avez pas lu le livre, et que vous ne savez pas encore ce qui arrive aux treize nains à la fin, et si vous l’avez lu mais que vous ne voulez pas savoir le devenir de Tauriel avant d’avoir vu le film, arrêtez de lire à partir d’ici, le reste va être du spoiler.

Vous êtes partis ?

Ne trichez pas, j’ai dit que seuls ceux qui ne craignent pas le spoiler restent.

C’est bon ?

Bien, la conclusion, donc. Kili doit mourir, c’est prévu dans le livre. Thorïn aussi, et ce, dans les bras de Bilbon. Il doit donc DEJA y avoir une scène d’agonie déchirante. A partir de là, que fait-on de l’amoureuse qu’on a rajoutée à Kili ? On ne peut pas la faire se donner la mort, le cœur brisé, sur le corps de son bien aimé, car ça ferait redondant avec la scène ou Bilbon pleure sur le corps de Thorïn. Pour la même raison, on ne peut pas la faire mourir en premier et que Kili se donne la mort sur son corps. Quant au fait qu’ils meurent tous les deux, mais sans lien de cause à effet entre leurs deux morts, ça ne serait pas esthétique sachant que cette intrigue amoureuse rajoutée serait franchement énervante si elle s’avère ne servir à rien au final. Il ne reste que deux options, soit ils meurent en même temps, (du même coup de lame, ou  alors le deuxième lance une attaque kamikaze pour anéantir l’assassin du premier), soit seul Kili meurt, mais sans avoir pu dire adieu à Tauriel.

Le film choisit la deuxième option. Mais il choisit cette option après que Thranduil ait fait un discours à Tauriel sur la stupidité d’être amoureuse, en particulier d’un mortel, parce qu’un mortel, ça meurt et que quand ça meurt ça fait mal. Et la conclusion de Tauriel sur le corps de Kili, c’est qu’effectivement, ça fait super mal, et qu’au final, être amoureux, c’est vraiment débile, parce que ça fait mal. Déjà, ça, c’est pas une conclusion qui me plait des masses. Ensuite, pour une raison obscure, Legolas attend la mort de son rival pour renoncer à celle qu’il aime. Pendant tout le film, il la suit et la soutient, bien que parfaitement conscient que la soutenir, ça veut dire l’aider à en sauver un autre, qui la connait depuis beaucoup moins longtemps, a débarqué dans leur vie de nulle part, et a mobilisé l’attention de la donzelle alors que celle-ci n’était pas indifférente à Legolas, avant. Ce dévouement et cette abnégation étaient beaux. Vraiment beaux. A eux aussi, j’aurais aimé une autre conclusion, et même sans autre conclusion, j’aurais bien aimé qu’on m’explique celle-là. Peut-être qu’en voyant Tauriel pleurer sur le corps de Kili il comprend qu’elle n’en aimera plus jamais un autre, et qu’il faut renoncer à tout espoir ? Mais dans ce cas, j’aurais aimé un dialogue explicite. Ce sera peut-être dans la version longue.

Le plus triste, c’est qu’il y avait parfaitement la marge de manœuvre pour que Tauriel meure d’une attaque kamikaze contre l’assassin de Kili. Elle en lance effectivement une et, sans raison aucune à part que ça donne l’occasion à Orlando Bloom de faire des chorégraphies époustouflante, elle y survit.

Maintenant que j’ai fait la liste de tout ce que j’ai à dire de ces films sans tenir compte du fait qu’ils sont des adaptations, venons-en au problème de l’état d’esprit Tolkienien ou non. Autant le précédent trahissait cet état d’esprit, autant j’ai le sentiment que ce film ci y revient comme il peut, se débarrassant du sujet des taxations des routes commerciales en faisant mourir le Maître de la ville aussi rapidement que possible, et s’arrangeant pour laisser Tauriel relativement à part par rapport au reste de l’intrigue.

 Enfin, même sur ce sujet ci, ce dernier point se démarque peut-être un peu des autres. J’ai souvent entendu dire, lors de la sortie du précédent film, que l’intrigue amoureuse elfe/nain n’est pas Tolkiennienne. Sur le moment, je l’admettais sans peine, et puis j’ai réfléchi. Il y a une intrigue amoureuse elfe/nain, dans Tolkien. Oui, Gimli est amoureux de Galadriel, et Galadriel le trouve si bon dragueur qu’elle lui accorde trois de ses cheveux (alors qu’elle avait refusé d’en donner à Feänor). Ok, dans le livre, c’est présenté comme une blague de gros, ok, ce n’est pas vraiment une intrigue amoureuse. Mais concrètement, la situation n’est pas si différente entre Tauriel et Kili, dans le second film. Kili tombe amoureux de Tauriel au premier regard, et Tauriel le trouve si bon dragueur qu’elle lui accorde… Bon, de lui sauver la vie, c’est un peu plus engageant que trois de ses cheveux. Mais à partir de là, elle aurait pu rester ambivalente sur ce qu’elle éprouve pour Kili, d’autant qu’elle l’est sur ce qu’elle éprouve pour Legolas, et, quoi qu’on en dise, ça aurait pu être tout de même du Tolkien.

