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Au foutoir de la fiction

La hiérarchie des supports de fictions

13 Avril 2016 , Rédigé par tchoucky Publié dans #Méta-écritures

 

Aujourd'hui, enfonçons quelques portes ouvertes.

Il semble établi que le livre, c'est mieux que le film, que le film, c'est mieux que la BD, que la BD, c'est mieux que la série live, que la série live, c'est mieux que le manga, et que le manga, c'est mieux que les dessins animés. Le tout étant mieux que les jeux vidéo.

Je veux dire par là que celui qui lit des livres est considéré comme intelligent, et celui qui joue aux jeux vidéo est considérée comme bête.

A première vue, c'est une façon caricaturale de résumer les choses. On peut même dire que cette idée n'est franchement plus d'actualité aujourd'hui, qu'on a de plus en plus de respect pour les jeux vidéo en tant qu'œuvre artistique, et qu'à l'époque où j'étais à l'IUFM (et où l'IUFM existait encore), on nous avertissait déjà de ne pas dénigrer les connaissances d'un élève s'il les avait acquises en jouant à Assassin’s Creed !

Je suis bien consciente de tout cela. Je ne suis pas spécialement provocatrice ou avant-gardiste. Si, à trente-six ans, en tant qu'adulte, je fais une émission Youtube sur les dessins animés destinée à être regardée par d'autres adultes, si je la mets en ligne sur Internet, là où elle peut être trouvée sans peine par ma famille ou mes employeurs potentiels, c'est parce que j'estime que ce genre d'activité n'est plus déshonorant dans la société d'aujourd'hui, que, même s'il reste sans doute quand même des gens dans mon entourage pour me juger stupide d'avoir cette activité, rares sont les personnes qui vont en tirer des conclusions erronées sur mes compétences intellectuelles, et que, dans tous les cas, le concept d'exercer une réflexion narratologique sur autre chose qu'un grand classique de la littérature est un choix aujourd'hui suffisamment compréhensible par n'importe qui pour que je puisse défendre ma position si jamais on me le demande.

Cependant, je continue à entendre des collègues tenir des propos du style "Mon gamin me désespère, il ne lit pas. Pourtant, j'ai essayé de lui trouver des livres en rapport avec les sujets qui l'intéressent, mais il ne veut pas, il n'aime que les mangas et les films, qu'est-ce que je dois faire ?"

Et les autres collègues d'acquiescer avec compassion, car c'est un fait établi qu'un enfant qui ne lit pas, c'est tragique. Moi, je me tais. Je pourrais répondre "Hé bien, ne l'oblige pas à lire, fais-lui voir des films de plus en plus complexes et invite-le à en discuter, emmène le voir des expos d'estampes japonaises pour lui montrer dans quelle culture sont nés les mangas, et puis, parle-lui, toi, des livres que tu as lus, de ce qui t'a intéressé dedans, et des points communs qu'il y a avec les histoires de ses films, de ses mangas. Il ne lira peut-être pas davantage, mais il saura au moins ce qui existe dans la littérature, il y a mille et une autres façons de se cultiver". Mais le fait est que je ne suis moi-même pas très sûre de ma position. J'ai été une très grande lectrice étant enfant. Ca ne m'a pas aidé à avoir une bonne orthographe, ni à être bonne élève, ni à être suffisamment brillante pour qu'on me considère comme intelligente en société, mais ça m'a tout de même donné un certain esprit critique, et un grand nombre de références à comparer. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que j'aurais eu tout autant d'esprit critique et de références si au lieu d'être une grande lectrice, j'avais été une cinéphile fanatique. Mais le fait est que lire, c'est tout de même une activité qui implique plus d'efforts, qui mobilise davantage l'imagination. Il faut se représenter la scène dans sa tête, faire la mise en scène soi-même, zoomer soi-même sur le détail qui rendra la scène intéressante, flouter soi-même la partie du décor inutile qui risque de distraire du reste de la scène. Le film, le manga, la BD, les dessins animés, ce sont des supports visuels, ils font cette mise en scène pour nous. Le jeu vidéo nous distrait en nous faisant participer à l’action et on ne perçoit définitivement pas l'histoire de la même façon que si on l'avait lue.

