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Au foutoir de la fiction

Des intrigues amoureuses de fictions

4 Juin 2012 , Rédigé par tchoucky Publié dans #Méta-écritures

Une de mes lectrice-test me suggérait l'autre jour qu'une relation entre deux de mes personnages n'évoluait pas aussi vite vers l'intrigue amoureuse qu'elle s'y attendait. Je me suis surprise à répondre : "Mais si leur amour commençait maintenant, il serait basé sur trop peu de choses solides, et il serait sans lendemain. Ces deux là méritent mieux que ça !"
Oui, je parle de mes personnages comme s'ils étaient vivants, et alors ? Osez me regarder dans les yeux et me dire que vous ne le faites pas, vous, qui écrivez aussi !
Faut pas croire, mais ce n'est pas pour autant que je suis une divinité aimable envers eux. Je leur donne une authentique vie de merde. Enfin, non, une vie juste assez dure pour les pousser à se dépasser, à se construire, et à découvrir leur force de caractère, mais il y a une chose que je refuse, c'est de gaspiller leur potentiel amoureux. S'ils vivent des amours malheureuses, elles sont tragiques et superbe. Sinon, ce sont des amours viables, durables, et que je ne remettrais pas en question si je décidait d'écrire une suite à mes histoires (ce que je ne ferai pas, j'ai dit mon opinion sur les suite).
Je constate souvent, dans la fiction, qu'elle soit littéraire, cinématographique, télévisuelle ou autre, que les intrigues amoureuses se résument principalement à faire se tourner autour le héros et l'héroine, et les faire rompre rapidement une fois qu'ils sont ensemble pour les faire se diriger vers quelqu'un d'autre.
Il y a comme une terreur générale, chez les raconteurs d'histoire, de parler de l'aventure qu'est le couple après la déclaration, le combat contre l'ennui, l'usure, les désaccords, les différents... On ne conçois le couple qu'au futur ou a passé, jamais au présent.
Pourtant, au final, quand on pense à ses meilleurs souvenirs amoureux, ils ne datent jamais d'avant la déclaration ou après la rupture. Ce n'est jamais ça qu'on a envie de raconter. 

Est-ce qu'on a peur de lasser le lecteur en lui parlant du quotidien d'un couple heureux, même s'il sauve le monde, en même temps qu'il vit sa vie de couple ? Je ne sais pas, mais je peux au moins garantir que ce n'est pas le genre de choses qui me lasserait, moi. J'
attends des conteurs qu'ils racontent des histoires qui rassurent. Qui fassent revivre la réalité des tourments qu'on vit au quotidien, mais en y apportant une issue heureuse, cette fois. En général, quelle que soit la qualité d'une histoire, j'aurais du mal à y adhérer si elle contient une intrigue amoureuse baclée. Que ce soit parce qu'elle n'est pas crédible ou qu'elle se finit inutilement mal. Je n'attends pourtant pas grand chose de l'intrigue amoureuse en question, faut pas croire. Mes attentes sont, sommes toute, assez banale.

Il faudrait qu'on me décrive un amour tel que je puisse y croire. Soit le véritable amour, celui qui fait du bien, fondé non pas sur le fait que l'héroïne et le héros sont très sexy, mais aussi sur le fait que leur personnalité se correspondent, leur permet d'affronter l'adversité de manière efficace, de collaborer de manière constructive. Soit, à la rigueur, l'amour qui fait souffrir, mais mis en place d'une manière qui me permette d'avoir de la compassion pour celui qui l'éprouve, pas d'avoir envie d'entrer dans le livre pour le secouer et lui dire "Mais, ducon, tu vois pas que cette fille est pas faite pour toi ?". Pour m'empêcher d'avoir ces crises de rages, il faut que le sentiment éprouvé par le héros ne s'explique pas, et ne se choisisse pas. Qu'il soit subit. Le protagoniste aura beau savoir que ce sentiment ne lui fait pas du bien, il n'y pourra rien. En fait, je n'aurai pas l'idée de lui en vouloir, s'il se montre conscient de la nocivité de ce qu'il ressent, mais impuissant face à lui au point de ne plus rien avoir d'autre à faire que se laisser aller au dit sentiment, boire le calice jusqu'à la lie, dans l'espoir de finir par en être dégoutté et délivré, ou d'en mourir et de ne plus souffrir. Pour que je puisse m'identifier au héros, il vaut mieux que je n'ai jamais à remettre son intelligence que question. Que je sois d'accord avec ses choix amoureux, et que, si je ne le suis pas, il ne le soit pas non plus.
Soit dit en passant, ce n'est pas moi qui serait déçue d'une histoire, parce qu'il n'y a pas eu d'intrigue amoureuse dedans. Je serait toujours moins déçue d'une histoire sans intrigue amoureuse mais plein d'autre choses que d'une histoire avec une intrigue amoureuse à laquelle je ne crois pas, et dont je ne comprends pas poruquoi elle a été inséré dans l'histoire tant je la trouve hors de propos.

