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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 09:25

Si le phénomène Pokémon Go, devenu viral en quelques jours et chaque jour plus populaire, exaspère tant de monde, c’est en partie, si on en croit les dires de ses détracteurs, qu’il serait symptomatique du fait que presque plus personne n’est adulte aujourd’hui.

Plus exactement, beaucoup d’aspects de la folie ambiante peuvent s’expliquer par le fait que les gens sont dans l’émotionnel, dans la réaction épidermique plutôt que dans la réflexion et l’analyse. Bref, ils ne seraient pas adultes, et le succès de Pokémon Go le prouverait.

J’admets que la réflexion et l’analyse, ça n’a pas l’air très courant ces temps-ci. En tout cas, ça n’a pas l’air très représenté sur Twitter, qui est mon outil de prédilection pour déterminer comment mon époque pense. Je ne suis pas très fière de ce que je vois. On se dispute à propos de bouts de chiffons, de règles de grammaires et de choix de vocabulaire. On s’accuse de nazisme pour un mot mal employé. On s’enflamme pour des paroles qui n’ont pas été dites, pour des actes qui n’ont pas été commis. Et en dehors de Twitter, on ment, on arnaque et on trompe sans le moindre état d’âme. On se pointe aux rendez-vous avec trois heures de retard, et on trouve ça normal. Je suis toute prête à croire que la sagesse, la loyauté, la solidarité et le bien commun ne sont pas des valeurs qui ont la cote, aujourd’hui. Je veux bien croire que, si elles n’ont pas la cote, c’est parce qu’elles n’ont la cote qu’auprès des adultes, et que d’adultes, il n’y a plus. Là où je ne peux plus suivre, c’est que les partisans de cette théorie d’une époque infantile ne citent pas le manque de loyauté, de sagesse ou de solidarité de leurs contemporains, pour la démontrer. Non, ils citent des pratiques bénignes et innocentes comme le fait de jouer à Pokémon Go, de fumer des cigarettes électroniques au lieu de vrai tabac, et de rouler en trottinette. Ils ne développent pas, ils citent. Comme s’il était évident, et n’avait pas besoin d’être argumenté, qu’arpenter les rues de Paris pour attraper des Pokémon et se répandre en invectives parce que les français mettent de la crème dans leurs pâtes carbonara, ça va de pair.

Et je ne suis pas d’accord. Ca ne va pas de pair.

Ca va surprendre beaucoup de monde, en particulier ma famille, mais je m’estime adulte.

J’estime qu’avoir démissionné de l’enseignement parce que je n’arrivais pas à avoir d’autorité sur ma classe, avoir renoncé à un métier qui me plait pour ne mettre en danger la vie de personne, c’est être adulte. J’estime que faire un métier que je n’aime pas pour coûter le moins d’argent possible aux autres, c’est être adulte. J’estime que dire systématiquement oui quand on me demande de l’aide alors que je sais que ça va me coûter du temps, de l’énergie et de la confiance en moi, et que je ne recevrai rien en retour juste parce que, en disant non, je mettrai quelqu’un dans l’embarras, c’est être adulte. J’estime que faire des pieds et des mains pour pouvoir publier les vidéos de CDAL tous les 18 du mois, sans qu’il y ait le moindre retard, alors que ça demande la totalité de mon temps libre et ne me rapporte rien, juste parce qu’un public attend, c’est être adulte. J’estime que répondre posément quand on me manque de respect, c’est être adulte. J’estime que ne pas hurler avec les loups sur Twitter, réfléchir à si l’objet du délit est assez scandaleux pour mériter un tel déferlement de haine, aller vérifier le contexte de l’acte incriminé et juger s’il n’a pas été mal compris par ses dénonciateurs avant de décider si je suis scandalisée moi-même, c’est être adulte. J’estime que se désolidariser d’un groupe de personnes dont je fais partie qui donne une image déshonorante dudit groupe, et présenter mes excuses à la personne qui a subi des préjudices de la part dudit groupe, c’est être adulte.

Je suis adulte, et pourtant, je joue à Pokémon Go

Et je ne fais pas que jouer à Pokémon Go. Je chronique des dessins animés. Je lis de la littérature de jeunesse. Quand je vais au cinéma, c’est pour voir des adaptations de comics ou des films d’animation. Je dessine des célébrités en version My Little Pony. Je Tweete. Je Facebooke. Je Skype. J’offre Achille Talon à Al pour son anniversaire, et je vais à la nuit du Nanar avec Pesme. Pourtant, je persiste, rien de tout ça ne m’empêche d’être adulte.

Je suis adulte parce que j’essaie d’être quelqu’un de réfléchi, quelqu’un de raisonnable. Je suis adulte parce que je fais des plans pour l’époque, pour le siècle, pour l’éternité. Un enfant ne fait pas de plan. Je suis adulte parce que je cherche à connaître la vérité, pas à prouver que ma vérité est la bonne.

Je ne dis pas que je m’en fous des chiffons. Des fois, c’est des drapeaux, et dans ces cas là, ça nécessite mon attention, quand même. Un drapeau dressé contre moi et ma façon de vivre, je dois m’en inquiéter. Mais je ne vais pas perdre de vue que le drapeau, c’est le symptôme, pas le problème. Supprimer le symptôme ne supprime pas le problème. Je ne dirai pas non plus que je m’en fous du choix des mots, ou de la façon dont on tourne les phrases. Mais je vais pas traiter de nazi quelqu’un qui a mal choisi ses mots. Je garde en tête qu’un langage, ce n’est pas universel. Que des fois, la personne en face en parle un autre, et que je dois me donner la peine de le comprendre. Je ne me pose jamais la question de ce qui est « safe » mais la question de ce qui est juste. Avant de condamner quelqu’un, je me pose réellement la question de ce dont il est coupable. Jouer à Pokémon Go ne m’empêche en rien de faire tout ça. Ni chroniquer des dessins animés. Ni prendre une voix de petite fille pour rigoler, dans les moments de détente. Rien de tout ça ne m’empêche d’être adulte, selon ma définition de ce que c’est qu’être adulte.

Et je ne m’arrête pas là. Je vais encore vous surprendre, mais j’estime que parmi les gens que je rencontre, et avec qui je discute dans les commentaires de mes vidéos, il y en a pas mal qui sont adultes. Ce sont des gens qui regardent une émission Youtube sur les dessins animés. Souvent, ils ont leur propre émission Youtube. Ils dessinent. Ils livent. Ils lisent des comics. Ils jouent à des jeux vidéo. Je parie même qu’il y en a deux trois qui ont des trottinettes. N’empêche que, quand ils voient dans une vidéo quelqu’un exprimer un avis auxquels ils n’adhèrent pas, leur réflexe est de rédiger un long commentaire posé, construit et argumenté, d’écouter la réponse et d’y répondre de manière appropriée. Ils pourraient se précipiter sur la touche « pouce rouge » et se répandre en torrents d’insultes. Ca s’est vu, sur d’autres chaînes. Mais non. Ils entrent dans le débat dans une attitude respectueuse et attentive. Et c’est ça, plus que leur choix en matière de loisirs, et de centres d’intérêts, qui va faire d’eux des adultes. En tout cas, selon ma définition du mot adulte.

Parce qu’être adulte, c’est quoi ? S’intéresser à des trucs de grande personne ? S’habiller en grande personne ? Avoir la plus grosse voiture et la plus grosse maison pour prouver qu’on est une grande personne ? Avoir des activités d’adultes, qui consisteraient à sortir le samedi soir et boire à s’en rendre malade ? Ou c’est utiliser son expérience de la vie pour évaluer ce à quoi on est confronté avec justesse, et y réagir de manière constructive et pertinente ?

Alors, non seulement je suis adulte, mais je pense que je connais d’autres adultes. Un nombre peut-être assez peu conséquent à l’échelle de la population française, mais assez pour qu’il soit inexact de dire qu’aujourd’hui, il n’y a plus d’adultes.

Aujourd’hui, la culture dite « geek » s’est démocratisée. Lire des comics et regarder des séries n’a plus rien de honteux. Je veux bien croire que ça perturbe la génération de mes parents, pour qui ces choses faisaient partie d’une sous culture réservée aux enfants. N’empêche qu’à une époque, le roman était une sous culture réservée aux enfants et méprisée des élites, et aujourd’hui, on étudie « les misérables » et « cinq semaines en ballon » en littérature. Donc, les dessins animés, les jeux vidéo, Pokémon Go, il n’y a pas de raison que ce soit INTRINSEQUEMENT quelque chose qui rend immature.

Si les gens mettent un point d’honneur à ne plus réfléchir, si penser aujourd’hui, c’est devenir un objet de haine, je ne sais pas à quoi c’est dû, mais ce n’est certainement pas dû à Pokémon Go ou au reste.

Parce que j’y joue, moi, à Pokémon Go. En  fait, tout le monde y joue, à Pokémon Go. Donc forcément, dans le tas, il y en aura qui sont dans la réaction épidermique et le refus de communiquer. Il y en aura aussi, qui, devant un buzz provoqué par un tweet, se disent que ce tweet, peut-être un peu pédant, n’était pas si insultant. Il y en a qui vont lire le contexte du tweet, et d’autres qui vont le retweeter sans se poser la question de s’il signifie bien ce dont il a l’air, et si son auteur ne s’est pas déjà expliqué, plutôt quinze fois qu’une, en commentaire. Il y a des gens qui présentent leurs excuses de faire partie d’un groupe de personnes qui se conduisent mal, et des gens qui se mettent à insulter ou se moquer de la personne qui s’est ainsi excusée (mais tout en la citant pour lui donner de la visibilité, ce qui n’est pas forcément malin).

Peut-être qu’il y a une forte proportion de joueurs de Pokémon Go qui ne sont jamais devenus adultes. Peut-être qu’elle n’est pas si forte, au fond, mais qu’elle se manifeste plus bruyamment que la proportion qui est devenue adulte. Peut-être qu’il y a, surtout, parmi les joueurs de Pokémon Go qui utilisent twitter, une forte proportion de gens qui ne sont effectivement pas adultes. Peut-être que pour avoir du temps à consacrer aux réseaux sociaux à la fin du mois d’Août, il faut être au collège, au lycée, à la fac, bref, jeune, et pas forcément tenu d’être déjà modéré, réfléchi et responsable.

Peut-être qu’il n’y a pas moins d’adulte qu’avant. Peut-être qu’internet a juste donné la parole à ceux qui ne le sont pas. Peut-être qu’il faudrait en profiter pour écouter ce que les enfants ont à dire, parce que leur sensibilité doit être prise en compte, mais les écouter en tant que ce qu’ils sont, des enfants.

Parce que oui, figurez-vous qu’il est tout à fait permis de ne pas être adulte, quand on ne l’est pas, quand on n’a pas l’âge de l’être. La maturité, ça se construit. Il faut passer par un apprentissage, par une expérimentation. Personne n’est tenu de naître adulte et responsable, riche de l’expérience de mille ans, alors qu’on n’a encore rien vécu. On a le droit d’être enfant, avant d’être adulte, bordel, c’est pas criminel !

En tout cas, je peux affirmer une chose, c’est qu’il n’y a pas de rapport de cause à effet entre Pokémon Go et la capacité à devenir adulte. J’affirme même qu’on est peut-être plus adulte quand on admet que s’accorder un loisir bénin pour échapper aux problèmes du quotidien, ça n’a rien de honteux, ni de blâmable que quand on s’interdit ledit plaisir pour avoir l’air plus intelligent, plus original, moins comme tout le monde.

Peut-être qu’admettre que Pokémon Go, c’est juste un phénomène de mode sans importance, c’est plus adulte.

Published by tchoucky - dans Foutoir d'écriture
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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 20:22

Il faut que j'arrête d'aller voir des films juste parce que ce sont des comédies musicales, et que j'aime ça, les histoires racontées en musique où, quand les mots ne suffisent plus à exprimer l'émotion du personnage, tout s'arrête et tout chante, juste comme ça, pour le plaisir de s'arrêter et de chanter. Il faudrait que j'admette qu'aujourd'hui, les comédies musicales, ça ne se fait plus, et que si on a l'idée d'en faire, quelque part, on le fait contre la mode du moment, qui est de ne pas en faire, on se force à le faire malgré le fait que ça ne se fait plus, on le fait en sachant qu'on va paraître bizarre, incongru, on le fait pour être différent, pour être subversif, bref, il n'est plus possible de le faire JUSTE pour le plaisir de le faire.   

