#BatmanVSuperman
Batman V Superman est un film extrêmement vexant, parce qu'il a tellement peur qu'on ne comprenne pas les références bibliques et arthuriennes qu'il les martèle ad nauseam, ralentissant inutilement le rythme, de manière à ce qu'il soit vraiment impossible de les louper. Alors, forcément, on a pas envie de se poser la question de ce qu'il vaut, indépendamment de cette lourdeur fatale au plaisir de visionnage. D'ailleurs, à la base, je comptais bien m'en tenir là, mais le débat avec Al à la sortie de la séance a tout de même fait jaillir des réflexions supplémentaires.
L'essentiel du déplaisir que j'ai pu éprouver devant Batman V Superman vient de ce sentiment de vexation dû au fait de me faire sur-expliquer la symbolique. Que reste-t-il, une fois mon orgueil dans la poche ?
En fait, il reste à se poser deux questions. Premièrement, la question du film, en tant que film, en tant qu'histoire, indépendamment du fait d'être Batman V Superman. Deuxièmement, la question de Batman et Superman.
Concernant le premier point, comme j'ai dit, la surabondance et la surexposition des symboles faciles font que le rythme est inutilement lent. Elles font aussi que le temps passé à cette surabondance et à cette surexposition n'est pas passé à mettre en place les enjeux de l'intrigue, ce qui fait qu'on se retrouve à se demander ce qui a pu amener Lex Luthor à penser qu'un gars qui se déguise en Chauve-Souris pour tabasser les petits criminels de seconde zone est un adversaire crédible pour l'extraterrestre surpuissant qui a à moitié détruit Métropolis deux ans auparavant. On se demande également pourquoi Clark Kent se montre-t-il si apathique face aux dommages collatéraux causés par ses interventions, ou aux accusations qu'on lui porte d'être au dessus des lois.
L'histoire est sans surprise, même un peu en dessous du minimum syndical qu'on attendait. Un méchant qui essaye de pousser deux héros à s'affronter, normalement, ça fait une bonne histoire. Mais ici, malheureusement, le méchant n'est pas très intelligent, malgré ce qu'il raconte.
En tout cas, il ne lui vient pas à l'idée que, sur les deux hommes qu'il veut faire s'affronter, il y en a un des deux qui est superpuissant, et serait, s'il en prenait la peine, parfaitement capable d'immobiliser l'autre le temps de lui dire "attends, je t'explique, si je t'attaque, c'est parce qu'on a enlevé ma mère et qu'on menace de la tuer si je te tue pas". Non, le fait que Batman soit armé de balles à la Kryptonite ne compte pas, Superman a eu mille fois le temps de lui faire ce discours avant d'arriver au stade de la balle. Enlever la mère de Superman pour l'obliger à attaquer Batman, ça devrait être le plan B, appliqué une fois l'échec du plan A, qui consisterait à convaincre Superman que Batman est dangereux et doit être éliminé, au même titre que Batman a été convaincu que Superman est dangereux et doit être éliminé.
Bon, après, ce plan A avait quand même été amorcé. On voit effectivement Clark Kent recevoir des lettres anonymes l'incitant à dénoncer les actions de Batman dans ses articles. Je suppose qu'on est censé comprendre la scène ou Superman détruit la Batmobile comme l'échec de ce plan A, le moment ou Superman a bien été convaincu que Batman est dangereux, mais décide de se contenter de bousiller sa voiture. Admettons cela. Admettons également que même si le complot contre Superman, consistant à lui faire porter la chapeau pour des crimes commis aux fusil et à la bombe ALORS QU'IL EST SUPERPUISSANT ET A UNE VISION THERMIQUE, LES GARS, S'IL VOULAIT VRAIMENT ATOMISER LE PALAIS DE JUSTICE, C'EST PAS A LA BOMBE QU'IL LE FERAIT, même si ce complot, donc, est un peu crétin, le fait que ça soit efficace sur Bruce Wayne n'a rien d'irréaliste, celui-ci ayant été campé comme profondément névrosé (et probablement shooté, vu les interminables séquences d'hallucinations qu'il se tape pendant tout le film).