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G
Pour la bêta-lectrice, je te conseille de garder ta vision particulière du couple et de ne rien changé (de toute façon jamais une relation ne sera parfaite). Il faut que le public prennent<br /> l'habitude de voir ces couples établis tout simplement (c'est comme la musique, certains resteront au classique et d'autres seront contents d'avoir le rap, ouh foireuse ma métaphore^^').<br /> Le public (dont moi) et les auteurs sont habitués à voir ces phases répétées encore et encore ce qui complique la tâche des auteurs. Et apparemment ils ne savent plus traiter la couple normal.<br /> Perso j'en ai râle le bol de voir des couples bâclés occuper le devant de la scène, je préfère pour les couples établis depuis longtemps et les ex. Pour les relations unilatérales, c'est très<br /> réaliste mais ça me frustre beaucoup (même si parfois ça marche pas mal du tout).
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N
"Oui, je parle de mes personnages comme s'ils étaient vivants, et alors ? Osez me regarder dans les yeux et me dire que vous ne le faites pas, vous, qui écrivez aussi !"<br /> <br /> Mais nous parlons même des persos des autres comme s'ils étaient vivants ! Si nous faisions autrement, cela voudrait dire que nous avons renoncé à les penser comme de véritables personnes. Je veux<br /> dire, un personnage de fiction doit avoir des actions logiques entres elles, et par rapport à ce qu'il a rencontré. Le seul moyen qu'il agisse de manière cohérente, c'est de le voir comme un être<br /> pensant avec une personnalité. Autrement, on obtiendrait un outil narratif, qui disposerait simplement d'un certain pouvoir pour faire ce qui arrange le déroulement du scénario, sans que ses<br /> actions soient logiques.<br /> <br /> Voici un exemple : si je pose la question "dans l'épisode de Code Geass où Charles meurt, pourquoi Suzaku choisit-il de laisser en vie l'assassin de sa petite amie ?". Une réponse satisfaisante,<br /> c'est que Suzaku a compris ses erreurs passées, et maintenant il ne veut plus causer des dommages graves au monde par égoïsme. La mauvaise réponse, c'est de dire qu'on avait besoin de ce gars-là en<br /> vie pour les épisodes suivants.<br /> <br /> "Je me suis surprise à répondre : "Mais si leur amour commençait maintenant, il serait basé sur trop peu de choses solides, et il serait sans lendemain. Ces deux là méritent mieux que ça !""<br /> <br /> Ça, c'est très intéressant. Nous avions parlé de Roméo et Juliette. Tu avais dit que pour toi, leur couple n'aurais pas tenu un mois. À la réflexion, je pense que tu as tenu pour un élément de leur<br /> personnalité ce qui n'est qu'une conséquence de la forme des pièces. Roméo et Juliette passent d'inconnus à amoureux fous en quelques minutes parce qu'une pièce de ce genre est censée avoir une<br /> action sur quelques jours. Shaky devait compresser tout ce qui va de la rencontre à l'amour fou. Mais on ne doit pas attribuer aux personnages une instabilité comme si on prennait cette durée au<br /> sérieux.<br /> <br /> "Soit, à la rigueur, l'amour qui fait souffrir, mais mis en place d'une manière qui me permette d'avoir de la compassion pour celui qui l'éprouve, pas d'avoir envie d'entrer dans le livre pour le<br /> secouer et lui dire "Mais, ducon, tu vois pas que cette fille est pas faite pour toi ?""<br /> <br /> Note : on peut faire quelque chose d'intéressant là-dessus. Dans Fruit Basket, très souvent, les autres personnages majeurs secouent voire tabassent le deutéragoniste parce qu'il refuse de<br /> comprendre que cette fille est FAITE pour lui.<br /> <br /> "Soit dit en passant, ce n'est pas moi qui serait déçue d'une histoire, parce qu'il n'y a pas eu d'intrigue amoureuse dedans."<br /> <br /> Ce qui est quasiment introuvable. Un copain de colo avait déploré que TOUS les films sont gâchés par des histoires d'amour. Même le meilleur film de guerre sorti les deux dernières années,<br /> "Stalingrad". Je n'avais pas pu lui donner tort.<br /> <br /> "Sinon, ce sont des amours viables, durables, et que je ne remettrais pas en question si je décidait d'écrire une suite à mes histoires (ce que je ne ferai pas, j'ai dit mon opinion sur les<br /> suite)."<br /> <br /> Il est important de noter que si une histoire est fermement établie comme un one-shot, tu n'as pas sur les bras un amour coincé à la mauvaise phase. L'auteur de Sailor Moon ne pensait pas faire<br /> plus d'une saison. Résultat, elle ne savait pas trop quoi faire du couple principal, qui avait déjà conclu.