Alors, voilà, je pense qu'il n'y a pas de hiérarchie des supports, je pense que l'important, c'est de nourrir son esprit de fiction, parce que la fiction permet d'envisager la réalité sous un angle qu'on ne pourrait pas envisager en se cantonnant à son univers quotidien, mais je ne suis pas capable de l'affirmer avec force. Une part de moi me souffle : "Tous ces supports agissent sur toi différemment. Comment peux-tu être sûre que leur effet à long terme sera le même?"

Sincèrement, je n'ai pas la réponse à cette question, mais je suis sûre d'une chose, c'est qu'on ne peut pas "intéresser un enfant à la lecture". On peut l'intéresser à l'histoire d'Hansel et Gretel, on peut l'intéresser à la documentation sur les dinosaures, on peut l'intéresser à tout un tas de contenus, mais on ne pourra pas l'intéresser à "la lecture" en tant que telle. Pourquoi lirait-on pour lire ? Il n'y a pas de lecture sans objet, et c'est l'objet qui est intéressant. Pour paraphraser un de mes trente-six mille auteurs préférés, Daniel Pennac, "le verbe lire, comme le verbe aimer, ne supporte pas l'impératif". On peut obliger un enfant à lire, mais on ne peut pas l'obliger à aimer lire. Pas plus qu'on ne peut l'obliger à aimer l'histoire d'Hansel et Gretel ou la documentation sur les dinosaures, mais curieusement, ce n'est pas l'histoire d'Hansel et Gretel ou la documentation sur les dinosaures que les parents cherchent à vendre à leur enfant, mais juste la lecture, peu importe sur quoi elle s'exerce. Voyant qu'Hansel et Gretel ne marchent pas, ils mettent l'enfant devant la Petite Sirène, ou le Club des cinq, n'importe quoi, l'important, c'est que l'enfant ait un livre en main.

Maintenant que j'y pense, il y a sans doute une raison au fait que j'ai été une enfant qui lit. Mes parents n'ont jamais cherché à me vendre "la lecture". A la place, ils ont toujours cherché à me vendre tel ou tel livre. Parfois ils ont été très insistants, parce que ce livre-là était LE livre, je DEVAIS l'avoir lu, ça DEVAIT faire partie de mes connaissances. Le résultat, c'est que je voue une haine farouche aux Trois Mousquetaires et à Notre-Dame de Paris. Par contre, je n'ai jamais détesté la lecture. On ne m'en a jamais dégoutée.

Encore une fois, je ne suis pas complètement réfractaire à l'idée que la lecture, en obligeant son lecteur à se concentrer et à se représenter mentalement ce qui est décrit, mobilise plus de ressources intellectuelles que ne le font les autres supports. Un esprit exercé par la lecture, je ne sais pas s'il est plus critique et plus riche qu'un autre, mais il est sans doute plus patient, plus discipliné. Je suppose. Je ne peux ni le vérifier, ni le prouver. Je doute que la patience et la discipline soient réellement ce que recherchent mes collègues effrayés, mais c'est au moins une vertu. Est-ce que la lecture est également plus efficace pour développer un esprit autonome et critique ? Encore une fois, je ne sais pas ; ce que je sais, c'est que l'idée que seule la lecture permet de développer cela est bien ancrée dans l'inconscient collectif, et qu'on a tendance à ne pas considérer comme cultivé quelqu'un qui ne connaitrait l'histoire de Madame Bovary que parce qu'il a vu le film.

C'est vrai qu'un film adapté d'un livre, ce n'est pas la même chose que le livre, que souvent il y a réinterprétation de l'œuvre, et que parfois, on trouve dans le livre original des éléments qui n'étaient pas dans le film. Mais toute question d'adaptation et d'original mise à part, si nous prenons deux fictions différentes, que nous en racontons une en livre et une en jeu vidéo, et qu'ensuite nous nous demandons quelle est objectivement la meilleure histoire, celle racontée en livre ne sera pas automatiquement la plus intelligente. Osez me dire que Fifty Shade of Grey, c'est intelligent, et que Dishonored, c'est bête.