Il faut que j'arrête, aussi, d'aller voir des films parce qu'ils parlent de sujets qui me touchent particulièrement. Il est évident que je ne serai jamais contente de la façon dont le sujet sera représenté.  

Je cherche un emploi depuis 2002. J'en connais un rayon sur le chômage. J'en entends dire, aussi, des conneries dessus. Je vois bien qu'il y a des gens persuadés que du travail, il y en a, que si tu n'en trouves pas, c'est que tu ne fais pas d'efforts pour, qu'en tout cas, c'est forcément de ta faute si tu ne t'en sors pas. Moi, ça me semblait une bonne idée, qu'un film vienne expliquer que non, du travail, il  n'y en a pas, que quand on te prend à l'essai, ça ne veut pas dire que tu as retrouvé un boulot, qu'on peut encore te virer juste avant que la période d'essai se termine, qu'on peut te préférer la collègue crétine et analphabète mais qui sait sociabiliser avec le responsable, elle, que ton patron peut se mettre à te détester sur un coup de tête et te croire, juste parce que tu es malchanceuse, responsable d'un mouvement de grève auquel tu as pourtant refusé de participer, que durant les entretiens d'embauche, les recruteurs seront odieux avec toi pour voir jusqu'où tu tiens sans fondre en larmes, que durant les premiers jours de ton contrat, ta N+1 prendra un malin plaisir à faire comme si les erreurs normales de débutant que tu fais sont la preuve de ton incroyable nullité et qu'elle n'a jamais vu quelqu'un d'aussi empoté que toi. Sur le fait que, si tu es au chômage, c'est pas parce que tu ne cherches pas de boulot, c'est parce que, pour une raison X ou Y, tu n'as pas pu faire d'études ou pas celles qu’il fallait, que tu n'as pas vraiment de profil, pas de compétence spécifique, que, pour paraphraser une des chansons "à force d'être bonne à tout faire, tu as l'air d'être bonne à rien faire". Sur le fait que le RSA, ça ne suffit pas pour survivre, en tout cas pas dans une grande ville (le film ne parle pas de RSA, ni de grande ville, mais il y parle du fait de ne pas pouvoir se payer le luxe de dépenser 20 euros, en tout cas). Sur le fait que même quand tu as un boulot, par les temps qui courent, tu es de moins en moins sûre de le garder, que le code du travail qui te protège, on est en train de te l'enlever petit à petit.  

 

Mais tout ça, pour que ça marche, il aurait fallu que cette histoire arrive à des vrais gens, pas à des caricatures à peine esquissées. Ici, nous avons des super vilains de bande dessinée face à des crétines de comedia del arte qui essayent de nous intéresser à leur histoire au moyen de musiques inintéressantes et de vers creux et oubliables.  

Musicalement, c'est correct, mais les mélodies n'ont rien de spécialement captivant, et les textes sont vides. Comme les dialogues, d'ailleurs. Mais les dialogues, c'est un autre problème. On est dans une comédie musicale, alors la première chose que je demande, c'est des chansons qui me plaisent, me parlent, me donnent envie de rire, pleurer et danser, et de les rechanter en sortant de la salle. Ca n'arrivera pas cette fois. Les rimes ne sont pas spécialement jolies, et surtout, les chansons ne parlent pas. Je veux dire, elles ont un sujet, c'est sûr, et elles n'en parlent pas. Des vers vides de sens, qui évoquent sans dire, et n'ont même pas l'excuse d'être joliment dits, d'avoir sacrifié le sens pour la forme.  

J'ai l'habitude d'être déçue par les comédies musicales d'aujourd'hui. Comme j'ai dit, aujourd'hui, ce n'est plus à la mode. En faire une maintenant, c'est un peu prétentieux. Et pour qu'une comédie musicale fonctionne, il lui faut une spontanéité, un naturel qui n'est pas forcément compatible avec la volonté de faire original à tout prix. Ou alors, c'est juste qu'on ne sait plus écrire de chansons de comédie musicale. En tout cas en français. Peu importe. J'ai l'habitude, donc. Je vais quand même les voir, bien sûr. Je ne peux pas m'empêcher. Il y a quand même à chaque fois un petit pourcentage de chances que ce soit bien, ou qu'au moins les chansons soient bien. Ce n'est pas le problème. Et puis, le fait que les personnages ne soient pas très bons, que les dialogues soient très artificiels, et qu'on ne croit pas vraiment à la situation alors même qu'elle est réaliste, ce n'est pas le problème non plus.   

Bon, c'est quand même un peu le problème. Les auteurs ont parfaitement compris quels étaient les problèmes de la recherche d'emploi de nos jours et nous en font une énumération quasiment exhaustive. Mais ils le font au moyen de chansons faiblardes, de dialogues faiblards et de personnages soit idiots, soit diaboliques comme des méchants de James Bond. Mais bon, les histoires pleines de bonnes idées mais mal écrites, ça aussi, je connais, j'ai l'habitude. Ce n'est pas ça qui me rend furieuse.  

Ce qui me rend furieuse, c'est la fin. Il est impossible d'en parler sans la raconter, alors avertissement habituel, attention spoiler, blablabla, si vous ne voulez pas savoir arrêtez de lire, etc...  

Sauf que sincèrement, il n'y a pas vraiment d'intérêt à voir ce film, à part peut-être pour discuter de la fin. Donc, je vous encourage plutôt à vous laisser spoiler et à vous épargner le visionnage. Mais bon, c'est vous que ça regarde, et normalement, là, j'ai assez blablaté pour que ceux qui sont encore avec moi soient ceux qui acceptent le spoiler, alors allons-y.  

A la fin, l'héroïne et ses collègues, grâce à la magie de la fiction, parviennent à sauver leur usine de la fermeture, et l'héroïne se voit proposer ce qu'elle recherche depuis le début du film : un CDI.  

Mais, en même temps, elle apprend que le petit connard avec qui elle est sortie on ne sait trop pourquoi pendant le film, qui drague les autres filles, est violent, a aidé le patron à manœuvrer pour fermer l'usine, s'est fait de l'argent sur le dos des grévistes ea participé au kidnapping d'une collègue qui ne voulait pas participer à la grève, que ce petit connard, donc, a décidé de tout plaquer pour partir aux States. Alors, elle refuse le CDI tant espéré pour suivre cet affreux individu.  

Parce que, ça a beau être vrai que le chômage existe, que trouver du travail quand on a ni diplôme ni compétence, c'est quasiment impossible, que si tu renonces  à étudier près ton bac parce que tu t'es mise avec un mec, tu te retrouves dans la merde le jour où il te plaque, il faut quand même savoir tout plaquer pour vivre ses rêves irréalisables, et re-signer pour plusieurs années de galère alors qu'on était enfin sur le point de s'en sortir. Précisons que l’héroïne et le mec avaient rompu, au moment où elle s’apprête à signer son CDI. Elle ne refuse pas le CDI pour le suivre parce qu’ils sont en couple. Elle refuse le CDI pour se remettre avec lui ! 

Pour ceux qui ne suivaient pas, je le répète. Ca fait quatorze ans que je cherche un emploi. Quatorze putain d'années. J'avais des rêves, moi, aussi, figurez-vous. Des très ambitieux, des moins ambitieux, des pas ambitieux du tout. La réalité étant ce qu'elle est, aucun ne se réalisera jamais. Et là, on me sort un film pour m'expliquer que, même s'ils ne se réaliseront jamais, je dois les poursuivre quand même, parce qu'un toit sur la tête et à manger trois fois par jour c'est pas assez important ?  

Va te faire enc****, le film.  

Je ne comprends pas ce que les auteurs ont cherché à faire. Mettons de côté le fait que le garçon soit un odieux personnage, on peut faire un personnage antipathique sans réaliser qu'il est antipathique. Si ces auteurs ont à ce point conscience que ce n'est pas possible de survivre avec des allocs, pourquoi font-ils faire un choix aussi stupide à l'héroïne ? Et s'ils croient qu'il est important de tout plaquer pour vivre ses rêves, pourquoi le croient-ils alors qu'ils montrent qu’ils ont conscience qu'on est dans un monde ou on ne survit pas si on se contente de rêver ? Je ne pige vraiment pas.  

Au moins, le film a eu la décence d'être con, avant de nous lâcher à la gueule une fin pareille. S'il avait été bon, je serai sûrement sortie de la salle de cinéma complètement démolie.  

Parce qu'il y a tout de même une scène de ce film qui m'a fait pleurer. Dans la deuxième moitié, quand les camionneurs (parmi lesquels figure le garçon pour qui la fille refuse sont CDI), malgré la résistance des ouvrières grévistes, ont réussi à enlever les stocks de chaussures pour aller les entreposer ailleurs, et permettre ainsi le plan social. La situation est désespérée, la grève a échoué, l'usine va fermer. L'héroïne revient seule dans l'usine dévastée par la bagarre et commence à travailler. Parce qu'il ne lui reste plus que ça. Parce qu'elle veut travailler, même s'il n'y a plus d'espoir. J'ai versé de grosses larmes silencieuses à ce moment là.   

Parce que les problèmes mal évoqués et mal présentés par ce film sont de vrais problèmes. Parce que la bonne volonté ne suffit pas face à la triste réalité du marché du travail, où il n'y a pas de place pour tout le monde. Parce que quand tout espoir est perdu, que ça ne sert plus à rien de se battre, de se rebeller, il ne reste que ça, être de bonne volonté, être de la meilleure volonté du monde, être irréprochable, même si ça ne sert à rien. Juste pour soi. Juste pour ne pas avoir de reproche à se faire.  

Et ce film m'a fait croire qu'il comprenait cet état des choses. Comme il m'a menti. 

 

Published by tchoucky - dans Mes lectures
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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 22:34

Dis, Internet, ça t’ennuie si on parle une minute ? Je sais, t’as mille choses sérieuses à faire, tellement d’horreurs à dénoncer, de guerres à mener, le monde à sauver, mais j’aimerais beaucoup, beaucoup que tu m’accordes un peu de ton temps. T’es pas obligé, je peux pas te forcer, mais ce serait vraiment très aimable de ta part. 

Ça un moment qu'on est ensemble, toi et moi. Onze ans, non ? Au début, c’était génial. Tu te souviens, comme je te trouvais formidable ? J’avais même écrit un livre pour que tout le monde réalise combien tu pouvais être la solution à bien des problèmes. J'avais écrit que sans toi, les âmes sœurs risquaient de vivre une vie entière à des kilomètres l'une de l'autreOui, j'étais amoureuse comme ça. Et puis tu as commencé à me briser le cœur, puis à ramasser les morceaux pour les briser en morceaux plus petits, et, le plus terrible dans tout ça, c’est que je n’ai jamais cessé de t’aimer. Il y a des amours contre lesquels on ne peut rien.  

Peu importe la cause que tu défends, Internet, tu es un véritable enfoiré quand tu es persuadé d'avoir raison. Tu devrais servir à ce que les gens s'aiment. A la place, tu les pousses à se haïr. 

Je voudrais te poser une question, une seule. T'es pas obligé d'y répondre. Est-ce que je suis réellement une si horrible personne que ça, si je décide simplement qu'il existe des gens gentils ? 

Non, ne sors pas tes couteaux et tes piques. Je SAIS qu'il existe des gens méchants. Mais est-ce que ça fait vraiment de moi une horrible personne si je décide qu'il existe aussi des gens gentils ? 

