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Au foutoir de la fiction

J'existe et j'écris

28 Août 2013 , Rédigé par tchoucky Publié dans #Méta-écritures

A vingt ans, j’étais jeune fille naïve et inexpérimentée montée à Paris pour devenir comédienne, forte de la certitude que ma foi en le théâtre et en l’éducation comme remède contre tous les maux du monde me donnait le droit à une place parmi les héros qui font exister le théâtre et l’éducation tous les jours. Aujourd’hui, je suis une femme désabusée, cynique et misanthrope. Il y a entre cette jeune fille et cette femme deux obstacles, contenus dans deux certitudes que la vie a profondément ancrées en moi.

La première est que cet Humain à la rencontre de qui je voulais aller, avec qui je veux échanger pour que nous nous rendions mutuellement meilleurs ne veut pas de ce que j’ai à échanger, n’y voit aucun bénéfice pour lui-même, ni pour personne.

Je le pense parce que ce que j’ai à échanger avec autrui a été refusé, plusieurs fois, et violemment. Ce que plusieurs ont refusé peut encore être accepté par d’autres, certes, mais le fait que ça se soit produit plusieurs fois, dans des circonstances différentes, donne à penser que le refus sera constant, qu’il ne peut y avoir personne pour accepter, puisque des gens différents, venus de différents milieu, ont eu la même réaction.

La deuxième certitude est que je ne saurais de toute façon pas partager ce que j’ai à donner. Je ne sais pas, ou plutôt ne sais plus, exprimer ce qu’il y a dans mon cœur d’une manière qu’autrui entende. La plupart du temps, quand je parle, on me répond comme si j’avais dit l’exact contraire de ce que j’ai voulu dire, et les retours que j’ai sur moi sont toujours très surprenants. On voit dans mes propos des messages que je n’avais pas l’intention de mettre.

Ca me décourage d’écrire, mais je ne dois pas m’arrêter. Le risque que ces deux principales craintes qui me bloquent et m’enferment soient fondées est loin d’être faible, mais je n’ai plus le choix. J’existe, alors j’écris. Tant pis si je suis repoussée ou mal comprise. Je n’ai pas le choix. Je dois écrire, parce que je n’ai rien d’autre et ne suis rien d’autre.

Il existe, je veux le croire, des personnes prêtes à s’intéresser à ce qui ne fait pas partie de leur univers au départ, et capables de me réapprendre à être comme elles. Si je veux une chance de les rencontrer, je dois continuer à appeler.

Il y a beaucoup de choses que je n’essayerai plus. Plus jamais je ne tenterais de fonder une communauté ouverte à n’importe qui acceptant les règles, et prête à donner une seconde chance à tout le monde, parce que ce sont les actes qu’il faut juger, pas les gens. Plus jamais je n’essayerai de diriger un projet artistique nécessitant l’investissement total de plus de deux participants. Plus jamais je n’essayerai de monter sur une scène. Plus jamais je n’enseignerai. Plus jamais je n’accorderai ma confiance par défaut, avant qu’on m’ai prouvé que je peux en prendre le risque. Mais je ne cesserai pas d’écrire. Même si j’ai moins de temps, moins de choses profitables à dire. Je n’ai pas le choix. J’existe, donc j’écris.

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C
Très bel article qui relate bien les sensations que provoquent l'écriture. Ce texte donne envie de s'abandonner au pouvoir des mots.<br /> Les mots ne sont-ils pas ce que l'on posséde de plus précieux, ce que personne ne peut nous enlever. Ils seront toujours là.........à disposition.
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