Le souci, c'est que, ces deux détails qui trouvent leur justification quand on y réfléchit, on a besoin d'y réfléchir a posteriori pour les justifier, et encore, on est pas complètement sûr d'avoir raison dans cette justification. La mise en scène aurait dû se charger de confirmer que Lex Luthor comptait que Superman tue Batman lors de leur premier affrontement, perdant ainsi les faveurs du public, et que, constatant que ce n'est pas ce qui s'est passé, il s'est rabattu vers le plan classique de la prise d'otage. Ce n'est pas le cas, et ça manque.
En fait, la mise en scène est le principal problème. Et là, je ne parle plus seulement des symboles archi-lourds dignes d'un vidéoclip de Madonna. Je parle des dialogues, qui sont mauvais, des informations mises en avant et celles mises en arrière, qui sont mal choisies. Et bien sûr, comme c'est toujours Zack Snyder, les idées véhiculées qui, si aucune n'est aussi offensante que l'apologie du génocide par Jor-El dans Man of Steel, ne sont pas toujours très nettes. Aucune emphase n'est mise sur le moment où chacun des deux héros est prêt à se résigner à tuer l'autre. En fait, la question ne se pose pas du tout. Tuer pour le bien est un droit légitime pour un héros. Batman a le droit de tuer Superman s'il se révèle dangereux pour l'humanité. Superman a le droit de tuer Batman pour sauver la vie de sa mère. Aucun sentiment de culpabilité à l'idée de ce meurtre ne les effleure. Mais bon, je reviendrai sur cette question lorsque je parlerai de ce que vaut ce film en tant que Batman V Superman. Attardons-nous encore un peu sur la question de ce qu'il vaut en tant que film.
Comme j'ai dit, le film m'a vexée au point que j'étais mal disposée et que je n'avais pas envie de voir ce qu'il peut avoir de bien à proposer. Mais en réalité, en creusant, on peut toujours trouver des points positifs à relever. Comme dans Man of Steel, le personnage de Lois Lane est toujours très bon. En fait, c'est elle, le vrai Superman de cette série Superman. C'est elle qui se pose la question du modèle, du bien, du mal, des responsabilités, qui essaye vainement d'amener le héros à se poser les questions qu'il devrait se poser.
Celui de Wonder Woman est encore très évanescent, mais je dois avouer que son introduction dans le film a été parfaitement bien gérée, de la façon dont il fallait, c’est-à-dire en l'intégrant à l'intrigue d'un des deux héros (celle de Batman) et en attendant la fin du film pour lui faire enfiler le costume. Et je suis TRES fan de son thème musical.
C'est amusant de voir Jeremy Irons en Alfred, et Ben Affleck est un bon acteur, même si on ne lui écrit en général que des mauvais rôles. Quant à l'imagerie biblique et arthurienne, même si elle est lourdingue, je ne dirais pas qu'elle est moche. En un peu plus subtile, j'aurais sans doute pu l'apprécier.
Bref, voilà tout ce que j'ai à dire du film en tant que film.
Et en tant que film Batman et Superman ?