Des manifestants qui ne sont pas des casseurs. Des policiers qui ne sont pas des cowboys. Des gens raisonnables, qui se soucient réellement de travailler à l'intérêt général. Je croise tous les jours, à République, des policiers aimables qui te renseignent aimablement quand tu les abordes. Et l’autre jour, à Invalides, au milieu du brouillard de lacrymos, c’est vrai, j’ai bien remarqué une poignée de gens tout de noir vêtus qui dissimulaient leur visage sous une cagoule, mais il y avait aussi pas mal de gens qui ne s’étaient clairement pas habillés pour la baston. Y en avait même un cosplay en Louis XIV. (J’aurais du faire une photo. J’ai pas osé lui demander) 

Et puisqu'on y est, est-ce que ça fait de moi une horrible personne si je décide qu'il y a des hommes qui ne sont pas des crocodiles ? Des musulmans qui ne sont pas Jihadistes ? Des blancs qui ne sont pas esclavagistes ? Des cathos qui ne sont pas réac ? Des féministes qui peuvent supporter de marcher sur le même trottoir qu'un homme ? 

Si je décide que faire une chanson qui s'appelle "j'ai embrassé un flic", c'est pas aussi grave que de violer une mineure ? 

Si je décide que refuser de chanter la Marseillaise ou respecter la minute de silence en hommage à Charlie Hebdo, c’est moins grave que de prendre un selfie avec la tête coupée de son patron ? 

Si je décide que tirer de la lacrymo, c’est moins grave que d’écraser des étudiants avec des chars ?  

Si je décide que signaler que les black ont souvent un rôle de comique dans les films, c’est moins grave que debasher un humoriste sur Twitter en l’accusant de racisme pour une blague qu’il a faite et qui était, sans ambiguïté aucune, féministe et antiraciste ? 

Si je décide que dire « doubleur » au lieu de « comédien de doublage » parce qu’on estime qu’être une voix, c’est un métier spécifique nécessitant des compétences spécifique et que n’importe quel comédien de cinéma ne peut pas le faire sans un minimum de formation, c’est moins grave que de manquer de respect aux artistes de cette profession, et au public, en confiant leur boulot à la star du moment qui fera peut-être remplir les salles mais ne sait clairement pas doubler ? 

Si je décide qu’oublier de préciser dans le titre de l’article que la tuerie d’Orlando a eu lieu dans une boîte gay, a fortiori si c’est précisé dans le corps d’article, c’est moins grave que de tweeter « Ça ne fait jamais que 50 PD de moins » ? 

Si je décide que faire un reboot de Ghostbusters avec un cast entièrement féminin, qualité du film mise à part, c'est moins grave que d'exclure un homme d'une réunion militante constituée majoritairement de femmes sous prétexte que, même s'il est en sous nombre, même s'il n'a encore rien dit, elles se sentent oppressées par le fait qu'il soit là ? 

Si je décide que faire un bras d'honneur physique quand on est un footballeur, c'est moins grave que faire un bras d'honneur moral quand on est le premier ministre ? 

Si je décide qu’il est moins grave d’être de droite que d’extrême droite ? 

Si je décide qu’il existe des gens nuancés ? Des gens qui sont contre le voile parce qu’ils pensent que c’est un symbole d’oppression de la femme, mais qui, dans la réalité pratique, ne trouvent pas pertinent de priver celles qui en portent de leur scolarité ? Des gens qui sont contre le harcèlement de rue mais ne vont pas pour autant estimer que les hommes doivent changer de trottoir devant les femmes ? Des gens qui sont à la recherche de ce qui est juste de ce qui est dans l’intérêt général ? De ce qui peut apporter autant de bonheur que possible à d’autres, et qui résistent encore et toujours au piège de la détestation fanatique d’autrui ?  

Que ce n’est pas si grave de porter des jupes courtes ? Que ce n’est pas si grave de porter des jupes longues ? Que ce n’est pas si grave d’écrire sans mettre de -e aux noms de groupes composés à la fois d’hommes et de femmes ? Que ce n’est pas si grave de vouloir davantage de filles dans la fiction ? Que ce n’est pas si grave de ne pas en avoir mis, si l’histoire est bonne ? Que ce n’est pas si grave de coucher avec quelqu’un du même sexe  De s’en foutre de avec qui tu couches du moment que c’est majeur, consentant et pas moi ? De s’en foutre des fautes d’orthographe ?  De s’intéresser plutôt au propos ? D'aimer faire du barbecue quand on est un homme ? De faire une pub où les petits garçons jouent à la poupée et les petites filles aux voitures ? D'aimer les Pokémon ?  

De mettre de la crème dans ses pâtes carbonara ? Si, si ! 

Ca fait un moment, Internet, que je sais que, selon ta définition, je suis un monstre. Moi, qui t'aime tant, qui ne demande qu'à partager le meilleur de ce que j'ai en moi avec toi, moi, je suis un monstre. 

Parce que je suis contre les espaces non mixtes. Une discrimination, c’est une discrimination, peu importe qui l’impose et qui la subitsans compter que séparer les gens, même occasionnellement, leur enlève toute chance de se comprendre. J’ai payé pour savoir que les gens qui cherchent à se comprendre, c’est rare, mais c’est pas une raison pour rendre le dialogue impossible. 

Parce que je n'aurais jamais eu l'idée de créer un hashtag pour me moquer des larmes des hommes à qui on explique qu'ils sont coupables par essence et qu'ils doivent gentiment accepter notre haine sans protester, car ils la méritent, après tout, ils sont tous des crocodiles, même quand ils n'ont rien fait. Parce que je peux me tenir dans la même pièce qu’un mâle sans avoir peur. Je peux même lui parler. Et tu sais pas ce qu’il y a de plus fou, je peux même faire des vidéos avec lui. Cinq ans. Sans avoir peur. Parce que je ne crois pas que Al soit un crocodile, ni Pesme, ni Nico, ni Lucas, ni Adrien, quant aux autres, jles présume innocents jusqu’à ce qu’ils soient reconnus coupables, et, pourtant, je sais que les crocodiles existent. Et pourtant, je sais que la domination existe. Mais je récuse la notion de dominant en tant que caractéristique intrinsèque d'une catégorie d'êtres humains. Je ne me sens pas dominée. Ni Al, ni Pesme, ni aucun de ceux que j'ai cités ne sont des dominants. Ce sont des amis. 

Parce que je ne déteste pas la police. Je sais qu’elle fonctionne mal et je sais qu’il y a des policiers qui abusent de leur pouvoir. Mais je ne fais pas partie du « tout le monde » qui déteste « la police », le concept de police. Je trouve bien que ça existe, la police. Je pense qu’il est indispensable qu’il en ait une, que c’est la condition pour qu'on ait une société juste et équitable où les lois sont les même pour tout le monde et où tout le monde a les mêmes droits. OK, dans la pratique ce n’est pas ce qui se passe. La police actuelle, dans la France actuelle ne remplit pas cette fonction. Ça me fait une bonne raison de détester la conjoncture actuelle, pas de détester la police. Ou l’ordre. Le concept d’organisation de la société. Le concept de loi. Je suis une petite femme timide avec une voix douce. Je ne survivrais pas deux jours dans un pays sans loi. Je suis contre la loi Travail. Je suis pour les grèves. Je suis pour la motion de censure. Je suis prête à risquer ses conséquences. Mais je ne suis pas contre le concept de loi ou de gouvernement. Si le gouvernement appliquait une politique qui me convient, je serais du côté du gouvernement. S’opposer juste pour être dans l’opposition, j’appelle pas ça être de gauche, j’appelle ça être con. 

Parce que je ne souhaite pas pendre les patrons, même ceux qui sont des vraies ordures, je suis contre la peine de mort, même pour Hitler. 

Parce que je pense que les réfugiés ne sont pas une chance pour le pays mais un devoir. Je pense qu'il faut les recueillir non pas parce qu'ils auraient quelque chose à apporter, mais parce que si on ne les recueille pas ils vont mourir. Parce que ça ne me scandalise pas que l’Allemagne les accueille avant nous. Je trouve plutôt normal que ce soit le pays qui ait le plus de moyens qui les accueille en priorité.  

 Parce que je pense que chercher à comprendre, ce n’est pas excuser, et que c’est même plus constructif que de ne pas chercher à comprendre. Parce que j'ai déjà dialogué avec des militants FN, sans les insulter. J'ai pas toujours réussi à garder mon calme, c'est sûr, mais j'ai au moins fait de mon mieux pour expliquer pourquoi je n'étais pas d'accord avec leurs arguments. Parce que je me pose sincèrement la question de ce qui peut pousser un individu à renoncer à l'idéal de tolérance et de solidarité qui constituait, quand j'étais jeune, l'identité de la France. 

Ah, et parce que je mets de la crème dans ma carbonara. Bref, je mérite d'être tondue. 

Mais tu vois, Internet, je réfléchis beaucoup à ce qui est gentil et ce qui est méchant, et je n'ai vraiment pas l'impression d'être une méchante personne. Une personne irritable, peut-être. Une personne lâche, à la rigueur. Méchante ? Je ne vois pas. Je ne vois pas quel mal je fais en ayant toutes les opinions que je viens d’énumérer. 

Je ne me soucie pas de l'orientation sexuelle, du sexe ou de l'ethnie des gens à qui je parle. Je me conduits pareil avec tout le monde. J'essaye de déranger le moins possible, et d'être aussi conciliante que possible, mais je le suis autant avec n'importe qui. Je choisis mes amis pour leur personnalités, leur conversation et leur façon de penser. Je ne les juge que sur ces critères. Je ne vois pas envers qui je suis injuste. 

Les manifestants ? J’ai écouté leur version de ce qui s’est passé à l’hôpital Necker. J’ai écouté celle de la presse. Je n’ai pas les moyens de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux, mais je peux au moins me dire que si un enfant avait été blessé, la presse se serait fait un plaisir de nous le dire, et que la suppression des postes du personnel soignant dans les pitaux, c'est un fait connu et avéré, et qu'il n'est pas si idiot de trouver que la sympathie de la ministre de la santé n'est pas fort bienvenue. Tu vois, Internet, je ne juge que sur ce que je sais, et je n'ai pas d'avis sur le reste. Ce n'est pas si injuste.

Les informations qui me parviennent ne sont pas fiables. J'entends deux versions de chaque événement, et je n'ai pas les moyens de savoir qui me ment ou s'il y a réellement mensonge, si ce n'est pas qu'à force de ne regarder que par son bout de lorgnette, chacun ne voit que ce qu'il veut voir. 

Alors, je préfère partir du principe que je ne sais pas. Et tant que je ne sais pas, je vais me méfier de tout le monde et laisser le bénéfice du doute à tout le monde. Je vais simplement me fier à ce que je vois. Lorsque je verrai quelqu'un se conduire mal, je le condamnerai, mais je ne déciderai pas que tout son groupe est comme lui.  

Je n'ai pas besoin que tu m'informes que les gens méchants existent. Je le SAIS. J'ai besoin que tu arrêtes de convaincre les gentils d'être méchants en les accusant d'être des horribles personnes avant même qu'ils aient fait quoi que ce soit d'horrible. 

Est-ce que je suis vraiment une horrible personne si je décide que les choses sont beaucoup plus compliquées que tu ne le dis, et que dans le doute, je ne vais haïr personne ? 