Quelque chose qui semble beaucoup surprendre, dans notre émission Youtube (et, réalisant que vous êtes peut-être arrivé sur ce blog par hasard et ne savez pas de quelle emission je parle, je remet un lien), c'est qu'elle prouve qu'on peut tenir un discours intelligent, même sur un dessin animé. Ca ne devrait pas surprendre. Il y a une réflexion intelligente à mener sur tous les supports. Aucun ne vaut mieux qu'un autre, ils servent l'histoire différemment, c'est tout.

Un auteur qui aurait à la fois les compétences et les moyens pour écrire un livre, programmer un jeu vidéo, faire un dessin animé, tourner un film, ou dessiner une BD et qui aurait une bonne histoire en tête ne se poserait pas la question de quel support est mieux dans l'absolu, mais se demandera quel support est mieux pour cette histoire-là, en particulier, au vu de son développement, de comment il faut qu'elle soit narrée pour être plaisante.

Dans la triste réalité, personne n'a toutes ces compétences et tous ces moyens à la fois. Tu as en tête une bonne histoire pour un film, un manga, un jeu vidéo, mais tu ne sais ni dessiner, ni programmer, et tu n'as pas d'argent pour monter un film ? La plupart du temps, tu vas simplement te cantonner au roman, qui est le plus facile à faire avec peu de moyens. Et là, attention, tu dois VRAIMENT choisir de faire de ton histoire un roman. J'ai lu des livres qui essayaient de transposer maladroitement ce qui aurait du être un effet de montage, de caméra subjective, d'angle de vue. Et évidemment, en narration, c'était incongru.

Il n'y a pas de hiérarchie des supports, mais il y a une différenciation à faire. Chaque support a ses règles, ses effets et parfois, il y a des choix de supports malheureux.

Legacy Of Kain est sûrement la meilleure histoire de voyage dans le temps et de lutte contre le destin que je connaisse. Mais il paraît qu'en tant que jeux vidéo, c'est vite lassant, parce que le gameplay n'est pas agréable. De même, le support du visual novel m'a immédiatement intéressée lorsque j'ai découvert "Le sanglot des Cigales". Ce nouveau mode de narration et son exploitation à travers les bruitages et le rythme m'a semblé plein de potentiel. Mais le sanglot des cigales fait l'erreur d'essayer de retranscrire des gags visuels de manga de manière écrite et bruitée. Ca ne fonctionne pas. Pas plus que ça ne fonctionne dans Fullmetal Alchemist Brotherhood.

Les gags visuels en une case des mangas sont faits pour être des gags visuels en une case. Le visual novel doit s'appuyer sur le rythme avec lequel les dessins, les phrases et les bruitages apparaissent. Un jeu vidéo doit être avant tout un jeu, et avant tout plaisant à jouer.

Bien sûr, ce n'est pas juste une question de choix de support. On n'aurait pas pu raconter XIII avec des dessins Chibi. On n'aurait pas pu faire dessiner Signé Furax par Alex Ross. Ca ne l'aurait vraiment, vraiment pas fait.

En un mot comme en cent, je ne sais pas si la lecture force ses pratiquants à réfléchir davantage, mais je suis sûre d'une chose, tous les supports sont propices à créer de bonnes fictions qui incitent à la réflexion.

De plus, quand j'y réfléchis, ce qui m'a aidé à développer mon esprit critique, ce n'est pas tant d'être une grande lectrice que d'être une boulimique de lecture qui lisait tout et n'importe quoi. Un comic qui traine sur le bureau de mon cousin ? Un vieux livre avec une reliure dorée dans la bibliothèque de mes parents ? Je feuilletais pour voir et des fois, me mettais à lire. Mais surtout, ce qui m'a donné toutes ces références, ce n'est pas seulement d'avoir lu tout et n'importe quoi, c'est d'avoir écouté d'autres parler de ce qui les intéressait. Je n'ai jamais accroché à Balzac, mais je vous jure qu'après avoir entendu mon amie Marie-Claire vous parler de Rastignac, vous le considérez comme incontournable. J'ai le style de Tolkien en horreur, mais je vous jure qu'entendre mon ami Ambroise en parler était passionnant.