<br /> <br /> Maintenant, on arrive au point majeur : la peur des phases de routine des couples. Oui, les auteurs ont peur des couples établis.<br /> <br /> Pourquoi ? 1èrement, parce que le rebondissement scénaristique le plus évident, surtout pour le spectateur qui n'aime pas chercher les indices fins, c'est de changer les couples. Les briser ou les<br /> mettre ensemble. Pour une série qui doit durer une saison et c'est tout, on choisit typiquement de LES (le couple central, bien sûr) faire conclure dans le final.<br /> <br /> On peut citer de nombreux effets pervers de ce tabou. Par exemple c'est la raison de cette merde de "One More Day". C'est aussi un grand travers de Plus Belle la Vie : parce qu'il faut montrer des<br /> couples qui se font et défont au spectateur qui ne regarde que quelques épisodes en passant, les personnages passent d'une relation à l'autre à un rythme effrayant (un personnage peut avoir une<br /> réputation de vierge farouche dans la série en ayant eu 10 liaisons différentes en un an !).<br /> <br /> Mais il y a vraiment une réelle exigence du spectateur derrière. La phase de désir (avant de se mettre en couple) peut durer, si on distille les indices pour exciter le lecteur), mais on supporte<br /> difficilement que nos héros soient des personnes ordinaires, qui se trompent parfois dans leurs choix d'amoureux, ou pour qui faire résister leur amour à l'épreuve du quotidien est difficile.<br /> <br /> J'étais jeune et immature à l'époque, mais je n'aurais jamais imaginé que Harry quitterai Cho comme ça. Pour moi, Cho devait être tuée par Voldy. Mais simplement qu'ils se quittent parce que chacun<br /> devait choisir entre désavouer un de ses amis et contrarier son petit ami ? Pour moi Harry Potter ne pouvait pas perdre un amour pour une raison aussi stupide. Aujourd'hui encore, j'ai du mal à<br /> accepter que le formidable Harry Potter soit sorti avec une fille simplement parce qu'il était un ado sous hormones, avant de se mettre enfin avec l'amour absolu de sa vie.<br /> <br /> Cette exigence est d'autant plus forte qu'on est dans la fiction spéculative, et dans l'œuvre majeure. C'est normale de voir des routines de couple dans un téléfilm de france 2. Dans Star Wars, je<br /> supporterais difficilement de voir ça occuper l'écran. À noter que je dirais volontiers que je peux supporter les histoires d'amour routinières dans les médias secondaires. Mais je me rend compte<br /> que tous les amours perdus de Luke Skywalker lui ont été arrachés viollement.<br /> <br /> Un exemple de couple au présent : Jérémie et Aelita. Dans la saison 1, pour prendre une comparaison du monde réel, ils sont des amours par correspondance qui rêvent de se rencontrer. Ensuite ? Eh<br /> bien ils basculent dans une routine de vieux couple. Résultat, leur couple n'est même plus un sujet de la série. Bon, d'accord, il y a quelques fois, mais sur les doigts d'une main. En comparaison,<br /> le NON-couple Ulrich/Yumi est un élément central de la série.<br /> <br /> Bref, on peut penser que le refus de voir les couples au présent est un manque de réalisme ridicule. Pourtant, souvent, auteurs ET spectateurs sont d'accord pour dire que ça rend la série plus<br /> dynamique. D'autant que quand on lit une histoire pleine de dragons, c'est qu'on se fiche du réalisme, non ?
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T
<br /> <br /> Mais, justement, Jérémie et Aelita, à force de ne pas intéresser les scénaristes, sont devenu tout ce qui restait de crédible et de touchant dans le groupe des héros, tous transformés en connards<br /> finis par les saisons 2 et 3. Et contrairement à ce que tu pense, je trouve que leur couple est un thème central de la saison 4,avec Aelita qui réalise qu'elle veut tourner la page et avoir une<br /> vraie vie, et Jérémie qui au final ne sait rien faire d'autre avec elle que sauver le monde. Et c'est profondément émouvant, et c'est ce qui sauve la série de la catastrophe totale.<br /> Et ce n'est pas par peur de l'irréalisme que je veux voir mes couples établis, c'est juste parce que je n'estime pas que le couple après la déclaration manque de dynamisme : Jérémie et Aelita en<br /> sont la preuve. Ils sont dynamique, touchants, et finissent par porter la série à eux tout seul après le sabotage du couple Ulrich et Yumi.<br /> <br /> <br /> <br />