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 08:53

Aujourd'hui, je voudrais vous parler des policiers qui surveillent la Place de la République, à côté de chez moi. Oui, parce que j'habite à côté de la Place de la République. Juste à côté. J'y passe tous les jours à entre 6h et 7h du matin, quand je vais travailler, puis entre 17h et 18h, quand je rentre du travail. Tous les soirs, Al et moi, on se retrouve pour regarder des dessins animés, soit chez l'un, soit chez l'autre, mais en tout cas, il y a toujours un de nous deux qui repasse par la Station République entre 22h et 23h pour rentrer chez lui. Je ne peux pas me prononcer pour les heures où je n'y suis pas, mais en tout cas, à ces trois moments de la journée, la place n'est jamais très peuplée. Elle l'était, aux premiers jours de la Nuit Debout, mais ces temps-ci, sauf veille de jour férié, ça ne dépasse jamais une centaine de personnes. Même pas de quoi remplir une salle de théâtre. Il y a des policiers qui montent la garde autour de la place. Leur nombres à eux varie aussi, selon les jours. La plupart du temps, leur présence est proportionnelle au nombre de manifestants. Il est arrivé deux ou trois fois qu'ils soient anormalement nombreux par rapport au monde occupant la place, mais c'est rare. Je me demande toujours, d'ailleurs, comment il font pour prévoir combien d'effectifs il va falloir déployer ce jour, tant le nombre de participants à la Nuit Debout peut varier d'un jour sur l'autre. Je voudrais vous parler de ces policiers, donc. Ca, ils sont impressionnants. Déjà, ce sont quasiment tous des géants. Même Al a l'air petit, à côté d'eux. En plus, ils sont en armure noire, et munis de casques, de boucliers et de matraques. Et tous pareils. Ca fait son effet, les gens en uniforme. C'est bien le but, d'ailleurs. Ce qui casse un peu l'effet, c'est que chaque fois que je m'approche de ces policiers pour les observer de plus près, ils sont en train de sourire. Moi, si la presse me vomissait dessus et que des centaines de jeunes défilaient en scandant « TOUT LE MONDE DETESTE TCHOUCKY », je ferais la gueule. Eux, ils sourient. Ils répondent aimablement, quand on leur demande un renseignement. Ils copinent même avec des passants, parfois, quand ceux-ci copinent avec eux. Quand la soirée commence à avancer, ils se mettent à contrôler les sacs des gens. Oui, parce qu'après qu'on se soit mis à avoir des vitrines et des distributeurs à billets défoncés à coup de maillet, dans ma rue, on aurait pu croire que le rassemblement sur la place serait carrément interdit. Peut-être que ça a été tenté, d'ailleurs, et que les manifestants sont venus quand même. Toujours est-il que là, la plupart du temps, ce n'est pas l'accès à la place que les policiers empêchent, mais le fait qu'on y amène de l'alcool. Celui qui porte de l'alcool sur lui est aimablement invité à contourner la place, et à prendre le métro ailleurs. S'il insiste, là, les policiers lèvent le ton. Ce qui, dans la circonstance, est normal. Je suis résolument de gauche. Comprenez par là que je considère que le rôle de l'Etat, c'est de veiller à ce que ceux qui ne peuvent pas se défendre tous seuls soient défendus, que ceux qui ne peuvent pas se nourrir tous seuls soient nourris, que ceux qui ne peuvent pas se loger tous seuls soient logés, et que chaque membre de la société ait le maximum de bien-être qu'il est possible d'avoir sans empiéter sur le bien-être d'autrui. Je suis contre la suprématie de la finance car elle n'attache d'importance à aucun des principes que je viens de citer. Quant à la loi El Khomri, évidemment que je suis contre. Je suis au chômage depuis douze ans. Je me démène comme une malade pour trouver le moyen de gagner ma vie. J'ai renoncé à tous mes rêves et ai choisi le métier le plus chiant et le plus inutile du monde, juste parce que c'est le seul qui me permet de bosser un peu, dans la plus complète précarité. N'importe qui serait contre la loi El Khomri, à ma place. Par contre, rien, dans le fait d'être de gauche, ne m'oblige à détester la police. Rien, dans le fait d'être contre la Loi El Khomri ne me pousse à avoir peur de la police. Donc, le fait de passer devant des policiers tous les jours quand je rentre chez moi ne me pose pas problème. Je dirais même qu'étant une femme seule qui prend le métro à des heures parfois indues, ça me rassure de les savoir là. J’ai été instit. Le concept de faire encadrer les activités de groupe par une autorité compétente ne me choque pas en soit. Tous les enfants vous le diront, aucun jeu ne fonctionne si les participants ne respectent pas les règles. Elles ne sont pas là pour empêcher le bonheur du joueur, mais pour le permettre. En revanche, il faut pouvoir faire entièrement confiance à ces règles, et à l'arbitre qui veille à leur respect. Et, là, c’est de confiance qu’il s’agit. Internet et les médias m’avertissent de ne pas me fier au sourire aimable de ces policiers qui montent la garde dans la station où je me promène seule à l'heure ou elle est fréquentée par des gens surexcités. Internet et les médias me disent que ces policiers commettent des injustices, des violences, et des discriminations. Je dis bien Internet et les médias. Si je passe par la place pour rentrer, je n'y reste pas. Je n'assiste pas à ces violences. J'ai bien cherché des images sur Internet. Dans une vidéo, j'ai pu voir un jeune homme plaqué au sol et menotté, sans que le début de la scène soit filmée, ce qui m'empêche de savoir s'il avait commis un acte dangereux pour lui-même et les autres qui justifierait ce traitement. J'ai vu une femme assez menue, à l'air fort peu menaçant, se faire arracher et casser l'appareil photo qu'elle tient. J'ai vu un homme étendu à terre, apparemment inconscient, sans qu'on sache quelles circonstances lui ont fait perdre connaissance. Le reste de la vidéo, c'est des policiers qui se font attaquer, des policiers qui se retranchent derrière leur bouclier pour se protéger des chaises de terrasse qu'on leur lance, des policiers immobiles, des policiers qui parfois avancent vers la foule, puis reculent. Le seul vrai geste qu'on les voit faire, c'est lancer des bombes lacrymogènes. J'ai déjà respiré du gaz lacrymogène. Je témoigne que c'est tout sauf agréable. Mais ça fait quand même moins mal qu'une chaise de terrasse sur le crâne. La vidéo s'intitule "violences policières", et pourtant, elles n'en montre que trois, dont deux dont on n'est même pas sûr qu'il s'agisse bien d'une violence policière. Evidemment que les chaises jetées à la tête des policiers ne rendent pas moins grave l'état de l'homme inconscient par terre, ou la détérioration de l'appareil photo appartenant à la femme menue et d'apparence inoffensive. Mais après avoir ces policiers vu subir ces attaques pendant dix minutes, on ne peut pas s'empêcher de dire "ah, oui, à leur place, n'importe qui finirait par péter les plombs". J'ai donc fait ce que je ne fais jamais : regarder la télé. C'est le même type d'images. Exactement le même. Ce n'est pas que je ne crois pas à l'existence de ces violences, ça ferait quand même beaucoup de monde de différents horizons qui mentent, et je suis pas adepte des théories du complot. En plus, on m'a rapporté un témoignage direct. Pas de quelqu'un que je connais, mais c'est tout de même plus fiable qu'un reportage composés d'images qui ne montrent rien. Ce qui me pose problème, c'est ça, que le reportage ne montre rien, qu'aujourd'hui, apparemment, le simple fait de montrer qu'il y a des policiers est censé prouver que ceux-ci sont violents. Comme si le simple fait de porter un uniforme était, en soi, une violence. Ca me dérange d'autant plus que, par contre, des traces de la présence des casseurs, il y en a à la pelle, sur la place de la République et autour. L'entrée principale de la station est condamnée depuis plus d'une semaine et porte encore les traces de l'incendie que les casseurs y ont déclenché. La porte d'entrée de mon immeuble a dû être remplacée. On avait défoncé la vitre et le groom. Le distributeur de billets à côté de chez moi a été démoli à coup de maillet. En allant faire les courses, Pesme a trouvé deux carcasses de motos brulées, à quelques pas du Bataclan, pour vous situer. Par contre, je ne suis jamais tombée sur un policier tirant des flash balls sur les usagers du métro pour s'amuser. Je n'ai jamais assisté à une arrestation musclée. Al s'est bien vu interdire l'accès à la station, un soir, mais rien de plus. Bon, il faut dire que des bouteilles étaient lancées de partout, et que s'en prendre une sur la tête juste pour le plaisir d'avoir désobéi à la police n'avait rien de tentant. Une fois, alors que je partais de chez moi particulièrement tôt, j'ai eu l'occasion de voir un cordon de police repousser les manifestants vers le métro. Repousser, seulement. C’est-à-dire qu'ils formaient une chaine humaine et avançaient pour obliger les manifestants à reculer. Pas de geste de violence de leur part, seuls les manifestants frappaient les boucliers. Quant au racisme, la seule fois où j'ai eu l'occasion de voir des gens un peu bronzés se faire agresser par des blancs, c'est quand j'ai vu trois policiers noirs et arabes se faire insulter par une bande de jeunes tous blancs comme des cachets d'aspirine et passablement éméchés malgré l'interdiction, jeunes qu'ils invitaient courtoisement mais fermement à se calmer et à attendre leur métro. Au temps pour les clichés. Il n'y a pas de fumée sans feu. Des violences policières, il doit bien y en avoir, au moment où je ne regarde pas. Mais dans un contexte où on considère comme une violence le simple fait de rester immobile quand une chaise de terrasse vole vers soi, j'ai du mal à croire que lesdites violences, les vraies, ne soient pas beaucoup plus rares que les médias le laissent entendre. En tout cas, je peux constater de mes propres yeux que les actes de vandalisme perpétrés par les casseurs, eux, sont très nombreux. Je ne peux pas non plus m’empêcher de penser que chez nous, on répond par de la lacrymo à des jets de chaises et de pavés. Ailleurs, il arrive qu’on réponde à des paroles par des chars et des balles. C’est pas Amnesty qui me contredira. Tout de suite, la lacrymo me semble moins effrayante. Alors, c’est vrai, je suis mal placée pour parler de tout ça. Je suis à l’abri dans mon appart sous les toits au lieu d’être dehors à militer pour le revenu minimum de vie ou écrire la nouvelle constitution. Je ne peux pas décider de ce qui se passe sur la place de la République quand je n’y suis pas. Mais en attendant, les policiers que je croise ne m’ont fait aucun mal, et je n’ai pas de raison de croire qu’ils font partie des auteurs de violences policières dont on parle partout. Alors, pour l’instant, je les remercie d'être là.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 17:14

 

Aujourd'hui, enfonçons quelques portes ouvertes.

Il semble établi que le livre, c'est mieux que le film, que le film, c'est mieux que la BD, que la BD, c'est mieux que la série live, que la série live, c'est mieux que le manga, et que le manga, c'est mieux que les dessins animés. Le tout étant mieux que les jeux vidéo.

Je veux dire par là que celui qui lit des livres est considéré comme intelligent, et celui qui joue aux jeux vidéo est considérée comme bête.

A première vue, c'est une façon caricaturale de résumer les choses. On peut même dire que cette idée n'est franchement plus d'actualité aujourd'hui, qu'on a de plus en plus de respect pour les jeux vidéo en tant qu'œuvre artistique, et qu'à l'époque où j'étais à l'IUFM (et où l'IUFM existait encore), on nous avertissait déjà de ne pas dénigrer les connaissances d'un élève s'il les avait acquises en jouant à Assassin’s Creed !

Je suis bien consciente de tout cela. Je ne suis pas spécialement provocatrice ou avant-gardiste. Si, à trente-six ans, en tant qu'adulte, je fais une émission Youtube sur les dessins animés destinée à être regardée par d'autres adultes, si je la mets en ligne sur Internet, là où elle peut être trouvée sans peine par ma famille ou mes employeurs potentiels, c'est parce que j'estime que ce genre d'activité n'est plus déshonorant dans la société d'aujourd'hui, que, même s'il reste sans doute quand même des gens dans mon entourage pour me juger stupide d'avoir cette activité, rares sont les personnes qui vont en tirer des conclusions erronées sur mes compétences intellectuelles, et que, dans tous les cas, le concept d'exercer une réflexion narratologique sur autre chose qu'un grand classique de la littérature est un choix aujourd'hui suffisamment compréhensible par n'importe qui pour que je puisse défendre ma position si jamais on me le demande.

Cependant, je continue à entendre des collègues tenir des propos du style "Mon gamin me désespère, il ne lit pas. Pourtant, j'ai essayé de lui trouver des livres en rapport avec les sujets qui l'intéressent, mais il ne veut pas, il n'aime que les mangas et les films, qu'est-ce que je dois faire ?"

