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Au foutoir de la fiction

Les suites (suite)

19 Janvier 2013 , Rédigé par tchoucky Publié dans #Méta-écritures

Évidemment, maintenant que Bataille d'un crépuscule d'automne est sur le point de sortir, c'est là que je pense à tout un tas de points que j'aurais du développer, enrichir, préciser... Alors bien sûr, je pourrais appeler mon éditrice pour lui dire d'arrêter tout, que j'ai encore un tas de corrections à faire. Ce ne serait pas la première fois qu'une sortie est retardée parce que l'auteur a eu des remords à la dernière minute. Mais non, comme disait mon amie Lau l'autre jour, on ne finit pas une œuvre, on la laisse.

J'écris Bataille d'un crépuscule d'automne depuis dix ans. Durant ces dix ans, il m'est arrivé des choses, qui m'ont beaucoup changée, et la personne qui finit ce livre n'est pas la même que celle qui l'a commencé. Je me suis efforcée d'être cohérente, mais reconnaissons-le, Bataille, c'est l’œuvre de Tchoucky à vingt ans, et Tchoucky à trente ans ne peut guère lui apporter grand chose de plus. Les valeurs en lesquelles je croyais quand je commençais ce livre, et auxquelles je ne crois plus, je n'ai pas envie de les retirer du livre pour autant. Ce que j'ai voulu faire au départ, je n'ai pas envie de le trahir sous prétexte que ça ne correspond plus à ce que je suis aujourd'hui. Bien sûr, c'est motivé par le fait que je préfère la Tchoucky que j'étais à vingt ans à celle que je suis à trente ans. Bien sûr, la différence entre ces deux Tchoucky est exceptionnellement forte, et peut-être qu'à part moi, personne ne change à ce point en dix ans. Mais n'empêche, en dix ans, tout le monde change, même ceux qui ne vivent ni trahison, ni déception, ni échec, et aucun projet ne devrait être prolongé au delà de dix ans.
Voilà, vous avez enfin compris le titre de l'article. Je vais ENCORE parler de ma réticence pour les suites et les suites de suites, dans les séries de livres, de films, de dessin animés... Désolée d'y revenir, mais voyez-vous, ce n'est pas seulement un sujet qui me tient à cœur, et pas seulement un sujet sur lequel mes discours se heurtent à une incompréhension générale, c'est carrément un sujet sur lequel peu de gens que je rencontre ont conscience qu'il EXISTE un débat. Malgré les efforts que je fais pour qu'on entende mon point de vue, le cas de figure où il n'est pas compris est le plus rare et le plus positif. La plupart du temps, on ne l'entend juste pas du tout.

Vous allez me dire « en même temps, tu n'as pas de cause plus sérieuse à défendre, dans ta vie, que d'empêcher qu'on fasse des suite aux fictions que tu aime bien ? » Si, bien sûr, il y a des milliers de causes plus sérieuses, plus importantes. Mais je fais partie de ces gens qui pensent que les fictions ont un grand pouvoir sur l'esprit des gens, et par conséquent sur leur comportement dans le monde. Ne pas accepter qu'une fiction s'arrête un jour, c'est révélateur de bien des choses : le refus de prendre du recul par rapport à ladite fiction et de voir ce qu'elle a à apporter de plus que le plaisir de l'instant. Le refus d'admettre que les choses finissent un jour. Si on n'a ces sortes d'attitude que vis à vis des œuvres de fiction, tout va bien, mais souvent, on reproduit aussi ces attitudes dans la vraie vie, on ne prend pas de recul, on vit dans l'instant, et on ne veut pas admettre que quelque chose est fini quand on l'a perdu. Alors, certes, il y a des causes plus sérieuses que l'attitude du public envers les fictions, mais il y a aussi des causes moins sérieuses, je pense.

Et, au final, je n'ai pas tant besoin qu'on partage mon avis, au sujet des suites, pas même besoin qu'on comprenne mon point de vue, j'ai fini par renoncer à ça. Maintenant, mon ambition est juste qu'on prenne conscience que ma position EXISTE, qu'être fan d'une œuvre ne signifie pas obligatoirement qu'on désire la voir se prolonger éternellement et qu'il n'y a pas que des Bastien Balthazar Bux dans le monde.
D'un point de vue très objectif, rester sur la même œuvre pendant dix ans a des désavantages, qu'on ne devrait pas nier. Les auteurs évoluent, les auteurs oublient, ils finissent par se contredire eux-même. Dans Bataille, il y avait des personnage qui changeaient carrément de physique d'un chapitre à l'autre parce que j'avais oublié quelle était censée être leur tête. Rien que ces détails technique, au-delà des questions de message et de valeurs justifient que ma position face aux séries qui se prolongent indéfiniment existe.

Et elle existe. Quand bien même je serais la seule à l'avoir, ce qui n'est pas le cas, elle existe. Je suis fan de Code Lyoko, DONC je ne veux pas de suite à Code Lyoko. Je suis fan de Avatar, le dernier maître de l'air DONC je ne veux pas de suite à Avatar le dernier maître de l'air. Je suis fan de Star Wars DONC je ne veux pas de suite à Star Wars. Le fait que j'ai un a priori négatif sur ce que vont être ou sont déjà ces suites n'est pas le problème, et ça ne sert à rien de me dire que La Légende de Korra est bien meilleure que je crois. Le fait que la Légende de Korra existe me déplait en tant que fan de Avatar, le dernier maître de l'air. Si c'est malgré tout une bonne œuvre, tant mieux, mais ça ne change pas ma position, et je continuerai à refuser de regarder.
J'aime la version française de Digimon. Elle est totalement infidèle à la version originale, l'état d'esprit a complètement été changé, et le sens de certains événements aussi. Mais je l'aime. Je m'en excuse. Seulement, j'ai beau l'aimer, j'admets que le geste de modifier une œuvre et lui donner un tout autre état d'esprit que ce qu'a voulu son auteur, c'est irrespectueux. Je ne demande donc pas qu'on cesse d'aimer Korra, ou Star Wars 7, ou Code Lyoko évolution, mais qu'on admette que continuer une série alors qu'on a changé d'état d'esprit, comme le fait Roger Leloup, l'auteur de Yoko Tsuno, qui a totalement perdu de vue ce qui faisait la valeur de sa série et continue malgré tout à faire des albums médiocres, ridiculisant ainsi mon héroine de BD préférée, ça peut déplaire à certains.

Les fictions ne sont pas un bien de consommation ordinaire. C'est un bien de consommation qui s'adresse à l'émotion et au subconscient. Elles peuvent nous rendre meilleurs, ou pires. Il convient de les traiter avec plus de sérieux que le chocolat ou les bonbons.m

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