Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Au foutoir de la fiction

De la gentillesse et tout ce qu'on lui reproche

25 Avril 2012 , Rédigé par tchoucky Publié dans #Foutoir d'écriture

J'ai déjà entendu dire, souvent, que j'étais trop gentille. Ce qui est faux, d'ailleurs, ceux qui se coltinent ma compagnie quotidiennement savent que je ne le suis pas. Mon manque d'assurance me rend susceptible, et mon hypersensibilité me rend impulsive. Je ne sais pas gérer ma colère, et je le regrette, mais c'est comme ça.

Je ne suis pas un modèle de patience et de tolérance, mais comme je m'inquiète de ce que peut-être l'état moral des gens qui m'entourent, je passe pour quelqu'un de gentil. Je sais que je peux être très brutale quand je suis en colère, qu'il m'arrive d'avoir la flemme de prendre sur moi pour soulager les autres, et que de toute façon, toute l'empathie que je peux avoir pour autrui est limitée par mes capacités d'observation et d'analyse, qui ne sont pas forcément assez développées pour deviner lequel de mes actes va blesser quelqu'un, et lequel va lui faire du bien. Malgré ça, je ne suis pas non plus quelqu'un qui n'en a rien à foutre de ce que ressentent les autres. Par conséquent, je m'efforce d'éviter d'apporter trop de déplaisir par mon comportement. Rien d'excessif, rien qui exige de m'effacer ou de m'écraser, juste le minimum syndical pour que le quotidien soit viable.

Et pourtant, ce minimum syndical est celui qui me vaut d'être qualifié de trop gentille, sans doute à raison, puisque les conséquence qu'on me prédit arrivent toujours. Il ne me suffit pas d'avertir que tel comportement me dérange, ou heurte ma sensibilité, il ne me suffit pas d'avertir charitablement de quelles sont les limites de ma patiences, il ne me suffit pas d'avertir en temps réel de l'évolution de mon état nerveux devant l'obstination d'autrui à agir au détriment de mon bien-être, il faut nécessairement que je crie pour obtenir quelque chose de qui que ce soit. Je suis celle dont il ne faut pas avoir peur de rire, celle dont on a le droit d'exiger trop, celle dont les sentiments importent peu. Je suis celle qu'il ne faut pas prendre au sérieux quand elle dit qu'elle va se fâcher, qu'il va y avoir des représailles. Je suis d'ailleurs celles dont les geste d'auto-défense sont à punir par une attitude de mépris et de rejet. Et je ne parle pas simplement de l'attitude que j'inspire à mon entourage. Quelque chose émane de moi qui fait que même le vigile de Darty devine qu'entre tous les clients qui entrent et sortent dans la journée, je suis celle à qui il sera hilarant de faire croire que mon ticket de caisse n'est pas le bon. J'ai du renoncer à l'enseignement pour des problèmes d'autorité dont jamais personne n'a pu trouver l'explication. Je jure que je ne me suis pas comporté de manière "gentille" avec les élèves qui m'empêchaient de faire cours. Il n'en faut pas plus pour l'admettre, je suis effectivement trop gentille par rapport à ce qu'on a le droit d'être, aujourd'hui.

Sans vouloir enfoncer plus de portes ouvertes, on voit aujourd'hui des gens faire passer leur enrichissement avant la survie de populations entières. On voit des gens se rendre coupable de violences. On voit des gens affirmer sans complexe que leurs désirs sont prioritaires sur l'intérêt commun. Mais l'attitude qui sucite incompréhension et malaise est celle des "trop gentils". Les gentils font peur. On s'en écarte. Ils sont soit fous, soit idiots, soit lâches, mais en tout cas, ils ne méritent pas qu'on ait de l'estime pour eux. A la rigueur, on se permet de dire "j'aime bien untel, il est gentil, un peu bébète, mais très gentil". Mais jamais on ne pensera une minute que cette gentillesse mérite le respect, encore moins une attitude réciproque. La plupart du temps, d'ailleurs, on estimera indispensable, pour son bien, d'abuser de la gentillesse du gentil jusqu'à ce qu'il comprenne la nécessité d'être méchant, comme tout le monde.

Pourtant, être gentil réclame une force incommensurable. Je le sais depuis que cette force s'est mise à me manquer, et que je me suis mise, à adopter les attitudes qui me font mal venant des autres. Pour info à ceux qui avaient pour but de m'apprendre comment fonctionne la vie, je ne ressens aucun soulagement devant mon changement de personnalité. Je ne peux pas avoir du respect pour moi, en devenant méchante. Et mon changement d'attitude ne me vaut pas plus de respect de la part d'autrui, d'ailleurs. Au contraire, maintenant, on me reproche d'être gentille ET d'être méchante.

Alors, s'il vous plait, laissons aux gentils le droit d'être gentils. Contrairement à ce qu'on peut croire, c'est loin d'être un job facile, gentil. Par contre, c'est quelques chose qu'ils ont besoin d'être. Et vous aussi, même si vous refusez d'en prendre conscience, vous avez besoin qu'ils le soient.

 

 http://s.wat.fr/f/2zfvd_480x270_15sx0x.jpg


Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
@saviezza : malgré tout, on continue de te traiter de "trop gentille" non ?<br /> <br /> Ah le fameux "aura d'innocence", celle qui fait que le contrôleur ne va jamais vérifier ton billet de train (j'ai parfois envie d'y aller cache sans à force). :D<br /> <br /> J'ai pensé à Arnold tout le long (après avoir vu ta review dessus - mes souvenirs du DA sont brumeux). :)<br /> <br /> Ton article est très intéressant à lire.<br /> Ce qui est sûr c'est que les autres feraient la même chose que toi s'ils étaient à ta place (ouh je comprends de mieux en mieux cette théorie du déterminisme).
Répondre
S
Franchement ? Ca fait carrément du bien. S'il y a une question qui me taraude depuis quelques semaines, c'est bien celle qui mérite de s'interroger sur la vraie fausse gentillesse. Existe-t'il de<br /> vrais bon gentils ? Aujourd'hui je réponds assurément NON. L'intérêt prend toujours le guidon de la bonne conduite. Personne n'agit sans avoir soigneusement logé dans un repli de son coeur,<br /> l'infamie qui saura intelligemment placer la flèche qui obstruera la respiration de son prochain à sa seule fin d'absorber l'air qu'il respire.<br /> Oui je crois qu'il n'existe pas de vrais gentils. Et j'ai découvert, après avoir longtemps pensé faire partie de la catégorie des bien pensant la gentillesse : être une véritable harpie depuis que<br /> j'ai subi l'ultime coup qui a atteint mon âme jusqu'à son tréfond. Maintenant, je sais: je suis méchante... na !
Répondre