Et les autres collègues d'acquiescer avec compassion, car c'est un fait établi qu'un enfant qui ne lit pas, c'est tragique. Moi, je me tais. Je pourrais répondre "Hé bien, ne l'oblige pas à lire, fais-lui voir des films de plus en plus complexes et invite-le à en discuter, emmène le voir des expos d'estampes japonaises pour lui montrer dans quelle culture sont nés les mangas, et puis, parle-lui, toi, des livres que tu as lus, de ce qui t'a intéressé dedans, et des points communs qu'il y a avec les histoires de ses films, de ses mangas. Il ne lira peut-être pas davantage, mais il saura au moins ce qui existe dans la littérature, il y a mille et une autres façons de se cultiver". Mais le fait est que je ne suis moi-même pas très sûre de ma position. J'ai été une très grande lectrice étant enfant. Ca ne m'a pas aidé à avoir une bonne orthographe, ni à être bonne élève, ni à être suffisamment brillante pour qu'on me considère comme intelligente en société, mais ça m'a tout de même donné un certain esprit critique, et un grand nombre de références à comparer. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que j'aurais eu tout autant d'esprit critique et de références si au lieu d'être une grande lectrice, j'avais été une cinéphile fanatique. Mais le fait est que lire, c'est tout de même une activité qui implique plus d'efforts, qui mobilise davantage l'imagination. Il faut se représenter la scène dans sa tête, faire la mise en scène soi-même, zoomer soi-même sur le détail qui rendra la scène intéressante, flouter soi-même la partie du décor inutile qui risque de distraire du reste de la scène. Le film, le manga, la BD, les dessins animés, ce sont des supports visuels, ils font cette mise en scène pour nous. Le jeu vidéo nous distrait en nous faisant participer à l’action et on ne perçoit définitivement pas l'histoire de la même façon que si on l'avait lue.

Alors, voilà, je pense qu'il n'y a pas de hiérarchie des supports, je pense que l'important, c'est de nourrir son esprit de fiction, parce que la fiction permet d'envisager la réalité sous un angle qu'on ne pourrait pas envisager en se cantonnant à son univers quotidien, mais je ne suis pas capable de l'affirmer avec force. Une part de moi me souffle : "Tous ces supports agissent sur toi différemment. Comment peux-tu être sûre que leur effet à long terme sera le même?"

Sincèrement, je n'ai pas la réponse à cette question, mais je suis sûre d'une chose, c'est qu'on ne peut pas "intéresser un enfant à la lecture". On peut l'intéresser à l'histoire d'Hansel et Gretel, on peut l'intéresser à la documentation sur les dinosaures, on peut l'intéresser à tout un tas de contenus, mais on ne pourra pas l'intéresser à "la lecture" en tant que telle. Pourquoi lirait-on pour lire ? Il n'y a pas de lecture sans objet, et c'est l'objet qui est intéressant. Pour paraphraser un de mes trente-six mille auteurs préférés, Daniel Pennac, "le verbe lire, comme le verbe aimer, ne supporte pas l'impératif". On peut obliger un enfant à lire, mais on ne peut pas l'obliger à aimer lire. Pas plus qu'on ne peut l'obliger à aimer l'histoire d'Hansel et Gretel ou la documentation sur les dinosaures, mais curieusement, ce n'est pas l'histoire d'Hansel et Gretel ou la documentation sur les dinosaures que les parents cherchent à vendre à leur enfant, mais juste la lecture, peu importe sur quoi elle s'exerce. Voyant qu'Hansel et Gretel ne marchent pas, ils mettent l'enfant devant la Petite Sirène, ou le Club des cinq, n'importe quoi, l'important, c'est que l'enfant ait un livre en main.

Maintenant que j'y pense, il y a sans doute une raison au fait que j'ai été une enfant qui lit. Mes parents n'ont jamais cherché à me vendre "la lecture". A la place, ils ont toujours cherché à me vendre tel ou tel livre. Parfois ils ont été très insistants, parce que ce livre-là était LE livre, je DEVAIS l'avoir lu, ça DEVAIT faire partie de mes connaissances. Le résultat, c'est que je voue une haine farouche aux Trois Mousquetaires et à Notre-Dame de Paris. Par contre, je n'ai jamais détesté la lecture. On ne m'en a jamais dégoutée.

Encore une fois, je ne suis pas complètement réfractaire à l'idée que la lecture, en obligeant son lecteur à se concentrer et à se représenter mentalement ce qui est décrit, mobilise plus de ressources intellectuelles que ne le font les autres supports. Un esprit exercé par la lecture, je ne sais pas s'il est plus critique et plus riche qu'un autre, mais il est sans doute plus patient, plus discipliné. Je suppose. Je ne peux ni le vérifier, ni le prouver. Je doute que la patience et la discipline soient réellement ce que recherchent mes collègues effrayés, mais c'est au moins une vertu. Est-ce que la lecture est également plus efficace pour développer un esprit autonome et critique ? Encore une fois, je ne sais pas ; ce que je sais, c'est que l'idée que seule la lecture permet de développer cela est bien ancrée dans l'inconscient collectif, et qu'on a tendance à ne pas considérer comme cultivé quelqu'un qui ne connaitrait l'histoire de Madame Bovary que parce qu'il a vu le film.

C'est vrai qu'un film adapté d'un livre, ce n'est pas la même chose que le livre, que souvent il y a réinterprétation de l'œuvre, et que parfois, on trouve dans le livre original des éléments qui n'étaient pas dans le film. Mais toute question d'adaptation et d'original mise à part, si nous prenons deux fictions différentes, que nous en racontons une en livre et une en jeu vidéo, et qu'ensuite nous nous demandons quelle est objectivement la meilleure histoire, celle racontée en livre ne sera pas automatiquement la plus intelligente. Osez me dire que Fifty Shade of Grey, c'est intelligent, et que Dishonored, c'est bête.

Quelque chose qui semble beaucoup surprendre, dans notre émission Youtube (et, réalisant que vous êtes peut-être arrivé sur ce blog par hasard et ne savez pas de quelle emission je parle, je remet un lien), c'est qu'elle prouve qu'on peut tenir un discours intelligent, même sur un dessin animé. Ca ne devrait pas surprendre. Il y a une réflexion intelligente à mener sur tous les supports. Aucun ne vaut mieux qu'un autre, ils servent l'histoire différemment, c'est tout.

Un auteur qui aurait à la fois les compétences et les moyens pour écrire un livre, programmer un jeu vidéo, faire un dessin animé, tourner un film, ou dessiner une BD et qui aurait une bonne histoire en tête ne se poserait pas la question de quel support est mieux dans l'absolu, mais se demandera quel support est mieux pour cette histoire-là, en particulier, au vu de son développement, de comment il faut qu'elle soit narrée pour être plaisante.

Dans la triste réalité, personne n'a toutes ces compétences et tous ces moyens à la fois. Tu as en tête une bonne histoire pour un film, un manga, un jeu vidéo, mais tu ne sais ni dessiner, ni programmer, et tu n'as pas d'argent pour monter un film ? La plupart du temps, tu vas simplement te cantonner au roman, qui est le plus facile à faire avec peu de moyens. Et là, attention, tu dois VRAIMENT choisir de faire de ton histoire un roman. J'ai lu des livres qui essayaient de transposer maladroitement ce qui aurait du être un effet de montage, de caméra subjective, d'angle de vue. Et évidemment, en narration, c'était incongru.

Il n'y a pas de hiérarchie des supports, mais il y a une différenciation à faire. Chaque support a ses règles, ses effets et parfois, il y a des choix de supports malheureux.

Legacy Of Kain est sûrement la meilleure histoire de voyage dans le temps et de lutte contre le destin que je connaisse. Mais il paraît qu'en tant que jeux vidéo, c'est vite lassant, parce que le gameplay n'est pas agréable. De même, le support du visual novel m'a immédiatement intéressée lorsque j'ai découvert "Le sanglot des Cigales". Ce nouveau mode de narration et son exploitation à travers les bruitages et le rythme m'a semblé plein de potentiel. Mais le sanglot des cigales fait l'erreur d'essayer de retranscrire des gags visuels de manga de manière écrite et bruitée. Ca ne fonctionne pas. Pas plus que ça ne fonctionne dans Fullmetal Alchemist Brotherhood.

Les gags visuels en une case des mangas sont faits pour être des gags visuels en une case. Le visual novel doit s'appuyer sur le rythme avec lequel les dessins, les phrases et les bruitages apparaissent. Un jeu vidéo doit être avant tout un jeu, et avant tout plaisant à jouer.

Bien sûr, ce n'est pas juste une question de choix de support. On n'aurait pas pu raconter XIII avec des dessins Chibi. On n'aurait pas pu faire dessiner Signé Furax par Alex Ross. Ca ne l'aurait vraiment, vraiment pas fait.

En un mot comme en cent, je ne sais pas si la lecture force ses pratiquants à réfléchir davantage, mais je suis sûre d'une chose, tous les supports sont propices à créer de bonnes fictions qui incitent à la réflexion.

De plus, quand j'y réfléchis, ce qui m'a aidé à développer mon esprit critique, ce n'est pas tant d'être une grande lectrice que d'être une boulimique de lecture qui lisait tout et n'importe quoi. Un comic qui traine sur le bureau de mon cousin ? Un vieux livre avec une reliure dorée dans la bibliothèque de mes parents ? Je feuilletais pour voir et des fois, me mettais à lire. Mais surtout, ce qui m'a donné toutes ces références, ce n'est pas seulement d'avoir lu tout et n'importe quoi, c'est d'avoir écouté d'autres parler de ce qui les intéressait. Je n'ai jamais accroché à Balzac, mais je vous jure qu'après avoir entendu mon amie Marie-Claire vous parler de Rastignac, vous le considérez comme incontournable. J'ai le style de Tolkien en horreur, mais je vous jure qu'entendre mon ami Ambroise en parler était passionnant.

J'ai eu la chance de rencontrer des gens très divers et variés avec des centres d'intérêts très divers et variés. J'ai eu la chance qu'ils me parlent de leurs centres d'intérêt. Ce qui fait que j'ai pu acquérir une culture que je n'aurais pas pu me forger seule. Je ne joue pas, mais je connais les jeux vidéo parce que je regarde d'autres jouer. Je ne lis pas de science fiction, mais je connais quelques grandes lignes parce que j'ai entendu d'autres en parler. Et surtout, j'ai eu la chance de rencontrer des gens qui lisaient, des gens qui ne lisaient pas, des gens qui lisaient un peu, des gens qui faisaient autre chose. Et ça m'a permis de considérer que tous les supports se valent et qu'il n'y en a pas un qui doit être négligé.

Alors, au final, la question n'est pas tant de savoir quel support est meilleur pour le développement de l'esprit. La question est de ne pas se cantonner à un seul, d'en consommer le plus possible et d'inviter les gens qui consomment ceux que nous ne consommons pas à nous parler de leur consommation.

Si hiérarchie il y a, je n'en vois qu'une, celle qu'il y a entre la fiction et le documentaire. La fiction permet à l'esprit de faire des hypothèses, d'envisager des situations et leurs conséquences. Le documentaire donne des faits. L'une fait réfléchir, l'autre informe. Le documentaire-fiction occupe une place bâtarde entre les deux, mais du moment qu'il est franc sur ce qu'il est, il vaut autant que n'importe quoi. En tout cas, que ce soit pour le documentaire, la fiction ou le docu fiction, la question de la hiérarchie des supports ne se pose pas. Dans tous les cas, tous les supports sont exploitables. Il s'agit seulement de bien les exploiter.

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 22:23

Batman V Superman est un film extrêmement vexant, parce qu'il a tellement peur qu'on ne comprenne pas les références bibliques et arthuriennes qu'il les martèle ad nauseam, ralentissant inutilement le rythme, de manière à ce qu'il soit vraiment impossible de les louper. Alors, forcément, on a pas envie de se poser la question de ce qu'il vaut, indépendamment de cette lourdeur fatale au plaisir de visionnage. D'ailleurs, à la base, je comptais bien m'en tenir là, mais le débat avec Al à la sortie de la séance a tout de même fait jaillir des réflexions supplémentaires. 

L'essentiel du déplaisir que j'ai pu éprouver devant Batman V Superman vient de ce sentiment de vexation dû au fait de me faire sur-expliquer la symbolique. Que reste-t-il, une fois mon orgueil dans la poche ? 

