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Au foutoir de la fiction

"L'été où je suis devenue jolie" de Jenny Han

18 Juillet 2012 , Rédigé par tchoucky Publié dans #Mes lectures

Tous les été, Belly et son frère Steven les passent dans la maison de vacance d'une amie de sa mère Susannah, avec les deux fils de celle-ci, Jeremiah et Conrad. Depuis toujours, Belly est amoureuse de Conrad, ce n'est un secret pour personne, mais lui ne la voit que comme une petite soeur un peu encombrante. Mais cet été beaucoup de choses sont différentes. Susannah semble plus fatiguée que d'habitude, Conrad est plus sombre et renfrogné, et Belly est devenue jolie.

Ce livre ne m'a pas plu. Mon premier réflexe était de dire "pas touchée" mais c'est faux. Il m'a touchée, et je n'ai pas aimé la manière dont il m'a touchée. J'ai été dérangée par la simple histoire d'une adolescente qui fait l'expérience du regard des garçons sur elle pour la première fois.

Je fais partie de ces filles qui ne sont jamais devenue jolie, vous savez, celles qui ont d'abord été invisible pendant des années, puis vers qui on s'est rabattu quand toutes les jolies étaient prises, faute de mieux. Avec les années, je me suis rendu compte de ce que le fait d'être invisible aux yeux de l'autre sexe durant mon adolescence m'avait apporté, et épargné, le temps que j'y avais gagné pour me construire, me connaître, comprendre qui j'étais et ce que je voulais.
Le livre décrit avec un réalisme troublant la façon dont la conscience de plaire déconstruit lentement une jeune fille et lui fait oublier qui elle est, qui elle aime, et ce qui mérite qu'elle y fasse attention, dans son entourage. Le plus terrible, c'est que la jeune fille en question n'est ni idiote, ni superficielle, d'ailleurs, elle ne fait pas mine, parce que c'est ce qui convient, de se croire moche ou de ne pas voir qu'on la regarde. Elle fait preuve d'une lucidité que les jeunes filles belles s'interdisent d'avoir parce qu'elle les rendrait moins séduisantes. Il faut un choc violent, une réalité affreuse, pour faire comprendre à l'héroine où est l'essentiel. Si sa vie était restée normale, elle l'aurait tout simplement perdu de vue.

L'histoire est banale, juste l'histoire d'une fille qui papillonne sans se rendre compte qu'on souffre parmi ses proches. Ses papillonnages n'ont rien de captivants, d'inoubliables, d'exceptionnel, qui justifie qu'on les raconte. C'est l'histoire telle que des tas de jeunes filles, dont je ne suis pas, l'ont vécue. Et, pour une raison qui m'échappe, qu'un livre raconte cette histoire me perturbe.
Je ne vais pas refaire le couplet sur le mal qu'il y a à réduire les femmes à leur apparence physique et leur tour de poitrine. C'est acquis, à notre époque. Mais le fait est que, malgré cet acquis, le fait de devenir jolie, ou de ne pas le devenir, reste un élément essentiel dans la vie d'une fille. Dés qu'elle le devient, son identité, sa personnalité se trouve changée. Si elle ne le devient pas, elle aura une autre identité, une autre personnalité, un autre destin. Si libérée qu'elle puisse être. Si équitable que soit le milieu dans lequel elle évoluera. La question de si elle crée le désir dans le regard de l'autre sexe sera essentiel pour construire son identité de femme.
Alors évidemment, je ne peux pas savoir si le fait de plaire aux femmes est essentiel pour construire son identité d'homme, et je lirai peut-être un jour un livre qui s'appelle "l'été où je suis devenu séduisant". Mais le fait est que je me souviens de mon adolescence, et d'avoir remarqué qu'il existait deux sortes de filles, celles qui plaisaient au garçon, et celle qui ne leur plaisait pas, mais je ne me rappelle jamais avoir remarqué qu'il existait deux sortes de garçons.
Alors attention, je n'accuse pas le livre de sexisme. C'est le simple récit d'émois adolescent pendant un été, avec, en fond, le thème de la maladie et du temps qui passe. Rien de plus, rien de moins. Le fait est que, sans le faire exprès, ce livre a remué une corde sensible en moi, et que, même si l'émotion qui en découle n'est pas agréable, j'éprouvais le besoin de l'exprimer.

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T
J'avais compris, je disais juste que la maladie se devinait dès le résumé. (:<br /> Mon commentaire est bien à propos du fait de devenir jolie.
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T
Je pense que sa mère meurt à la fin, je l'ai deviné dès que j'ai lu "fatigué". Sinon, je comprends que ça te touche. C'est quelque chose qui nous concerne tous, en fait, et contre lequel on ne peux<br /> pas faire grand chose. C'est ce sentiment d'impuissance qui est difficile à supporter.
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T
<br /> <br /> Oui, l'amie de sa mère a le cancer. Mais non, ce n'est pas ça qui me perturbe, c'est réellement la raison que j'ai donné dans l'article, à savoir le fait que la jeune fille ne le remarque pas,<br /> parce que c'est l'été ou elle est devenue jolie, et qu'il est tout à fait crédible de penser qu'une fille perde le sens des priorités lorsqu'elle fait l'expérience d'être devenue jolie. Je ne<br /> ressens pas ce livre comme un livre sur la mort, vraiment comme un livre sur ce à coté de quoi on passe quand on pense trop aux garçons.<br /> <br /> <br /> <br />