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Au foutoir de la fiction

La Mort des Etoiles - Partie 2 : A chacun son Star Wars

29 Octobre 2023 , Rédigé par tchoucky Publié dans #Mes Lectures

Dans l’épisode précédent, nous avons vu qu’un joli conte tout simple a tendance à se gâter quand on le prend trop au sérieux

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Star Wars. L’incontournable franchise. 

Tout le monde connait. Du moins tout le monde croit connaître. Mais personne ne connait le même Star Wars. 

Pour le spectateur de 1983, Boba Fett y meurt dans le ventre du Sarlacc, sauf qu’il survit, et s’en échappe. De deux façons différentes selon les versions, ce qui a finalement impliqué de décider qu’il avait trouvé le moyen de se faire bouffer deux fois par la même créature. Dark Maul est coupé en deux par Obi-Wan dans la Menace Fantôme, mais il n’en finit pas de survivre et revenir. L’étoile de la mort a été conçu par un ingénieur, sauf que finalement, elle a été conçue par les Géonosiens, sauf que finalement elle a été conçue par le père de l’héroine de Rogue One. 

Éléments canons, décannonisés, retconnés, recannonisés. Histoires contradictoires écrites autours des films. Œuvres canons qui se contredisent entre elles, font voltes face par rapport aux règles qu’avaient fixées leurs prédécesseuses. Changements de propriétaires, de direction, de ligne artistique.  

Selon l’époque à laquelle on aura commencé Star Wars, on n’aura pas découvert le même Star Wars que son voisin. Selon qu’on soit joueur de jeux, lecteur de comics, spectateur de films, on n’aura pas vu le même Star Wars que son voisin. 

On aura adoré le Star Wars qu’on aura découvert. On aura très envie que ce soit celui-là, le vrai. On signera des pétitions pour décanoniser Star Wars 8, et on sera scandalisé que Star Wars 9 n’ai plus aucun sens par rapport à tout le reste. On ne s’y retrouvera plus. 

On aimera Star Wars. Mais que répondra-t-on à quelqu’un qui demandera ce que c’est, Star Wars ? 

A la base, c’était une trilogie de film, racontant un petit conte tout simple et plaisant, dans une ambiance Space Opera. Puis un univers étendu a été créé, développé sur plusieurs supports, pour ensuite être décanonisé lors du rachat de la franchise par un nouveau propriétaire, et un autre univers étendu a commencé à se développer, avec d’autres règles, un autre historique, une autre esthétique. Quel est l’élément qui reste commun ? Reste-t-il un élément commun ? 

Ceux qui ont grandi avec Star Wars veulent faire aux nouvelles générations le cadeau de grandir avec Star Wars et veulent faire un nouveau Star War pour chaque génération. Mais la définition de ce qui fait Star Wars s’étant perdue au gré de tous les changements d’orientation de la franchise, le développement des nouveaux opus n’aboutit qu’à des débats houleux sur ce qui est ou n’est pas Star Wars. 

Chacun aime son Star Wars d’amour, et ne peut pas concéder qu’il n’existe pas, qu’il faut le laisser s’effacer au profit du star wars des autres. On ne peut pas parler de Star Wars calmement car on ne peut pas parler de Star Wars. Entre deux personnes qui parlent de Star Wars, aucune des deux ne parlera du même. 

Ce qui fait l’esthétique de Star Wars n’a plus aucun consensus. Star Wars est un conte, mais maintenant, la magie y fonctionne grâce à des petites particules qui captent la force en chacun de nous et s’appellent les midi-chloriens, les rues de Coruscant sont agrémentées de bars américains des fiftie’s et dans les casinos, où il y une surabondance de papier, on joue avec des pièces au lieu d’argent dématérialisé. 

L’enjeu de l’histoire, c’est la lutte du bien contre le mal, sauf que finalement, il s’agit d’établir un équilibre entre les deux, et à priori c’est la même chose mais tous les spectateurs ne sont pas d’accord. 

Une histoire de Star Wars est une histoire de Jedi, sauf que non, c’est une histoire d’aventurier qui vit des aventures de western de l’espace, sauf que non, c’est une histoire de groupe constitué de bric et de broc qui sauve le monde grâce à la force... 

Le seul caractère commun, c’est qu’une histoire de Star Wars, c’est une histoire que tu as aimé d’amour, et que tu ne peux pas accepter de voir effacer par un autre qui n’y reconnait pas son Star Wars à lui. 

Star Wars est une expérience très intime. Après tout, quoi qu’on en dise, c’était au départ un conte, et un conte, on l’habille de son intimité. En outre, chaque génération a découvert Star Wars enfant et a eu son star Wars d’enfance. Chaque génération a donc le droit de revendiquer cette expérience personnelle de star wars. 

Certaines fictions sont assez élaborées pour faire de leur lecture la base d'une réflexion sur laquelle un débat avec d'autres lecteur pourrait être intéressant, mais Star Wars n'a pas d'objectif plus élaboré que de raconter une histoire. Raconter une histoire est un objectif respectable. Je me plains souvent de fictions qui ne l'ont pas. Mais si plus personne n’est d’accord sur la question de l’histoire qui est racontée, c’est que l’objectif s’est perdu. 

Pour prolonger l’expérience Star Wars, il a fallu miser sur l’univers. Mais chaque génération ayant fait un peu ce qu’elle voulait sans se préoccuper des règles établies par les œuvres précédentes, cet univers s’est perdu également. 

Du coup, chacun a son Star Wars. Il n’y a pas de Star Wars commun. Donc Star Wars n’existe pas. N’existe que le logo, et les millions d’individus qui habillent chacun ce logo de leur expérience intime. 

 

Dans le prochain épisode : We don't talk about Star Wars, no, no

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