En fait, il reste à se poser deux questions. Premièrement, la question du film, en tant que film, en tant qu'histoire, indépendamment du fait d'être Batman V Superman. Deuxièmement, la question de Batman et Superman. 

Concernant le premier point, comme j'ai dit, la surabondance et la surexposition des symboles faciles font que le rythme est inutilement lent. Elles font aussi que le temps passé à cette surabondance et à cette surexposition n'est pas passé à mettre en place les enjeux de l'intrigue, ce qui fait qu'on se retrouve à se demander ce qui a pu amener Lex Luthor à penser qu'un gars qui se déguise en Chauve-Souris pour tabasser les petits criminels de seconde zone est un adversaire crédible pour l'extraterrestre surpuissant qui a à moitié détruit Métropolis deux ans auparavant. On se demande également pourquoi Clark Kent se montre-t-il si apathique face aux dommages collatéraux causés par ses interventions, ou aux accusations qu'on lui porte d'être au dessus des lois. 

L'histoire est sans surprise, même un peu en dessous du minimum syndical qu'on attendait. Un méchant qui essaye de pousser deux héros à s'affronter, normalement, ça fait une bonne histoire. Mais ici, malheureusement, le méchant n'est pas très intelligent, malgré ce qu'il raconte. 

En tout cas, il ne lui vient pas à l'idée que, sur les deux hommes qu'il veut faire s'affronter, il y en a un des deux qui est superpuissant, et serait, s'il en prenait la peine, parfaitement capable d'immobiliser l'autre le temps de lui dire "attends, je t'explique, si je t'attaque, c'est parce qu'on a enlevé ma mère et qu'on menace de la tuer si je te tue pas". Non, le fait que Batman soit armé de balles à la Kryptonite ne compte pas, Superman a eu mille fois le temps de lui faire ce discours avant d'arriver au stade de la balle. Enlever la mère de Superman pour l'obliger à attaquer Batman, ça devrait être le plan B, appliqué une fois l'échec du plan A, qui consisterait à convaincre Superman que Batman est dangereux et doit être éliminé, au même titre que Batman a été convaincu que Superman est dangereux et doit être éliminé. 

Bon, après, ce plan A avait quand même été amorcé. On voit effectivement Clark Kent recevoir des lettres anonymes l'incitant à dénoncer les actions de Batman dans ses articles. Je suppose qu'on est censé comprendre la scène ou Superman détruit la Batmobile comme l'échec de ce plan A, le moment ou Superman a bien été convaincu que Batman est dangereux, mais décide de se contenter de bousiller sa voiture. Admettons cela. Admettons également que même si le complot contre Superman, consistant à lui faire porter la chapeau pour des crimes commis aux fusil et à la bombe ALORS QU'IL EST SUPERPUISSANT ET A UNE VISION THERMIQUE, LES GARS, S'IL VOULAIT VRAIMENT ATOMISER LE PALAIS DE JUSTICE, C'EST PAS A LA BOMBE QU'IL LE FERAIT, même si ce complot, donc, est un peu crétin, le fait que ça soit efficace sur Bruce Wayne n'a rien d'irréaliste, celui-ci ayant été campé comme profondément névrosé (et probablement shooté, vu les interminables séquences d'hallucinations qu'il se tape pendant tout le film). 

Le souci, c'est que, ces deux détails qui trouvent leur justification quand on y réfléchit, on a besoin d'y réfléchir a posteriori pour les justifier, et encore, on est pas complètement sûr d'avoir raison dans cette justification. La mise en scène aurait dû se charger de confirmer que Lex Luthor comptait que Superman tue Batman lors de leur premier affrontement, perdant ainsi les faveurs du public, et que, constatant que ce n'est pas ce qui s'est passé, il s'est rabattu vers le plan classique de la prise d'otage. Ce n'est pas le cas, et ça manque. 

En fait, la mise en scène est le principal problème. Et là, je ne parle plus seulement des symboles archi-lourds dignes d'un vidéoclip de Madonna. Je parle des dialogues, qui sont mauvais, des informations mises en avant et celles mises en arrière, qui sont mal choisies. Et bien sûr, comme c'est toujours Zack Snyder, les idées véhiculées qui, si aucune n'est aussi offensante que l'apologie du génocide par Jor-El dans Man of Steel, ne sont pas toujours très nettes. Aucune emphase n'est mise sur le moment où chacun des deux héros est prêt à se résigner à tuer l'autre. En fait, la question ne se pose pas du tout. Tuer pour le bien est un droit légitime pour un héros. Batman a le droit de tuer Superman s'il se révèle dangereux pour l'humanité. Superman a le droit de tuer Batman pour sauver la vie de sa mère. Aucun sentiment de culpabilité à l'idée de ce meurtre ne les effleure. Mais bon, je reviendrai sur cette question lorsque je parlerai de ce que vaut ce film en tant que Batman V Superman. Attardons-nous encore un peu sur la question de ce qu'il vaut en tant que film. 

Comme j'ai dit, le film m'a vexée au point que j'étais mal disposée et que je n'avais pas envie de voir ce qu'il peut avoir de bien à proposer. Mais en réalité, en creusant, on peut toujours trouver des points positifs à relever. Comme dans Man of Steel, le personnage de Lois Lane est toujours très bon. En fait, c'est elle, le vrai Superman de cette série Superman. C'est elle qui se pose la question du modèle, du bien, du mal, des responsabilités, qui essaye vainement d'amener le héros à se poser les questions qu'il devrait se poser. 

Celui de Wonder Woman est encore très évanescent, mais je dois avouer que son introduction dans le film a été parfaitement bien gérée, de la façon dont il fallait, c’est-à-dire en l'intégrant à l'intrigue d'un des deux héros (celle de Batman) et en attendant la fin du film pour lui faire enfiler le costume. Et je suis TRES fan de son thème musical. 

C'est amusant de voir Jeremy Irons en Alfred, et Ben Affleck est un bon acteur, même si on ne lui écrit en général que des mauvais rôles. Quant à l'imagerie biblique et arthurienne, même si elle est lourdingue, je ne dirais pas qu'elle est moche. En un peu plus subtile, j'aurais sans doute pu l'apprécier. 

Bref, voilà tout ce que j'ai à dire du film en tant que film. 

Et en tant que film Batman et Superman ? 

Bon, déjà, petit problème, je tiens beaucoup plus à Batman, au Batman qui ne tue pas, encore moins avec un flingue, que je ne tiens au Superman bienveillant, empathique, désireux d'aider et très inquiet à l’idée de ne pas être à la hauteur. Je peux plus facilement pardonner à Man of Steel de ne pas être mon Superman qu’à Batman V Superman de ne pas être mon Batman, et Batman v Superman fait LE truc qui ne peut que rebuter les fans du Batman que je conçois. Car Batman tue. Plus exactement, il marque ses ennemis au fer rouge, ce qui est déjà pas terrible pour l’emblème de justice qu’il est censé être, mais il le fait en sachant qu’une fois en prison, les porteurs de la marque se font assassiner par leurco-détenus. Bref, il tue. A la décharge du film, cette histoire de condamner les criminels à se faire assassiner en prison est présentée comme quelque chose de vaguement négatif et Bruce Wayne se fait légèrement remonter les bretelles pour ça par Alfred. Toujours à la décharge du film, le Batman qui fait ça a été rendu fou par deux ans de harcèlement moral par Lex Luthor. Toujours est-il que je ne trouverai pas dans cette continuité l’ambition de vertu que je cherche dans DC.  En tout cas, ici, la vertu, ce n’est pas d’être juste, c’est d’être humble devant Dieu. 

Outre qu’il n’est pas vertueux comme je voudrais qu’il soit, il n’est pas badass non plus. Tout le potentiel badasserie du film à été réservé à Wonder Woman et Ben Affleck manque furieusement de scène d’acrobatise à la Orlando Bloom. 

Attention, ce constat ne m’empêche pas d’apprécier l’empathie dont il fait preuve avec ses employés durant le 11 sept… la bataille contre Zod. (Bon, n'empêche qu'il embauche vraiment les pires crétins du monde : incapables d'évacuer l'immeuble avant que leur patron ne le leur ordonne) Ou de trouver original de le montrer enquêtant dans sa tenue de Bruce Wayne plutôt que dans ça tenue de Batman. Mais j’ai du mal à avoir de l’empathie pour lui, primaire et névrosé comme il est. Encore une fois, il y a une raison scénaristique que à ça. Je n’aime pas, c’est tout  

 

De Superman, on relèvera avant tout son apathie. Accusés d'avoir causé la mort de plusieurs personnes, et se voyant reprocher les dommages collatéraux de son combat contre Zod, il ne manifeste que de l'indifférence. Il attend qu'on le convoque pour daigner venir expliquer sa version des choses. Indépendamment du fait que ce soit Superman, moi, perso, si j'avais le monde entier à dos, ça me tracasserait quand même un peu. Est-ce que, ainsi qu'on l'en accuse, il se considère au dessus des lois parce qu'il sait qu'on ne pourra jamais l'arrêter ? Voyons, le superman de Man of Steel se laissait menotter humblement pour prouver sa bonne volonté. Il aura changé à ce point en deux ans ? 

Lex Luthor... Bon, Lex Luthor est un gamin dépressif et hystérique qui a beaucoup de chance que les héros daignent être crétins au moment où il en a besoin pour que son plan marche, et passe le film à déblatérer sur un ton fiévreux des délires convenus sur Dieu et sa malveillance, ce qui prouve bien qu'il est méchant. Il n'impressionne ni par son charisme, ni par son génie. Pour autant, le personnage n'est pas raté, il offre un minimum syndical convenable pour être un méchant crédible. 

Reste Wonder Woman. Comme on l'a dit, elle est encore très évanescente, mais le peu qui est dit d'elle s'annonce intéressant. 

Que conclure, donc ? 

Batman V Superman ne met en scène ni le Superman ni le Batman que j'apprécie. C'est dommage pour moi, mais je peux comprendre que ça ne constitue pas un défaut dans l'absolu. Le souci, c'est que même si on passe outre cette question d'adaptation, il restera que le film est très long à cause de scènes qui n'étaient pas nécessaires, pendant que des scènes qui seraient nécessaires pour faire vivre la situation brillent par leur absence. Il restera que les visuels sont malgré tout beaux, lourds mais beaux, que le personnage principal n'est pas très cohérent avec ce qu'il a été dans le film précédent, que les autres ne font pas grand-chose de très admirable ou fascinant durant le film. Que personne n'y fait l'apologie du génocide, mais que tuer, ça peut aller, du moment qu'on ne tue que les criminels. Que le thème de Wonder Woman est trop badass. Et que le film est vexant. 

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 08:44
Tout en haut du monde, Rémi Chayė

Une jeune aristocrate russe part à la recherche du bateau de son grand-père, disparu près du pôle Nord trois ans auparavant. Elle part seule, parce qu'elle a trouvé une nouvelle piste pour les recherches, mais que personne à part elle, ne veut les reprendre. Par bonheur, il y a toujours une récompense offerte par le tsar, pour la découverte du bateau, et elle finit par convaincre un équipage de se lancer dans l'aventure. A la fin, elle retrouvera le bateau. Le grand-père aussi ; pour lui, ce sera trop tard, mais il n'y avait pas vraiment de suspens à ce sujet, après trois ans dans le pôle Nord. Il n'y aura pas de twist, pas de péripétie inattendues, mais après tout, en avait-on besoin ?