Bon, déjà, petit problème, je tiens beaucoup plus à Batman, au Batman qui ne tue pas, encore moins avec un flingue, que je ne tiens au Superman bienveillant, empathique, désireux d'aider et très inquiet à l’idée de ne pas être à la hauteur. Je peux plus facilement pardonner à Man of Steel de ne pas être mon Superman qu’à Batman V Superman de ne pas être mon Batman, et Batman v Superman fait LE truc qui ne peut que rebuter les fans du Batman que je conçois. Car Batman tue. Plus exactement, il marque ses ennemis au fer rouge, ce qui est déjà pas terrible pour l’emblème de justice qu’il est censé être, mais il le fait en sachant qu’une fois en prison, les porteurs de la marque se font assassiner par leurs co-détenus. Bref, il tue. A la décharge du film, cette histoire de condamner les criminels à se faire assassiner en prison est présentée comme quelque chose de vaguement négatif et Bruce Wayne se fait légèrement remonter les bretelles pour ça par Alfred. Toujours à la décharge du film, le Batman qui fait ça a été rendu fou par deux ans de harcèlement moral par Lex Luthor. Toujours est-il que je ne trouverai pas dans cette continuité l’ambition de vertu que je cherche dans DC. En tout cas, ici, la vertu, ce n’est pas d’être juste, c’est d’être humble devant Dieu.
Outre qu’il n’est pas vertueux comme je voudrais qu’il soit, il n’est pas badass non plus. Tout le potentiel badasserie du film à été réservé à Wonder Woman et Ben Affleck manque furieusement de scène d’acrobatise à la Orlando Bloom.
Attention, ce constat ne m’empêche pas d’apprécier l’empathie dont il fait preuve avec ses employés durant le 11 sept… la bataille contre Zod. (Bon, n'empêche qu'il embauche vraiment les pires crétins du monde : incapables d'évacuer l'immeuble avant que leur patron ne le leur ordonne) Ou de trouver original de le montrer enquêtant dans sa tenue de Bruce Wayne plutôt que dans ça tenue de Batman. Mais j’ai du mal à avoir de l’empathie pour lui, primaire et névrosé comme il est. Encore une fois, il y a une raison scénaristique que à ça. Je n’aime pas, c’est tout
De Superman, on relèvera avant tout son apathie. Accusés d'avoir causé la mort de plusieurs personnes, et se voyant reprocher les dommages collatéraux de son combat contre Zod, il ne manifeste que de l'indifférence. Il attend qu'on le convoque pour daigner venir expliquer sa version des choses. Indépendamment du fait que ce soit Superman, moi, perso, si j'avais le monde entier à dos, ça me tracasserait quand même un peu. Est-ce que, ainsi qu'on l'en accuse, il se considère au dessus des lois parce qu'il sait qu'on ne pourra jamais l'arrêter ? Voyons, le superman de Man of Steel se laissait menotter humblement pour prouver sa bonne volonté. Il aura changé à ce point en deux ans ?
Lex Luthor... Bon, Lex Luthor est un gamin dépressif et hystérique qui a beaucoup de chance que les héros daignent être crétins au moment où il en a besoin pour que son plan marche, et passe le film à déblatérer sur un ton fiévreux des délires convenus sur Dieu et sa malveillance, ce qui prouve bien qu'il est méchant. Il n'impressionne ni par son charisme, ni par son génie. Pour autant, le personnage n'est pas raté, il offre un minimum syndical convenable pour être un méchant crédible.
Reste Wonder Woman. Comme on l'a dit, elle est encore très évanescente, mais le peu qui est dit d'elle s'annonce intéressant.
Que conclure, donc ?
Batman V Superman ne met en scène ni le Superman ni le Batman que j'apprécie. C'est dommage pour moi, mais je peux comprendre que ça ne constitue pas un défaut dans l'absolu. Le souci, c'est que même si on passe outre cette question d'adaptation, il restera que le film est très long à cause de scènes qui n'étaient pas nécessaires, pendant que des scènes qui seraient nécessaires pour faire vivre la situation brillent par leur absence. Il restera que les visuels sont malgré tout beaux, lourds mais beaux, que le personnage principal n'est pas très cohérent avec ce qu'il a été dans le film précédent, que les autres ne font pas grand-chose de très admirable ou fascinant durant le film. Que personne n'y fait l'apologie du génocide, mais que tuer, ça peut aller, du moment qu'on ne tue que les criminels. Que le thème de Wonder Woman est trop badass. Et que le film est vexant.