"L'affaire Jane Eyre" de Jasper Fforde
Tiens, puisque je suis en train de parler de livre qui me font réagir, j'aimerais vous en parler d'un autre, que j'ai lu y a longtemps, celui-là.
Dans un monde où la littérature a autant de succès que le cinéma grand public dans le notre, où les auteurs sont idolâtrés comme des
grande star, et où les oeuvres littéraire constituent un marché particulière lucratif, Thursday Next est flic, mais pas n'importe quel flic, flic spécialisé dans les crimes littéraires. Qu'est-ce
qu'un crime littéraire ? Ca peut aller du plagiat à la vente de faux manuscrit originaux, de fausses éditions originales.
Hors, voilà qu'un terroriste invente un nouveau genre de crime. Grâce à une nouvelle invention qui permet de voyager à l'intérieur des livres, notre supervilain enlève Jane Eyre au beau milieu de
son histoire, raccourcissant le livre de centaines de pages, et le laissant inachevé. Il ne la rendra que contre rançon. Thursday n'a pas l'intention de laisser faire cet odieux preneur d'otage
qui menace son roman préféré.
Je parlais précédemment de combien un public a le droit d'intervenir sur l'oeuvre, d'en exiger des modifications par l'auteur. Je crois que ce livre résume à merveille la problématique. Certes,
un auteur ne doit pas se brider, et écrire ce qu'il a en tête, mais il doit garder en mémoire qu'il provoque des émotions chez son public, et que les émotions ne sont pas rien.
Quand Thursday se bat pour délivrer Jane Eyre, elle ne pense pas à la mémoire de Charlotte Brontë. Elle pense à elle-même, et au reste du public, qui veut qu'on lui rendre SON livre. Car c'est
bien à ce public, que le livre appartient, puisque c'est lui qui a besoin qu'il existe, qu'il ne soit pas altéré, et que le récit ne s'achève pas abruptement et de façon frustrante. Le mal qu'on
éprouve à être déçu d'un récit est réel, et dans le monde de Thursday Next, on le traite avec le sérieux qu'il mérite.
L'intrigue est passionnante et rocambolesque, mais ce qui fait l'affaire Jane Eyre, c'est d'abord cet univers paralèlle déjanté, où les dodo n'ont tellement pas disparu qu'ils sont même des
animaux de compagnie, où l'héroine s'appelle Jeudi prochain parce qu'elle est la fille d'un officier de la brigade temporelle, ou les situations cocasses s'enchaine sans pour autant entraver
l'empathie qu'on a pour le personnage, ni le sérieux avec lequel on peut prendre leur situation, et où les livres ont la place qu'on aimerai leur voir attribuer dans la vraie vie.
C'est un livre plein d'humour et d'éclat de rire, d'aventure et de suspens, mais c'est avant tout un prétexte pour parler de littérature, et d'amour de la littérature. Le genre de livre qui fait
se sentir moins seul devant sa page, qui rappelle pourquoi on aime lire, pourquoi on a envie d'écrire, et la réalité de ce qu'est l'expérience de lecture.