On va voir "Tout en haut du monde" pour voir de jolis dessins et assister à la lutte d'humains contre la banquise. C'est exactement ce que film offre. Il raconte l'histoire prévue, certes, mais il la raconte bien, sans accroc. Ses personnages ne sont pas des héros, ils se trompent, ils faiblissent, ils perdent la tête, ils trichent, ils volent, et ils se font avoir comme des enfants, et pour autant, ils ne sont pas antipathiques. C'est bien la preuve, d'ailleurs, que pour camper des personnages imparfaits et humains dans lequel le lecteur peut se reconnaître facilement, il n'est absolument pas nécessaire de les rendre antipathique. A l’exception du méchant prince du début, qui est plus un ressort scénariste qu’un véritable personnage, tous ceux qui se conduisent mal ont au moins une scène de rédemption, tous ceux qui se conduisent bien ont au moins une scène de faiblesse. De même, il n'y a personne d'excessivement intelligent ou stupide. Tous font des erreurs, et tous disent des trucs justes au moins une fois. On a donc affaire à de vrais humains. Pas des salauds ou des idiots, mais des humains, des humains qu'on peut apprécier, qu'on a envie de voir survivre à l'implacable piège que représente la banquise. Et surtout, surtout, personne n‘est caricatural, pas même le prince antagoniste du début, pas même le père de l’héroïne obsédé par sa réussite sociale. Parce que, s’il n’est pas nécessaire de rendre un personnage antipathique pour le rendre humain, il n’est pas nécessaire non plus de le rendre énervant pour le rendre antipathique.

Le sujet principal, c'est la lutte de ces humains contre le pôle Nord.  Oh, bien sûr, ça ne veut pas dire que l’enjeu de cette lutte est un aspect secondaire de l’intrigue. La première partie du film s’attarde le temps qu’il faut sur la relation de l’héroïne à son grand père disparu, la manière dont, pour diverses raisons,  elle ne parvient à convaincre personne d’organiser une nouvelle expédition pour suivre la nouvelle piste qu’elle vient de découvrir, la manière dont elle se retrouve contrainte de partir elle–même puisque personne ne l’écoute. Lorsqu’enfin,  l’expédition arrive aux glaces et que la partie « film catastrophe » commence, on est suffisamment investi dans l’histoire pour souhaiter que non seulement l’équipage survive, mais qu’en plus, il réussisse, la situation étant telle que, de toute façon, l’un ne peut se faire sans l’autre.

Les amateurs de vraisemblance relèveront peut-être quelques incongruités ça et là, mais elles ne gâchent pas le plaisir du visionnaire à mon sens.

Pour ne rien gâter, le doublage n’est pas mauvais. « Tout en haut du monde » a habilement évité l’erreur faite par le pourtant excellent Phantom Boy et n’a pas confié les rôles principaux du film à des vedettes du cinéma dont le doublage n’est pas le métier.

Le dessin, caractérisé par l’absence de traits de contour autour des formes, est fort joli et approprié à l’histoire qu’il raconte.

Quant à la musique, à l’exception d’une chanson d’ambiance un peu incongrue dans la première moitié du film, elle est efficace et appropriée.

En résumé, un film tout simple, mais réussi. Vous passerez un moment agréable devant.


31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 09:36

Il était une fois, un pays appelé l'Estonie.

Bon, le hasard veut que dans le monde réel, il y ait réellement un pays qui s'appelle l'Estonie, mais celui-là est peuplé d'animaux pensants, d'australopithèques qui élèvent des poux de la taille d'un daim et d'hommes des bois à moitié serpent, qui ont des crocs à venin dans la bouche, qui vivent de chasse et de cueillette, chevauchent des louves dont ils traient le lait pour nourrir leurs enfants et repoussent les envahisseurs grâce à l'invocation d'une créature mythique appelée la Salamandre.

Il était une fois, donc, un pays appelé l'Estonie, où les hommes vivaient heureux, grâce à leur maîtrise du langage des serpents, les maîtres de la forêt. Ce langage, que tous les animaux pensants apprennent à parler, et auquel la plupart des animaux non-pensants sont obligés de se soumettre, leur permettaient de se faire obéir de toute la nature et d'avoir toujours de la nourriture à leur portée. Evidemment, il était difficile de le maîtriser, il fallait l'apprendre très jeune, quand la langue était agile.

Les allemands vinrent à passer par là, des envahisseurs en tuniques de tissu et armures de fer qui vivaient de l'agriculture, et vénéraient un Dieu unique dont le fils s'appelait Jésus. Plusieurs fois, la Salamandre les repoussa, mais ils revinrent et revinrent encore. Et à force de revenir, ils se mirent à fasciner les estoniens, qui commencèrent à quitter leur forêt pour construire des villages, cultiver la terre, et vénérer Jésus, oubliant leur culture, leurs traditions, et la langue des serpents qui leur était si utile jusqu'alors.

De moins en moins d'Estoniens restaient vivre en forêt, et bientôt il n'y en eut plus assez pour invoquer la Salamandre. A ce moment-là, les allemands n'eurent plus qu'à revenir et faire leur le territoire.

Dans la forêt maintenant presque vide naît un jeune garçon, Leemet, le dernier garçon né dans sa tribu, le dernier héritier à apprendre la langue des serpents.

Avec un pitch pareil, on pourrait s'attendre à un récit très manichéen, avec les méchants progressistes contre les gentils conservateurs (ce qui est fréquent dans la fiction quand le camp des conservateurs est aussi le camp de ceux qui vivent en communion avec la nature). Mais il n'en est rien. Du côté des traditions, il y a ceux qui perdent tout sens des réalités à force de s'y accrocher, se détruisant et détruisant tout ce qui les entoure dans leur refus du changement. Il y a ceux qui veulent retourner en arrière, mais respectent le choix des autres d'évoluer, et puis, qui, sur certains points, font quand même de la recherche. Il y a ceux qui aiment bien les traditions, mais trouvent que tout n'est pas à jeter dans la culture allemande, et qu'une bonne coupe de vin rouge, c'est quand même meilleur que l'alcool de champignon. Il y a ceux qui essayent d'aller vivre au village, parce qu'il faut bien vivre avec son temps, parce qu'il faut bien admettre quand une époque est finie, et qui se rendent bien compte qu'avec la meilleure volonté du monde, ils n'y arrivent pas, qu'ils veulent vivre selon leur tradition. Il y a ceux qui, perdus pour perdus, ont décidé, avant de mourir, de massacrer autant d'envahisseurs qu'ils pouvaient, par vengeance, par bravade, ou pour qu'on se souvienne d'eux.

Parmi les progressistes, il y a ceux qui ont perdu tout le savoir de leurs ancêtres, ne comprennent plus rien au monde qui les entoure, et qui apprécient leur nouveau mode de vie pour des raisons toutes plus absurdes les unes que les autres, et vont même jusqu'à tuer leurs anciens amis pour défendre ce mode de vie dont ils ne sont même pas capables de dire de façon pertinente pourquoi il est enviable. Et puis il y a celle qui, n'ayant jamais connu que ce mode de vie là, sent d'instinct que toutes les réponses n'y sont pas, et souhaite que son enfant se voie enseigner le savoir détenu par le héros. Bon, il n'y a pas celui qui est du côté du progrès pour d'excellentes raisons, et qui, même s'il ne renie pas les enseignements du passé, se tourne vers une nouvelle culture pour acquérir un nouveau savoir, tout aussi digne d'intérêt. Mais, comme j'ai dit précédemment, le récit a quand même pris la peine de préciser que les allemands savent faire du bon vin rouge. C'est déjà ça.

Toutes considérations idéologiques mises à part, c'est un récit qui se lit d'une traite. Le style est simple, moderne, c'est même parfois assez perturbant d'entendre un jeune moine chrétien qui parle comme un djeunz d'aujourd'hui. Le récit est bien rythmé, sans un seul temps mort, peut-être même qu'il manque un peu de temps morts, vu la rapidité avec laquelle les événements s'enchainent parfois. L'histoire est captivante, drôle, triste, passionnante.

Un seul petit problème, je ne suis pas estonienne. Pas que ça m'empêche de suivre le propos, mais fréquemment, on tombe sur une expression, une tournure de phrase dont on sent qu'elle a été mise là comme référence à quelque chose, et que ce quelque chose, le lecteur français ne le connait pas. Il y a quelque chose d'un peu privé, dans ce récit, et il faut savoir passer outre. Ce détail accepté, le livre n'est que du bonheur.

 

Merci à mon Frangin pour ce superbe cadeau de Noël.

 

 

 

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 20:01

En périodes de crise, je parcours les hashtags de Twitter pour prendre la température de ce que les français pensent, et savoir exactement où en sont les choses. C’est comme ça que je tombe parfois sur des articles comme celui-ci, ou un non votant explique son choix de ne pas voter, et appelle massivement les autres votants à ne pas voter.

Je vous invite à lire l’article, il est intéressant quand on cherche à comprendre le phénomène de l’abstention, et, contrairement à ce qui se raconte un peu partout sur internet (en particulier à propos d’un certain philosophe dont je parlais dernièrement), essayer de comprendre un phénomène ne signifie pas le cautionner, c’est même, en toute logique, une première étape incontournable, quand on a décidé de l’endiguer.

Quoi qu’il en soit, suite à la lecture de cet article, j’ai envoyé une question en MP à ce blogueur, mais comme celui-ci doit crouler sous les MP, il n’y a pas répondu. Cependant, je suppose que son raisonnement est partagé par d’autres abstentionnistes, aussi peut-être ceux-ci pourraient m’éclairer à sa place. C’est pourquoi je vais partager mes réflexions et interrogations ici.

L’essentiel de cet article est une argumentation pour démontrer que la démocratie participative ne fonctionne pas et doit être remplacée par un autre système, plus à même de défendre les intérêts du peuple (le peuple est, je le rappelle, ce sur quoi s’exerce le pouvoir). Cette assertion est longuement développée et démontrée, avec intelligence et éloquence. Et je ne vais pas y revenir, ne serait-ce qu’une minute. Pas que j’approuve ce point de vue, loin de là, même si je reconnais que beaucoup d’arguments sont fondés. Juste que, là, tout de suite, maintenant, la question de si la démocratie participative fonctionne ou pas n’est pas mon problème. Oui, c’est fort triste vu le temps et l’effort que notre blogueur non votant a mis dans son argumentaire, persuadé que, pour me détourner du chemin des urnes, c’est de ça qu’il fallait me parler. Sauf que non, j’ai bien entendu la démonstration, je vois bien que c’est une opinion réfléchie et fondée sur un vrai raisonnement, mais il n’y a aucune partie de cette réflexion qui aborde mon problème immédiat, qui est que, dimanche, une élection est organisée, et qu’environ 15% des français ont l’intention de s’y rendre pour élire un parti qui prône la peine de mort, le déremboursement de l’IVG, et la suppression des allocations aux associations qui viennent en aide aux réfugiés. Qu’à ma connaissance, on n’annule pas un résultat d’élection sous prétexte que seuls 15% des électeurs se sont déplacés. Et que ces 15% d’électeurs se déplaceront, quoi qu’on fasse, et quoi qu’on dise.

Donc, voilà ma question : en quoi l’abstention est-elle une solution ? Mon blogueur non votant explique que l’objectif est d’amener je ne sais pas exactement quel décideur à mettre en place une autre forme de démocratie. Mais il n’explique pas comment l’abstention peut avoir, logiquement, ce type de conséquence.

Nous sommes bien d’accord que les électeurs du FN sont parfaitement satisfaits de leur parti. Ils ne s’abstiennent pas, et ont la tranquillité d’esprit de gens qui ne sont pas obligés de voter pour des personnalités qu’ils trouvent antipathiques afin d’éviter que le pays ne tombe aux mains de quelqu’un qu’ils estiment dangereux. Il n’y a aucun moyen qu’ils renoncent aux urnes, elles ne leur procurent que de la satisfaction.

Seuls les 85% de français qui, depuis des décennies, sont obligés de voter pour le PS et l’UMP afin que le Front National ne soit pas présent au second tour, qui n’ont même pas le luxe de se demander si un parti existant pourrait représenter mieux leur point de vue, qui n’ont même pas le luxe de créer ce parti, parce que l’existence du FN leur interdit de prendre ce risque, seuls ces électeurs-là souffrent de cette situation. C’est d’ailleurs à eux que s’adresse l’article, pas à ceux qui sont heureux de leur vote. Supposons que ces 85% de français renoncer à voter, ainsi que mon blogueur non-votant le réclame, et le FN se retrouve élu pour diriger le pays à l’unanimité.

Et à partir de là, c’est quoi, le plan ? Je veux bien qu’il y en ait un, mais je ne comprends pas qu’aucune partie de l’article ne l’explique. C’est quand même un aspect important et décisif du problème, celui qu’il faudrait aborder pour me convaincre ou non de boycotter les urnes. Or, soit ça m’a échappé, soit la question n’est juste pas abordée.