J'ai eu la chance de rencontrer des gens très divers et variés avec des centres d'intérêts très divers et variés. J'ai eu la chance qu'ils me parlent de leurs centres d'intérêt. Ce qui fait que j'ai pu acquérir une culture que je n'aurais pas pu me forger seule. Je ne joue pas, mais je connais les jeux vidéo parce que je regarde d'autres jouer. Je ne lis pas de science fiction, mais je connais quelques grandes lignes parce que j'ai entendu d'autres en parler. Et surtout, j'ai eu la chance de rencontrer des gens qui lisaient, des gens qui ne lisaient pas, des gens qui lisaient un peu, des gens qui faisaient autre chose. Et ça m'a permis de considérer que tous les supports se valent et qu'il n'y en a pas un qui doit être négligé.

Alors, au final, la question n'est pas tant de savoir quel support est meilleur pour le développement de l'esprit. La question est de ne pas se cantonner à un seul, d'en consommer le plus possible et d'inviter les gens qui consomment ceux que nous ne consommons pas à nous parler de leur consommation.

Si hiérarchie il y a, je n'en vois qu'une, celle qu'il y a entre la fiction et le documentaire. La fiction permet à l'esprit de faire des hypothèses, d'envisager des situations et leurs conséquences. Le documentaire donne des faits. L'une fait réfléchir, l'autre informe. Le documentaire-fiction occupe une place bâtarde entre les deux, mais du moment qu'il est franc sur ce qu'il est, il vaut autant que n'importe quoi. En tout cas, que ce soit pour le documentaire, la fiction ou le docu fiction, la question de la hiérarchie des supports ne se pose pas. Dans tous les cas, tous les supports sont exploitables. Il s'agit seulement de bien les exploiter.

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U
Madame, <br /> <br /> Je tient à dire que vos théorie sont rudement intéressante, votre explication quand à l'apparation de la lecture est corroboré par mon parcourt personnel, jusqu'à l'age de 8 ans, je n'ai que très peu lue, et ne le voulait pas plus; Un jour ayant regardé le premier film d'Harry Potter, j'ai demandé la suite à ma mère. Elle m'a offert donc le premier tome, dont je découvrit à mes dépend que ce fut l'adaptation de premier film que j"avais déjà vu, depuis j'ai lue toute la série, et surtout je suis devenue bibliophage. Dès le cour moyen de l'école élémentaire, j"ai entreprit de faire la visite complète des étagères des bibliothèques des établissements scolaire que j'ai fréquenté pour la plus grande joie de ma mère (c'est une tradition familiale apparemment), j"ai lue et lit toujours de tout et n'importe quoi, aidé par une très bonne mémoire. <br /> Quand je parle de n'importe quoi je peut enchainer un album de Gaston Lagaffe par du Tolkièn ou un livre sur Mussolini (de l'excellent historien Pierre Milza), et mémoriser beaucoup de chose relativement. <br /> Ce qui m'aide beaucoup pour joué aux.... jeux vidéo, et pas les plus "fins" et "raffiné", étant capable de mémoriser et de mettre (plus ou moins bien) en application de nombreux guide sur un jeu précis.<br /> J'arrive à concilier lecture et jeux vidéo, quoique dès fois ce n'est pas difficile.<br /> http://forum.worldofwarships.eu/index.php?/topic/48461-limiter-le-nombre-de-destroyer/page__st__120#topmost<br /> Et c'est comme çà sur neuf pages. <br /> <br /> Je considère que il n'y à pas hiérarchie entre les supports; cela dépend pour moi entièrement de l'histoire ou l'information présenté par le dit support. Après je tend à considéré moins bien les films et autre productions télévisé car grandement vulgarisé et appauvris pour diverses raison que je vous connaissez. C'est l'inconvénient de ce support, et chaque support à des avantages et des inconvénients. <br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Une fan blibliophage de votre émission télévisuel. Et je vous souhaite bon courage pour le single du 15. <br /> <br /> TugPetit
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