Phantom boy, de Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli
Alex Tanguy est un policier de film d’action, qui se sort des situations délicates en faisant usage de ses poings, de ses réflexes et de son exceptionnelle astuce. L’ennui, c’est que dans la vraie vie, ce genre de méthode s’emploie rarement sans dommages collatéraux.Alors, heureusement, notre Alex Tanguy est un homme habile, ce qui fait que quand il se lance dans une cascade spectaculaire pour arrêter un criminel, en général, il n’y a pas de blessés. En revanche, il y a toujours des dégâts matériels. Or, les dégâts matériels, ça fait de la paperasse à remplir, et ça, le chef de la police, qui dans cette histoire ne brille ni par sa patience ni par sa clairvoyance, en a marre.
Tanguy est donc mis à pied et consigné à la surveillance du port, juste au moment où PAR PUR HASARD un supervilain au visage défiguré (doublé par Jean-Pierre Marielle, qui cabotine à mort, et on adore pour ça), y a établi son quartier général.
Autant dire que le soir où ledit supervilain prend en otage l’Amérique tout entière en s’emparant du réseau informatique de la ville de New-York, Alex Tanguy se trouve PAR PUR HASARD au bon endroit pour découvrir sa planque. Hélas, trois fois hélas, la confrontation se passe mal, et les bandits laissent Alex pour mort derrière eux. Bon, rassurez-vous, c’est le héros, alors il peut pas mourir. Il en est quitte pour une jambe cassée et un coma profond, ce qui fait qu’il se retrouve à se balader hors de son corps dans les couloirs de l’hôpital, sans trop comprendre ce qui lui arrive, pourquoi il passe à travers les murs et les gens, et pourquoi personne ne l’entend. Le fantôme d’un jeune garçon l’aborde et lui explique qu’il est dans le coma hors de son corps, que c’est pour ça que personne ne peut le voir ni l’entendre, et, vite fait bien fait, il le ramène à sa chambre, ce qui lui permet de se réveiller.
Le garçon en question, c’est Léo, qui se bat, quelques étages plus haut, contre un cancer. Depuis le début de sa maladie, Léo a gagné le pouvoir de la projection astrale, et s’en sert d’une part pour aller voir comment se sent sa famille pendant qu’il est à l’hôpital, d’autre part pour ramener les âmes des personnes dans le coma dans leur corps, leur évitant ainsi la mort, comme il l’a fait avec Alex. D’habitude, les personnes ainsi sauvées ne gardent aucun souvenir de cette expérience. Mais Alex est trop un Gary Stu. Lui, il s’en souvient.
Etant donné l’esthétique du dessin et l’origine du superpouvoir, Al et moi, on craignait que le thème de l’enfant malade prenne le pas sur l’aspect super-héroïque de l’histoire. Ce n’est pas le cas, c’est même la maladie de l’enfant qui est peut-être trop peu évoquée. L’action est au rendez-vous, et l’humour aussi, sans aller jusqu’à la parodie, mais assez pour jouer avec les clichés du genre. Evidemment, c’est davantage une intrigue policière, il y a plus de scènes d’investigation que de bagarre, la nature du superpouvoir en jeu l’imposant. On notera une certaine ressemblance avec « Fenêtre sur Cour » d’Hitchcock, Alex passant la totalité du film dans un fauteuil roulant et la jambe plâtrée, obligé d’envoyer son Love Interest enquêter pour lui parce que son supérieur hiérarchique refuse de l’écouter quand il dit avoir trouvé la planque du supervilain.
Mais le truc en plus de ce film, c’est quand même son dessin. Pas du tout le style qu’on utilise pour parler de super-héros d’habitude, mais exactement celui qu’il fallait pour parler d’âmes de comateux qui sortent de leurs corps et de deus ex machina, de supervilains à tête de tableau de Picasso, et de Yorkshire plus dangereux qu’un tigre.
Ajoutons à ça que les dialogues sont très bons. Après, il y a le doublage. On a confié les rôles principaux à plusieurs grands noms du cinéma français. Le souci est tout de même qu’acteur et comédien de doublage, ce n’est pas exactement le même métier, et que ça donne un sentiment d’étrangeté de voir des personnages de dessin animé parler comme des acteurs de cinéma, sans l’emphase qui est propre aux dessin animés, d’habitude. Comme j’ai dit, Marielle cabotine à mort dans le rôle du supervilain, mais le résultat est plutôt plaisant. Pour Audrey Tautou, l’effet est parfois moins réussi, d’autant plus qu’on la reconnaît et que, si on a l’habitude de voir ses films, on imagine sans peine l’expression de visage qu’elle aurait eu avec ce ton-là. Dur, dans ces circonstances, de rester concentré sur le dessin qui est là, à sa place. Ajoutons à cela, que, soit parce que c’est un dessin animé et qu’un dessin animé, c’est censé être pour les enfants, soit parce qu’on ne peut pas s’empêcher de le faire quand on fait du doublage sans en avoir l’habitude, l’ensemble du casting adopte une diction un peu étrange, du genre de celle qu’on prend pour s’adresser à une classe de maternelle dont on veut être sûr de capter l’attention. Or, entre le registre langagier, le thème de l’histoire et les moments contemplatifs destinés à nous faire profiter du dessin, ce film n’est pas forcément approprié pour un très jeune public.
Quoi qu’il en soit, toutes ces étrangetés n’enlèvent rien au plaisir, peut-être même qu’elles participent à l’expérience, en donnant un piment particulier au visionnage. Ne manquez pas ce petit bijou. Surtout qu’il ne restera probablement pas très longtemps dans les salles.