Je ne peux que supposer que, selon les abstentionnistes, le FN n’est pas si dangereux que ça. Que la peine de mort, c’est pas si grave, le droit à l’avortement, c’est tellement surfait, et la solidarité, ça fait chier. Bref, que le FN, c’est pas si mal. Que, pour autant, ils ne vont pas voter pour lui, parce qu’ils veulent quand même exprimer leur désapprobation vis-à-vis du système de vote, mais qu’ils n’ont, dans l’absolu, rien contre le fait que le FN se retrouve au pouvoir.

Cette question-là non plus n’est pas abordée dans l’article de mon blogueur non-votant. Elle est pourtant importante. Moi, je veux bien qu’on m’expliquer pourquoi je dois renoncer à mon droit à l’avortement, et à une société qui me convienne, où on n’a pas le droit de décider de la vie ou de la mort de quelqu’un, et où on est tenus d’organiser une aide pour ceux qui en ont besoin. On dira ce qu’on voudra du PS et de l’UMP, mais jusqu’à présent, à ma connaissance, ils n’ont pas remis en question le droit à l’avortement et l’abolition de la peine de mort.

J’espère qu’un abstentionniste aura l’obligeance de m’expliquer ces deux points.

En attendant, moi, je n’ai pas envie du FN au pouvoir, donc je vais voter. Et j’appelle tout ceux qui partagent ma crainte du FN à voter, même s’il s’agit de voter à droite quand on est de gauche, ou à gauche quand on est de droite, même s’il s’agit de voter pour quelqu’un qu’on n’aime pas, juste parce que le FN au pouvoir, c’est dangereux, plus dangereux que tout le reste. Ne vous abstenez pas. Parce que les électeurs du Front National, eux, ils voteront, et massivement.

Published by tchoucky - dans Foutoir d'écriture
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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 16:29

Monsieur,

C’est avec une grande douleur, et un profond dépit que j’apprends aujourd’hui la fermeture de votre compte Twitter, et la non-publication en France de votre prochain livre. Je ne vous reproche rien, bien sûr. Etant donnée la virulence des attaques que vous subissez depuis plusieurs mois/années, je m’étonne que vous ayez trouvé le courage de vous battre pour exprimer votre opinion pendant si longtemps. En outre, dissipons le malentendu : je ne suis pas une de vos lectrices invétérées, en fait, j’ai un peu honte de l’avouer, mais je n’ai encore lu aucun de vos livres. Je ne vous connais, monsieur Onfray, que par vos nombreuses interventions à la télévision, ou vos conférences à l’université populaire dont une copie a été mise sur Youtube. Je me suis efforcée d’en regarder le plus possible à partir du moment où la controverse vous concernant est parvenue à mes oreilles, afin de déterminer combien cette controverse pouvait être fondée. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que vous dites, et il est même arrivé qu’un de vos propos me scandalise (pour la petite histoire, il s’agit de votre réaction quand François Hollande a déclaré que Le Petit Prince était un livre fondateur pour lui, déclaration que je trouve tout à fait pertinente et qui semble vous avoir choquée). Souvent, je suis simplement obligée de prendre vos déclarations avec du recul parce que vous évoquez des sujets auxquels je ne connais rien et dont il me serait bien impossible de débattre avec vous, donc encore moins de décider si j’adhère à votre opinion dessus ou pas. Simplement, je suis descendue dans la rue le 11 janvier pour exprimer mon soutien à la liberté d’expression, et je ne peux m’empêcher de prendre la nouvelle de la non-publication d’un livre en France comme un échec personnel. J’ai profondément mal à ma France. La censure, c’est tellement Charlie.

Car oui, il s’agit bien de censure. On m’opposera que vous avez fait le choix de renoncer à cette publication, que personne ne vous a interdit de la faire, mais ce choix, vous l’avez fait à cause d’un harcèlement moral dont la violence n’a d’égale que son incohérence et son absurdité, et qui ne vous laisse plus d’autre option que de vous taire. Donc, non, vous n’avez pas eu le choix. Oui, il s’agit de censure.

Comme je vous ai dit, je n’ai rien lu de vous, et je ne vous connais qu’au travers de conférences et d’interventions télévisées. Les plus vieilles de vos interventions qu’il m’ait été donné de voir datent de 2010, vous y teniez alors un discours proche de celui que vous tenez à présent. Il y a des points sur lesquels votre pensée à évolué, mais cette évolution est toujours compréhensible d’après le contexte, d’ailleurs, vous êtes le premier à souligner que votre pensée a évolué, et que vous n’avez pas toujours tenu le même discours sur tel ou tel point, ce qui est une honnêteté dont peu de gens de ma connaissance font preuve.

Je n’ai vu ni islamophobie ni islamophilie dans vos discours. Tout au plus m’arrive-t-il de vous trouver trop virulent vis-à-vis de la religion en général. Je suis athée comme vous, Monsieur Onfray, mais j’ai cru en Dieu pendant de nombreuses années, et je sais que cette croyance ne me faisait que du bien. D’ailleurs, elle s’est estompée toute seule à partir du moment où je n’ai plus eu besoin d’elle, ce qui tend à prouver qu’avoir cette croyance en moi ne m’empêchait pas de penser. J’ai fréquenté à cette occasion des gens qui croyaient et étaient pourtant ouverts d’esprit et réfléchis, donc je crois à la possibilité d’une religion non nocive, qu’on peut laisser les gens avoir tant qu’ils en ont besoin, dans la mesure où elle ne les pousse pas à aller à l’encontre des droits d’autrui. Ce n’est pas le débat aujourd’hui, mais toujours est-il que oui, j’ai entendu votre virulence envers les religions - toutes les religions - et non, je ne la qualifie pas de phobie. Et, quand bien même il s’agirait d’une phobie, soyons justes, il s’agit d’une phobie vis-à-vis de la religion en général, pas juste l’islam.

De la même manière, je n’ai vu ni nazisme, ni fascisme, ni aucune des autres idéologies qu’on vous prête dans vos propos. Encore une fois, je n’ai pas lu vos livres, mais en général, les attaques qui sont formulées contre vous le sont suite à une de vos interventions télévisées et non au contenu de vos livres, donc, quand bien même les idées qu’on vous prête seraient dans vos livres, vos détracteurs n’en seraient pas mieux informés que moi.

Pour dire la vérité, après avoir visionné toutes ces interventions, toutes ces conférences, je comprends à peu près la cohérence de votre pensée, même sur les points avec lesquels je ne suis pas d’accord. En revanche, après avoir lu les attaques contre vous, j’ai beaucoup plus de mal à les comprendre. Oh, bien sûr, il m’a été encore moins possible de les lire de manière exhaustive qu’il ne m’a été possible de voir vos interventions de manière exhaustive. Cependant, sur le petit échantillon que j’ai pu lire de ces attaques, j’ai d’ores et déjà relevé tant de cas où la réponse qui vous est faite est sans rapport avec la phrase que vous avez dite, tant de cas où le détracteur, à force de dire non à tout ce que vous dites, se contredit lui-même sans même sembler s’en rendre compte, et surtout, tant de cas où d’autres personnalités publiques tiennent les mêmes propos que vous sans se faire pour autant houspiller parce que ces personnes-ci n’ont pas le malheur de s’appeler Michel Onfray que je ne peux même pas, comme j’aurais voulu le faire, dresser une liste exhaustive de tous ces cas et expliquer pour chacun mon incompréhension.

Prenons cependant un exemple, car il vaut mieux citer des faits que des impressions. Le 19 septembre dernier, dans On n’est pas couché, Yann Moix vous somme d’expliquer ce qu’est « le peuple », que vous évoquez fréquemment dans vos propos. Vous répondez aussitôt, sans hésitation aucune, « le peuple, c’est ce sur quoi s’exerce le pouvoir ». Une définition simple, claire et concise, pour un concept simple, clair et précis. Et, malheureusement pour vos détracteurs, une définition qui n’implique ni d’être blanc, ni d’être français de souche, ni d’être non-musulman pour être digne du soutien de Michel Onfray. Yann Moix pourrait vous accuser de cacher, en donnant cette définition tout à fait politiquement correcte du peuple, vos préférences pour le peuple blanc, français de souche, et non musuluman. Mais ce n’est pas ce qu’il fait. Non, ce qu’il fait, c’est, aussitôt qu’ayant réglé cette première question vous commencez à répondre au reste des accusations qu’il vous a adressées en même temps qu’il vous la posait, vous relancer « Vous ne m’avez pas répondu, qu’est-ce que le peuple ? ». Or, vous avez répondu. Vous avez même répondu immédiatement, sans la moindre gêne. Malgré ça Yann Moix n’en démord pas « vous ne répondez pas à ma question », et ne se prive pas pour démontrer que votre refus de répondre à cette question prouve que la réponse est inavouable. Le lendemain, twitter affirme que vous avez été incapable de définir le mot peuple ; on lit dans Challenges « Jamais Onfray ne répond à Moix sur le plan intellectuel. La question fondatrice du chroniqueur va demeurer sans réponse. En huit minutes, le philosophe favori du FN (contre son gré dit-il) va se contenter d’asséner attaque personnelle sur attaque personnelle. ». Pourtant, le dialogue a été filmé, enregistré, posté pour Youtube. Je l’ai vu. 525 727 personnes l’ont vu à l’heure où j’écris ces lignes. 525 727 personnes ont eu sous les yeux la vérité factuelle. Cette question, vous y avez répondu, et sans la moindre hésitation. Mais twitter comme une partie de la presse restent catégorique : vous avez laissé cette question sans réponse, et c’est la preuve irréfutable de votre culpabilité.

Cette anecdote résume très bien mon malaise, et ce n’est qu’une anecdote parmi des dizaines et des dizaines, que je ne pourrais pas rapporter toutes. Il n’y a pas besoin d’avoir lu vos livres ou d’apprécier votre travail pour le ressentir, ce malaise. La façon dont on vous attaque est anormale, illogique, folle. Je ne crois pas qu’elle soit motivée par les jalousies que vous vaudrait votre succès. Si c’était le cas, elles s’efforceraient d’avoir une logique et une cohérence.

Mon hypothèse est plutôt que vous vous adressez à vos interlocuteurs comme vous le faites toujours, d’une manière qui permettrait à un auditeur attentif et désireux de comprendre d’avoir une information aussi complète que possible pour servir de base à son cheminement de pensée. Or, vous ne vous adressez pas à un auditeur attentif et désireux de comprendre. Vous vous adressez à un auditeur qui n’a pas envie de savoir, et à qui il faudrait imposer de force une information partielle. Vous ne le faites pas. Vous continuez à avoir in discours clair, concis, exhaustif et sans mot fourre-tout.

Et cela, je vous en remercie. Je vous en remercie parce que ce discours clair, concis et sans mot fourre-tout m’aide à penser. Même lorsque je n’adhère pas à vos idées. Dans un climat où les réactions d’autrui sont devenues si incompréhensibles qu’on en vient à douter de ses propres compétences intellectuelles, ce discours réfléchi et posé est un repère bienvenu. Je regrette qu’il vous vaille autant d’inimitiés.

Puisque votre essai sera publié hors de France, je tenterai de me le procurer. D’ici là, je vais lire le Coran pour me faire ma propre idée de ce qu’il contient. Peut-être me mettrai-je à lire vos livres. Peut-être que non (je lirai au moins Cosmos). Après tout, je ne suis pas philosophe, loin s’en faut. Quoi qu’il en soit, je trouve la façon dont vous avez été traitée non seulement injuste, mais illogique, et c’est pourquoi, quelles que soient vos pensées, quelles que soient vos idées, je vous présente, au nom d’internet dont je fais partie de par mes activités, et au nom de la France dont je fais partie de par ma nationalité (et, je le précise avant qu’on m’accuse d’avoir prétendu le contraire, ça ne me rend pas plus méritante que qui que ce soit), mes plus sincères excuses. Vous n’avez pas mérité ce traitement.

Published by tchoucky - dans Foutoir d'écriture
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