Quoi qu’il en soit, à part ce détail, j’ai le sentiment qu’avec ce film, on assiste à un retour de fidélité de Peter Jackson envers Tolkien, mais encore une fois, je n’aime pas Tolkien, donc je ne suis pas bonne juge. Un vrai fan de Tolkien me contredira sans doute.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 14:57

 

Anna a douze ans, et elle étouffe dans sa vie, au propre comme au figuré. Au propre, parce qu’elle a de l’asthme. Au figuré parce qu’elle ne s’intègre pas vraiment dans sa classe, n’est pas assez liante au gout de ses camarades, ne manifeste pas suffisamment ses émotions…  Au lieu de jouer, de s’agiter partout comme tous les enfants, elle passe son temps à dessiner. Ses croquis sont superbes, mais elle n’ose les montrer à personne. On la trouve bizarre. « Il y a un cercle magique autour du monde, dit-elle. Eux, ils sont à l’intérieur, et moi, je suis à l’extérieur ».

Anna a perdu ses parents très jeunes, puis sa grand-mère. Adoptée par une famille d’accueil, elle a le sentiment de n’être à sa place nulle part et n’arrive plus a faire face à ce sentiment qui l’écrase. Son mal-être aggravant son asthme, sa tutrice prends la décision de l’envoyer faire un séjour curatif au bord de la mer, chez des cousins simples et gentils, qui ne posent pas trop de questions, et la laissent libre de gambader dans les bois, son carnet de croquis à la main, autant qu’il faudra à la jeune fille pour se guérir physiquement et moralement.

Sur un rivage, Anna remarque une vieille maison abandonnée dont le charme la fascine immédiatement. Elle la prend pour modèle, et se met à la dessiner sous tous ses angles. Puis un jour, à la fenêtre de cette maison pourtant abandonnée, elle aperçoit une petite fille blonde d’une beauté fascinante. Une petite fille qui finit par venir à sa rencontre, lui parler, devenir son amie, tout en continuant à apparaître et disparaître mystérieusement, comme un rêve…

Aux romans d’horreur à la Mary Shelley, j’ai toujours préféré les contes fantastiques façon Théophile Gauthier. On croit qu’une histoire de fantôme, ça sert obligatoirement à faire peur. Du coup, souvent, on privilégie l’angoisse et l’horreur, en oubliant ce qu’il y a de romantique et d’esthétique dans le mythe du fantôme : un sentiment d’inaccompli qui pousse une âme à rester sur terre et à hanter les lieux où elle a vécu jusqu’à ce qu’un vivant l’aide à résoudre ce qu’elle a laissé inachevé. Le film ne laisse aucune ambigüité sur le fait que Marnie n’appartient pas réellement au monde réel. Les moments où elle apparaît sont toujours emprunts d’onirisme, sa gestuelle et son phrasé sont évanescents, et au cas où le spectateur aurait encore des doutes, on n’oublie pas de nous remontrer la maison vide en dehors des heures ou Marnie y apparaît. Comme on le fait souvent dans ce genre d’histoire, on laisse par contre une ambigüité sur le fait qu’Anna ait conscience, ou non, que la petite fille avec qui elle se lie est un fantôme. Une chose en tout cas est sûre, l’étrangeté ne l’effraie pas. Après tout, n’est-elle pas, elle-même, qualifiée par les autres enfants d’étrange ? Ce n’est donc, vraiment pas, une histoire de fantôme destinée à faire peur. A faire pleurer, sourire, rêver, mais pas à faire peur. Et c’est beau. C’est beau. C’est magnifique.

Ces dernières années, je suis souvent sorti déçue des longs métrages d’animation japonaise. Ils ont toujours une esthétique graphique superbe, mais il arrive fréquemment que le scénario me déçoive, soit qu’il manque d’intérêt, soit qu’il véhicule des idées que je désapprouve ou qui ne me parle pas, soit qu’il soit gâché par le fait que les personnages adopte une attitude antipathique ou stupide sans que ça apporte un intérêt à l’histoire. Aussi, c’est toujours un vrai bonheur de voir les superbes images de l’animation japonaise associé à une histoire qui me plaise. Cette fois, il s’agit de l’adaptation d’une œuvre de littérature jeunesse, que je n’ai pas lu, mais qui figurait sur la liste des 50 ouvrages de jeunesse recommandé par Myazaki. Parmi les ouvrages figurant sur cette liste, il y en a beaucoup que je n’aurais pas recommandé, mais celui-ci, je pense que je vais essayer de le lire. C’est un conte simple, mais profond, qui parle de solitude, de deuil, mais surtout de guérison, sur un décor de campagne ensoleillée au bord de la mer.

J’espère que malgré l’annonce faite que ce long métrage sera le dernier du studio Ghibli, il y en aura d’autre, car ce film m’a touchée bien plus que ne l’a fait « le vent se lève », et que si d’autres films de la même trempe sont fait par ce studio, je continuerai à aller les voir même s’ils ne sont pas signé Myasaki. Il semblerait qu’il ait été boudé au japon, et je ne le comprends pas. Ne le boudons pas en France. Allons le voir. Allons massivement le voir, et ce dés qu’il sortira en janvier. Il mérite vraiment plus d’amour qu’il n’en a eu.

 

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